Elle n’était pas favorite. Son cheval n’était pas réputé pour gagner au barrage. Et pourtant. À Bâle, Kim Emmen a signé ce que tous les cavaliers poursuivent sans toujours l’attraper : une victoire en Grand Prix 5*.
Il y a des premières victoires qui ressemblent à une confirmation. Et puis il y a celles qui prennent des allures de bascule. Celle de Kim Emmen, vendredi soir dans le Grand Prix Longines du CSI 5*-W de Bâle, appartient clairement à la seconde catégorie.
La Néerlandaise s’est imposée dans une épreuve à 1,60 m qu’elle n’imaginait sans doute pas gagner, même après avoir coupé la ligne d’arrivée de son barrage. À la clé, son tout premier succès en Grand Prix 5*, après des années de régularité au plus haut niveau sans jamais parvenir à franchir ce dernier palier.
« Bien sûr, je suis très heureuse. Une première victoire en Grand Prix 5*, c’est quelque chose de vraiment spécial », confie simplement la cavalière batave, encore un peu sonnée par ce qui venait de se produire.
« J’étais convaincue que Julien allait me battre, pourtant, Sanne (Thijssen), avec qui je regardais la fin de l’épreuve, était persuadée que j’allais gagner. »
Imagine, le cheval qui a fait mentir les chiffres
Associée à Imagine, gris puissant de treize ans par Cassini Gold, Kim Emmen ne figurait pas parmi les noms spontanément cochés au départ. Même si on avait vu le couple se placer lors de précédentes échéances. Le cheval n’avait plus signé de sans-faute international depuis le début de la saison indoor et, surtout, il n’est pas connu pour être l’un des plus rapides du circuit mondial. Jusqu’ici, cela lui avait toujours coûté cher au plus haut niveau.

À Bâle, le scénario a décidé d’en rire.
Troisième à s’élancer dans la manche initiale, la Néerlandaise a signé le tout premier sans-faute sur un parcours délicat tracé par Gérard Lachat et Grégory Bodo. Au final, seuls six couples réussiront à rester à zéro.
Imagine, parfaitement appliqué, a semblé se jouer des pièges, offrant à sa cavalière un billet pour un barrage qu’elle allait aborder sans pression excessive.
Un barrage que personne n’a su reprendre
Première à s’élancer dans cette ultime manche, Kim Emmen a fixé un temps de référence en 33’’39. Un chronomètre honnête, sans plus, mais surtout un double sans-faute d’une grande propreté. Suffisant pour mettre la pression, pas forcément pour résister à ceux qui suivaient.
Elle-même en doutait.
Convaincue que Julien Épaillard finirait par la devancer, elle allait regarder la suite de l’épreuve entre espoir et de résignation. Le Français, le plus rapide du barrage avec Donatello d’Auge, tentera le tout pour le tout… mais vite, une barre au sol, et s’en est fini de ses espoirs de victoire. Malgré un chrono de 32’’61, le Normand devra se contenter de la deuxième place.

Derrière, les fautes s’enchaînent. Un vertical rouge, déjà redoutable en première manche, devient le le bourreau du barrage. Pieter Devos, solide une fois encore avec avec Casual DV, prend la troisième place avec quatre points. Les autres candidats à la victoire voient leurs espoirs s’éteindre les uns après les autres.

La référence tient. Et soudain, Kim Emmen comprend.
Les Suisses attendront encore
À domicile, le public suisse n’a pas vibré pour une victoire, mais il y a du positif Steve Guerdat termine meilleur représentant helvétique avec une neuvième place de Lancelotta. Martin Fuchs se classe quatorzième avec L&L Lorde. C’est vers la Coupe du monde qui lorgne maintenant.

Une victoire fondatrice, sans illusion excessive
Lucide, Kim Emmen n’a pas transformé cette victoire en objectif dévorant. « Imagine n’était vraiment pas rapide auparavant », a-t-elle rappelé. « Il n’avait pas encore signé de sans-faute en indoor cette saison, même s’il avait très bien sauté à Genève et à Londres. Nous avions simplement manqué de chance. »
Et de conclure, sans s’emballer : « Il a déjà beaucoup donné ces dernières saisons. Je ne fais pas de la finale de la Coupe du monde un objectif avec lui. Je préfère me concentrer sur les Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. »
À Bâle, la journée s’est achevée sur trois victoires féminines.
Mais une image restera. Celle de Kim Emmen, longtemps régulière sans être récompensée, enfin tout en haut.
Retrouvez les résultats complets du Grand Prix 5* de Bâle ici
(Photos © LONGINES CHI CLASSICS Basel 2026 / Katja Stuppia)