Paroles de rois : Degrieck couronné, Exell et Chardon à cœur ouvert après la finale de Bordeaux

Publié par Sébastien Boulanger le 09/02/2026

Ce dimanche à Bordeaux, la finale de la Coupe du monde d’attelage à quatre chevaux n’a pas seulement sacré un vainqueur. Elle a offert un passage de témoin raconté par ceux qui l’ont vécu, à chaud, sans filtre. Dries Degrieck a renversé la table, brisé l’ordre établi et mis fin à l’ère Exell–Chardon. Mais derrière les chronos et les pénalités, ce sont surtout les mots des acteurs qui disent la portée de ce moment. Longtemps. Intensément.

Dries Degrieck : “Je n’ai jamais osé croire que j’y serais un jour”

Il est jeune. Le plus jeune de cette finale. 30 ans. Et pourtant, dimanche après-midi, c’est lui qui a tenu le volant quand la pression était maximale. Dernier à s’élancer dans le drive-off, conscient que tout se jouait là, Degrieck n’a pas tremblé.

« C’est un sentiment incroyable. Honnêtement, ça doit encore vraiment rentrer. Je n’arrive pas encore à y croire. Toute la saison a été une vraie bataille entre nous. Bram Chardon était toujours très fort, Boyd était toujours très fort, Ijsbrandt aussi. Donc on ne savait vraiment pas à quoi s’attendre ici à Bordeaux. Mais ça s’est très bien passé pour nous, et on est vraiment heureux. »

Là où d’autres auraient calculé, il a assumé. Malgré quatre secondes de pénalité, sa vitesse a fait la différence.

« Mes chevaux ont été incroyables. Toute la saison, ils n’ont quasiment jamais fait d’erreur. Et s’il y en a eu une, c’était de ma faute, jamais de la leur. Ici à Bordeaux, ils m’ont vraiment aidé à traverser le parcours. »

Arriver à ce niveau, pour lui, n’a rien d’un destin écrit à l’avance.

« Quand j’étais enfant, je passais mes journées à regarder des vidéos des autres meneurs sur YouTube. Toute la journée. C’était un rêve. Mais je ne me disais jamais : “Un jour, j’y serai”. Je me disais plutôt : “J’espère qu’un jour, j’y serai”. Et aujourd’hui… c’est le cas. »

Son parcours est aussi une histoire de transmission.

« Mon père a commencé à mener. Il m’a appris les premières choses. Moi, j’ai commencé en single, puis une paire, puis à quatre. Et ensuite, j’ai eu la chance de m’entraîner avec Boyd. J’ai appris énormément. C’est un homme de chevaux exceptionnel. Il élève ce sport à un autre niveau. Et pouvoir le battre ici, en finale… oui, c’est vraiment spécial. »

Mais Degrieck ne se berce pas d’illusions. Arriver au sommet est une chose. Y rester en est une autre.

« Maintenant, il faut se concentrer sur la saison outdoor. Il faut se qualifier dehors pour pouvoir rouler en indoor. Cette année, j’ai quatre nouveaux chevaux, une nouvelle équipe. Il y a énormément de travail, mais on attend la suite avec impatience. »

Bram Chardon : “La chose à changer, c’est moi”

Deuxième, encore. Comme l’an dernier. Bram Chardon n’a pas esquivé. Il a disséqué sa finale avec une lucidité presque brutale.

« Si je pouvais changer une seule chose cette saison ? Ce serait moi-même. Vraiment. Parce que les chevaux ont montré qu’ils ont le rythme. Ils l’ont montré hier, aussi à Malines, à Leipzig. Ils peuvent suivre les plus rapides, et peut-être même aller encore plus vite. »

Leader en début de journée dimanche, le Néerlandais sait exactement où tout a basculé.

« Cette balle au premier parcours, c’est celle qui a vraiment plombé ma finale. Elle est entièrement pour moi. Si je ne la fais pas tomber, je repars dernier dans le drive-off, et là, c’est une compétition totalement différente. Mais toutes les balles comptent. »

À cela s’est ajoutée une contrainte rarement évoquée à ce niveau : la récupération.

« Il n’y avait que cinq à sept minutes entre les deux passages. J’ai tout fait pour refroidir les chevaux. Je suis même sorti à l’extérieur parce qu’il faisait très chaud dedans. Dehors, le sol était plus dur, ça roulait mieux, et il faisait plus frais. J’ai essayé un peu d’eau, de les rafraîchir, mais en rentrant dans l’arène, j’ai senti qu’ils n’étaient plus aussi frais. »

Résultat : moins de fluidité, plus de difficultés dans chaque virage.

« Samedi, tout était fluide. Dimanche, chaque tournant était plus compliqué. Le flux manquait, surtout dans le deuxième parcours. Mais ça fait partie du sport. »

Malgré tout, il reconnaît la hiérarchie.

« Dries est extrêmement fort depuis deux ou trois ans. Il a été très solide. Sa victoire est totalement méritée. Mais oui… cet été, je serai là, j’ai très faim de victoire. »

Boyd Exell : “Je n’aime pas perdre… mais je suis content”

Troisième. Un mot presque inconnu pour Boyd Exell. Et pourtant, l’Australien repart de Bordeaux avec un discours empreint de recul.

« Mes chevaux étaient rapides aujourd’hui, ils étaient de nouveau dans le rythme. J’avais des points à rattraper après hier, et on a mis la pression après le premier parcours. Dans le drive-off, j’ai eu une balle malchanceuse dès le premier obstacle. »

À partir de là, un choix.

« Soit je restais propre pour me battre avec Bram pour la deuxième place, soit je continuais à pousser pour tenter un miracle. J’ai poussé. Je suis arrivé trop vite au deuxième obstacle, je n’ai pas pu tourner, et très vite deux balles sont devenues trois. Mais les chevaux étaient fantastiques. »

À 52 ans, Exell parle aussi de rythme, de pauses, de lucidité.

« À Noël, je suis un peu descendu du bus. Les chevaux ont eu trois semaines de repos, moi aussi. Mais quand on descend du bus, le bus continue d’avancer. Ma pause a été trop longue. J’ai perdu un peu de vivacité mentale. »

Pour autant, l’essentiel est ailleurs.

« Ma priorité absolue, c’est la connexion avec mes chevaux, le fait qu’ils aient envie d’aller vite d’eux-mêmes. Aujourd’hui, j’ai retrouvé ce feeling. Ce n’est pas la cerise sur le gâteau à laquelle je suis habitué, mais j’avais une excellente sensation dans les mains. Et ça, c’est plus important que le résultat. Même si je n’aime pas perdre, bien sûr. »

Et l’été ?

« L’outdoor, c’est un sport totalement différent. Sur trois jours, avec le dressage, le marathon, la puissance. Là, l’expérience compte énormément. C’est un jeu différent. »

Avant de conclure, avec un sourire :

« Peut-être que j’ai passé trop de temps à entraîner Dries… Mais je suis heureux pour lui. Il mérite sa victoire. Même si j’essaierai toujours de le battre. »

Une finale qui restera

Derrière le trio, Ijsbrand ChardonChristoph SandmannBenjamin Aillaud et Jérôme Voutaz ont salué un tracé respectueux des chevaux, signé Michael Mayer.

Mais la finale de Bordeaux 2026 restera surtout comme le jour où l’ancien enfant qui rêvait est devenu une référence mondiale. Et où les anciens rois, debout, ont salué le nouveau.

Retrouvez les résultats complets de la finale de la Coupe du monde d’attelage de Bordeaux ici

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