Ramzy Al Duhami, l’or n’a pas d’âge

Publié par Sébastien Boulanger le 04/10/2026

À 54 ans, Ramzy Al Duhami continue de traiter le temps comme un obstacle facultatif. Déjà sacré avec l’Arabie saoudite dans l’épreuve par équipes des Jeux Asiatiques d’Aichi-Nagoya 2026, le Saoudien a remis ça dimanche en décrochant l’or individuel avec Untouchable 32. Cinq parcours, cinq sans-faute et deux médailles d’or : difficile de fermer plus proprement le livre. Le Qatarien Faleh Alajami s’est, lui, offert le titre de l’Individual A.

Cinq parcours et toujours rien à signaler

Certains cavaliers gagnent en allant plus vite que les autres. Ramzy Al Duhami, lui, a gagné ces Jeux Asiatiques en refusant obstinément de faire tomber quoi que ce soit.

Associé depuis quatre ans à Untouchable 32, sa jument de 13 ans, ex monture de Spencer Smith, le Saoudien a traversé les épreuves par équipes puis individuelles de ce championnat sans concéder la moindre pénalité. Cinq parcours. Cinq sans-faute. Et, au bout de la semaine, deux médailles d’or.

Déjà membre de l’équipe saoudienne sacrée trois jours plus tôt (voir notre article ici), Al Duhami arrivait donc dans le barrage individuel avec un compteur toujours bloqué à zéro. Premier des trois barragistes à s’élancer, il n’a pas changé de méthode : sans-faute en 42 »59.

À cet instant, la porte était ouverte. Encore fallait-il passer sans toucher le chambranle.

Son compatriote Abdulrahman Alrajhi, associé à Lorenzo ES, a bien tenté de la défoncer. Beaucoup plus rapide, il a coupé les cellules en 39 »73, mais deux fautes, sur le premier élément du double puis sur l’ultime obstacle, ont porté son total à huit points.

Même tarif pour le Qatarien Basem Mohammed et Chaccball, huit points en 43 »26. Alrajhi repart donc avec l’argent, Mohammed avec le bronze.

Et Al Duhami ? Avec son zéro et ses 42 »59, il pouvait tranquillement commencer à compter les médailles.

Le temps passe. Pas vraiment Al Duhami

C’est évidemment là que l’histoire devient plus savoureuse.

Ramzy Al Duhami a 54 ans. Son premier titre individuel aux Jeux Asiatiques remonte à Guangzhou 2010, seize ans plus tôt. Celui décroché au Japon constitue son sixième titre aux Jeux Asiatiques, toutes épreuves confondues.

Une longévité qui en dit beaucoup sur le personnage, mais aussi sur sa façon de monter.

Car dans un barrage pour une médaille, la tentation consiste généralement à ouvrir les gaz. Al Duhami a fait autre chose : regarder son cheval, mesurer ce qu’il lui restait dans le réservoir et accepter de ne pas jouer au kamikaze.

« Mes adversaires sont de bons cavaliers, mais la pression lorsqu’il y a des médailles en jeu est toujours difficile. Il faut être raisonnable et sentir comment va son cheval », a-t-il expliqué en vieux routier.

Le Saoudien rappelait surtout que les chevaux avaient déjà accumulé les parcours depuis le début de la semaine. Autrement dit : à ce stade d’un championnat, gagner ne consiste plus seulement à être rapide. Il faut savoir jusqu’où aller sans demander le parcours de trop.

Avec Untouchable 32, le calcul a été parfait.

Un doublé qui pèse lourd

Al Duhami n’a d’ailleurs pas caché que, dans son esprit, les deux médailles n’avaient pas tout à fait la même saveur.

« Une médaille d’or reste une médaille d’or. Bien sûr, nous sommes très heureux. Je suis venu ici avec l’objectif de gagner l’or et j’ai eu la chance de le faire », a-t-il confié.

Mais le titre collectif reste particulier : « L’or par équipes avait davantage de poids parce que j’étais le dernier cavalier et que j’avais la responsabilité de faire le résultat. C’était plus difficile de gagner en équipe. »

Ce doublé confirme surtout la mainmise saoudienne sur le niveau Individual B de ces Jeux. Al Duhami prend l’or, Alrajhi l’argent, et l’Arabie saoudite ajoute ces récompenses au titre collectif déjà remporté jeudi.

Le Japonais Eiken Sato, associé à Chadellano, termine quant à lui au pied du podium. Le point de temps dépassé conservé depuis la journée de samedi lui coûte cher malgré un nouveau parcours sans faute dimanche.

Faleh Al Ajami ouvre son compteur

Petite particularité de ces Jeux Asiatiques 2026 : le nouveau format du jumping proposait deux championnats individuels distincts. L’Individual A, dont la finale se disputait à 1,50 m, et l’Individual B, niveau supérieur couru à 1,55 m

Dans cette finale de l’Individual A, un scénario nettement moins immaculé.

Trois couples avaient pourtant terminé les deux manches à zéro : Faleh Al Ajami et Qapella pour le Qatar, Almheiri et Hudson de Vains pour les Émirats arabes unis, ainsi qu’Almobty et Diana du Plevau Z pour l’Arabie saoudite.

Mais au barrage, tout le monde a fini par laisser une barre derrière lui.

Alajami, premier à partir, a signé quatre points en 40 »88. Almheiri a commis une faute au même obstacle et terminé en 41 »93. Almobty est resté sans faute jusqu’au dernier obstacle avant de terminer en 45 »35.

Résultat : l’or pour le Qatar, l’argent pour les Émirats arabes unis et le bronze pour l’Arabie saoudite.

Pour Faleh Alajami, cette victoire a une saveur particulière. Elle constitue sa première médaille individuelle aux Jeux Asiatiques, vingt ans après ses débuts dans la compétition. Le Qatarien avait commencé son histoire avec les Jeux en endurance, à Doha en 2006, avant de revenir plus tard en jumping. À Hangzhou, trois ans plus tôt, il avait terminé neuvième en individuel et participé à la médaille d’argent du Qatar par équipes.

Et il a décroché ce premier titre avec une partenaire encore relativement récente : Qapella, avec laquelle il n’a commencé à concourir que cette saison.

« Je suis vraiment fier de ma jument. Elle a été très bonne pendant ces trois jours », résumait-il.

Al Duhami, encore et toujours

Cette dernière journée aura donc réparti les six médailles individuelles entre trois nations : Arabie saoudite, Qatar et Émirats arabes unis.

Mais l’image de ces Jeux restera probablement celle de Ramzy Al Duhami.

Parce qu’un doublé reste un doublé. Parce que cinq parcours sans la moindre pénalité dans un championnat restent une sacrée démonstration de maîtrise. Et parce qu’à 54 ans, seize années après son premier sacre individuel aux Jeux Asiatiques, le Saoudien continue de monter sur la plus haute marche.

Le temps finit normalement par rattraper tout le monde.

Ramzy Al Duhami semble avoir décidé de ne pas lui faciliter le travail.

Retrouvez les résultats complets ici

Photos © FEI/Yusuke Nakanishi

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