À Oslo, les Suisses avaient le nombre. Von Eckermann a eu le dernier mot.

Publié par Sébastien Boulanger le 11/10/2026

Trois Suisses dans le top 5, une collection de médailles mondiales et quatorze barragistes pour une seule victoire. Samedi soir, à Oslo, le Grand Prix 5* perché à 1,55 m avait tout d’un petit championnat du monde déguisé. Et si la Suisse a longtemps cru pouvoir repartir avec le gros lot, Henrik von Eckermann a attendu le dernier moment pour rappeler une règle élémentaire du saut d’obstacles : tant que le Suédois n’est pas passé, rien n’est gagné.

Un Grand Prix qui sentait la médaille

À Oslo, samedi soir, mieux valait avoir quelques médailles dans l’armoire pour espérer repartir avec un joli chèque.

À la veille du Grand Prix Coupe du monde, la Norvège avait réuni un plateau qui n’avait franchement rien d’une répétition générale. Trente-neuf couples au départ, des obstacles à 1,55 m et une distribution de champions qui aurait presque pu faire passer l’épreuve pour une finale mondiale. Presque, parce qu’il manquait encore quelques drapeaux et un peu de protocole.

Pour le reste, le niveau était là. Et les Suisses aussi.

Avec trois représentants parmi les cinq premiers, la délégation helvétique a largement occupé le haut du classement. Steve Guerdat, Martin Fuchs, Janika Sprunger : de quoi faire flotter quelques drapeaux à croix blanche au-dessus du classement.

Mais voilà, à force de regarder les Suisses, on en oublierait presque qu’un certain Henrik von Eckermann traînait dans les parages. Et quand le double champion du monde d’Herning 2022 est le dernier à entrer en piste, mieux vaut ne pas considérer la victoire comme acquise.

Quatorze barragistes, une seule couronne

Le premier tour avait pourtant fait du tri. Enfin, façon de parler. Sur les trente-neuf couples engagés, quatorze ont trouvé la solution pour laisser toutes les barres sur les taquets. De quoi promettre un barrage aussi fourni que disputé.

Premier à revenir en piste, le Belge Grégory Wathelet n’a pas franchement bénéficié du privilège d’ouvrir le bal. Avec Double Jeu d’Honvault, Après un premier tour magistral, il écope de douze points. Une incompréhension dans un virage. Rideau sur les ambitions de podium.

Janne Friederike Meyer-Zimmermann a ensuite posé les premières bases sérieuses de la compétition. L’Allemande et Cellagon Cascais ont signé le premier double sans-faute en 40’’05. Un chrono propre, mais qui allait rapidement prendre un petit coup de vieux.

Car lorsque Martin Fuchs a déboulé avec Lorde, le chronomètre a changé de dimension. Le Suisse, vice-champion du monde à Tryon en 2018, a arrêté la montre à 33’’44. Plus de six secondes et demie de gagnées, et un message envoyé à tout le monde : pour gagner ce soir, il allait falloir sérieusement appuyer sur l’accélérateur.

Le Français Marc Dilasser a parfaitement compris le principe. Avec son fidèle Arioto du Gèvres, il a bouclé un nouveau sans-faute en 34’‘04. Pas suffisant pour déloger Fuchs, mais assez pour s’inviter provisoirement sur le podium.

Ensuite, plusieurs cavaliers vont tenter de faire leur trou dans le classement. Notamment Janika Sprunger, Max Kühner, Victoria Gulliksen et Marit Haarr Skollerud. Du beau monde, des parcours solides, mais toujours ce même Suisse en haut de l’affiche.

Enfin, pas pour très longtemps.

Guerdat y a cru. Von Eckermann aussi. Mais plus vite.

Quand Steve Guerdat est entré en piste avec Hadj de Blinière, le Grand Prix a pris une autre tournure.

Le Jurassien connaît les grandes soirées et il a suffisamment fréquenté les podiums pour ne pas se laisser impressionner par un barrage à quatorze.

Associé à son étalon Selle Français de neuf ans, il a fait ce qu’il sait faire : aller vite, sans faire tomber les barres. Résultat : 33’’13, soit 31 centièmes de mieux que son compatriote.

La Suisse tenait alors les deux premières places. Et Steve Guerdat pouvait légitimement commencer à envisager la victoire.

Sauf qu’il restait un cavalier.

Et pas exactement un figurant.

Dernier à s’élancer, Henrik von Eckermann avait devant lui une équation assez simple : battre 33’‘13 sans toucher une barre. Avec Qasirah van de Reistenhoek, une jument BWP issue d’Emerald et de Kannan, le Suédois n’a pas cherché à résoudre le problème à moitié.

32’’56.

Cinquante-sept centièmes de mieux que Guerdat. Quatre-vingt-huit de mieux que Fuchs. Et une victoire arrachée au nez et à la barbe de la délégation suisse, qui avait pourtant fait presque tout ce qu’il fallait.

Presque.

Qasirah, une victoire qui confirme

Pour Henrik von Eckermann et Qasirah van de Reistenhoek, ce succès constitue leur deuxième victoire internationale commune.

La première remontait à août 2025, lors d’une épreuve à 1,45 m du Global de Valkenswaard. Depuis, le couple, qui a multiplié les grosses sorties (Genève, aache, La Baule,…) avait notamment pris la quatrième place du Grand Prix 5* de s’Hertogenbosch, en mars. Leur dernière apparition datait de Bruxelles, où la paire avait été transparente avec 20 points au compteur et une 42 ème place finale.

(Henrik von Eckermann & Qasirah van de Reistenhoek lors du GP Rolex du TSCHIO d’Aix-la-Chapelle en 2026. ©SoHorse)

Oslo vient donc ajouter une belle ligne au palmarès . Et surtout confirmer qu’elle peut répondre présente lorsque les obstacles montent et que le chronomètre commence à devenir franchement désagréable.

Quant à von Eckermann, il rappelle une nouvelle fois qu’un palmarès de double champion du monde n’est pas seulement bon pour décorer une biographie.

Au bout du compte, le podium a des airs de réunion d’anciens médaillés mondiaux. Von Eckermann devant Guerdat et Fuchs : difficile de faire beaucoup plus prestigieux pour un Grand Prix disputé la veille d’une étape de Coupe du monde.

À Oslo, les Suisses étaient partout. Sauf sur la plus haute marche.

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix 5* d’Oslo ici

(Photos ©AOHS/Malene Nilssen )

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