À Rome, Abdel Saïd a encore sorti le grand jeu. En selle sur Wathnan Quaker Brimbelles Z, le Belge s’est offert le Grand Prix du Longines Global Champions Tour, ajoutant un nouveau trophée à une saison 2026 qui commence franchement à donner le tournis. Mais derrière cette victoire, il y a surtout une réalité qui devrait inquiéter la concurrence : Saïd ne dépend plus d’un seul crack. Il possède un piquet de chevaux capable de jouer les premiers rôles presque partout, presque tout le temps. Et forcément, ça change pas mal de choses.
À Rome, tous les chemins mènent à Abdel
On connaissait la dolce vita. Abdel Saïd vient d’inventer la dolce vittoria.
Ce dimanche après-midi, sur la piste de Tor di Quinto, le Belge a une nouvelle fois démontré qu’il avait quelques arguments lorsqu’il s’agissait de faire tomber le chronomètre.
Sept couples au barrage du Grand Prix LGCT à 1,60 m. Trois doubles sans-faute. Et un vainqueur qui n’a pas vraiment laissé traîner les affaires.

Avec Wathnan Quaker Brimbelles Z, Saïd a bouclé son barrage en 35’’27, devançant son compatriote Pieter Devos, associé à Casual DV Z (35’’88). La Française Lara Tryba, en selle sur Chageorge (36’’19), complète le podium, devant Simon Delestre et Denis Lynch.

« Je suis très fier de mon cheval. Il était vraiment avec moi aujourd’hui. Je crois qu’il avait lui aussi un œil sur le classement du LGCT ! », plaisantait Abdel Saïd après sa victoire.
Pieter Devos, lui, n’est pas reparti les mains vides. Deuxième avec Casual DV Z, une jument issue de son propre élevage, le Belge décroche son ticket pour le Super Grand Prix, Saïd étant déjà qualifié depuis Cannes. « C’est fantastique. C’était mon objectif toute l’année et je me suis vraiment investi sur le LGCT pour décrocher cette qualification. Je suis tellement heureux de l’avoir enfin en poche », confiait Devos, particulièrement fier du chemin parcouru avec une jument qu’il connaît depuis sa naissance.

Un doublé belge, donc, et deux cavaliers qui ont de quoi sourire. Mais à force de voir Abdel Saïd lever les bras, on finirait presque par oublier l’essentiel : ce type est en train de réussir une année absolument remarquable.

Un titulaire sort, un autre rentre
C’est peut-être ce qui distingue les très bons cavaliers de ceux qui parviennent à s’installer durablement dans le gratin mondial.
Avoir un cheval exceptionnel, c’est déjà bien. En avoir plusieurs, capables de gagner à cinq étoiles, c’est tout de suite plus confortable.
Et sur ce terrain, Abdel Saïd commence à disposer d’un effectif qui ressemble davantage à celui du Real Madrid qu’à celui d’un club de milieu de tableau.

En février, Wathnan Quaker Brimbelles Z s’imposait dans une épreuve à 1,55 m du CSI 5*-W de Charjah. Quelques semaines plus tard, le même cheval prenait la huitième place de la finale de la Coupe du monde à Fort Worth.
En juin, changement de décor. Direction Cannes, ses yachts, ses terrasses et son Grand Prix LGCT à 500 000 euros.
Cette fois, Saïd avait choisi Wathnan Zasou vom Claashof.

Résultat ? Victoire. Un barrage en 39’’44 et près de deux secondes d’avance sur Michael Pender.
Puis sont arrivés les Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Avec Quaker Brimbelles, Abdel a joué un rôle décisif dans la médaille d’argent décrochée par la Belgique, grâce notamment à un sans-faute sous pression dans la dernière manche par équipes. Le couple terminera également onzième du classement individuel.
En septembre, Saïd s’invitait encore dans le barrage du Grand Prix LGCT de Vienne avec Zasou, pour prendre la sixième place.
Début octobre, retour sous les couleurs belges à Barcelone. Cette fois, c’est Wathnan Bonne Amie qui répond présente, avec notamment un sans-faute déterminant dans la finale de la Longines League of Nations. La Belgique termine troisième.

Et une semaine plus tard, voilà Quaker qui remet le couvert à Rome.
À ce stade, ce n’est plus une série de bons résultats.
C’est une organisation industrielle.
Quaker, Zasou, Bonne Amie : trois patrons dans le même vestiaire
Évidemment, toutes ces performances n’arrivent pas par hasard.
La particularité du piquet d’Abdel Saïd, c’est autant sa qualité que la complémentarité de ses chevaux.
Wathnan Quaker Brimbelles Z, hongre Zangersheide de onze ans par Quicksilver St Simeon (x Hickstead), s’est imposé comme l’une des valeurs fortes de l’année. Capable de répondre à la pression d’un championnat mondial comme d’aller chercher un barrage de vitesse à Rome, il possède une polyvalence précieuse.
« Il a une grande amplitude et énormément de moyens. Je devais utiliser ces qualités à mon avantage aujourd’hui. Ce n’est peut-être pas le cheval le plus agile, mais il est vraiment volontaire, et ça a fonctionné », expliquait Saïd après son barrage victorieux.
Wathnan Zasou vom Claashof a prouvé à Cannes qu’il pouvait, lui aussi, assumer le rôle de cheval de Grand Prix lorsque les chronos s’affolent.
Quant à Wathnan Bonne Amie, elle n’a plus grand-chose à prouver. Double lauréate du Grand Prix LGCT de Doha en 2024 et 2025, victorieuse du Super Grand Prix de Prague en 2025, la jument continue d’apporter son expérience dans les rendez-vous majeurs.

Et derrière ce trio, il y a encore Wathnan Calvaro.
Samedi, à Rome, celui-ci a signé un sans-faute dans la Global Champions League, contribuant à la troisième place des Istanbul Warriors, l’équipe d’Abdel Saïd et Simon Delestre. Quaker Brimbelles avait lui aussi assuré son sans-faute dans la première manche.
Deux chevaux performants dans la même compétition, un podium collectif, puis un Grand Prix remporté le lendemain.
Pas mal pour un week-end de travail.
Sans oublier Wathnan Max, autre monture capable de se montrer compétitive au plus haut niveau.
Alors oui, posséder un tel effectif constitue un avantage énorme. Mais encore faut-il savoir le gérer, répartir les efforts et choisir les bonnes échéances.
Car les concours internationaux regorgent de cavaliers formidablement équipés qui regardent malgré tout les remises des prix depuis la tribune.
La différence, cette année, c’est qu’Abdel Saïd transforme très régulièrement la qualité de ses chevaux en résultats.
Et ça, c’est un métier.
Le titre du Global en ligne de mire

À Rome, il y avait aussi un enjeu bien plus grand qu’une simple victoire d’étape.
Avec désormais 241 points au compteur, Abdel Saïd conforte sa place de leader du Longines Global Champions Tour, devant Christian Ahlmann (224 points) et Katrin Eckermann (199 points).
Petite subtilité : seuls les huit meilleurs résultats de la saison sont comptabilisés. Les 40 points récoltés à Rome ne lui permettent donc d’améliorer son total que de 22 unités. Quand on gagne aussi régulièrement, même les victoires finissent par remplacer d’autres bons résultats.
Restent maintenant deux étapes, au Caire et à Rabat, pour aller chercher le titre. Rien n’est encore joué, d’autant que Christian Ahlmann, seulement dix-huitième à Rome après une faute en première manche, aura à cœur de prendre sa revanche.
Saïd, lui, garde les pieds sur terre. « Il reste deux étapes, mais les choses se présentent bien. Nous ne pouvions pas faire mieux aujourd’hui, donc je suis très heureux du résultat », confiait-il après sa victoire.
Deux Grands Prix LGCT remportés, une médaille mondiale, des podiums en Coupe des nations et la tête du championnat : difficile de demander beaucoup plus à une saison.
Et à l’heure où certains cherchent encore leur cheval de Grand Prix, Abdel Saïd semble surtout devoir choisir lequel il va sortir le week-end prochain. Un problème de riche que beaucoup aimeraient avoir.
Les résultats complets du Grand Prix LGCT de Rome ici
(Photos ©LGCT/S.Grasso)





