Dixième après le dressage, la Belgique n’a pas vraiment lancé ses Mondiaux de complet comme elle l’espérait à Aix-la-Chapelle. Karin Donckers limite la casse, Lara de Liedekerke-Meier rumine une reprise bien en dessous des capacités de Kiarado d’Arville, et les Britanniques comme les Allemands ont déjà mis les petits plats dans les grands. Mais le complet possède cette merveilleuse particularité : le vendredi soir, le classement ressemble encore beaucoup à un brouillon. Samedi, le cross arrive. Et avec lui, une occasion XXL de tout remettre à plat.
La Belgique dixième, et forcément un peu frustrée
Ce n’est pas la catastrophe. Mais ce n’est clairement pas le vendredi soir dont rêvait le clan belge.
Après les deux journées de dressage des championnats du monde de concours complet à Aix-la-Chapelle, la Belgique occupe provisoirement la dixième place par équipes. Karin Donckers et Leipheimer van’t Verahof ont signé la meilleure performance belge avec 31,7 points, devant Lara de Liedekerke-Meier et Kiarado d’Arville (33,2), Senne Vervaecke et Google van Alsingen (34,8) et Wouter De Cleene (37,6).
Devant, pas franchement de surprise au niveau des nations. La Grande-Bretagne mène avec 72,8 points, l’Allemagne suit à 73,6. Derrière ces deux mastodontes, la France occupe la troisième place avec 84,5 points, juste devant la Nouvelle-Zélande (84,8).
Bref, les Britanniques et les Allemands ont déjà montré les biceps. Les Belges, eux, ont plutôt gardé leur veste.
Mais un championnat de complet ne s’est encore jamais gagné un vendredi soir autour d’une feuille de dressage.
Donckers : une faute, quelques regrets et beaucoup de métier
À 31,7 points, Karin Donckers est la meilleure Belge après le premier acte. Avec Leipheimer van’t Verahof, l’expérimentée cavalière avait même les moyens de descendre sensiblement plus bas.
« Je suis très contente de la performance de Leipy. J’étais peut-être même un peu trop relax, trop contente de le sentir aussi détendu et de voir que tout semblait si facile » nous explique-t-elle.

Et puis est arrivé ce changement de pied manqué.
« Normalement, les changements sont faciles pour lui, mais j’en ai raté un. C’est dommage parce que jusque-là, je pense que j’avais vraiment une bonne reprise. J’étais dans des scores autour de 28 ou 29. »
À ce niveau-là, le dressage possède la délicatesse d’un contrôleur fiscal : la petite erreur finit toujours quelque part sur l’addition.
Donckers ne dramatise pourtant pas.
« Si c’est la seule erreur que je fais, je peux vivre avec. Mais il reste encore beaucoup de choses à venir. »
Et venant d’une cavalière qui sait à peu près ce qu’un cross de championnat peut faire subir à un classement, la phrase mérite d’être conservée.

Lara, ne cherche pas d’excuse
For Lara de Liedekerke-Meier, le sentiment est nettement plus amer.
Avec 33,2 points, Kiarado d’Arville n’a pas montré sur le rectangle tout ce que sa cavalière sait pouvoir obtenir de lui.
« Je suis super déçue. Le cheval a beaucoup plus de potentiel que ça. Être milieu de tableau après le dressage, c’est vraiment très décevant. »
Le scénario ne l’a pas vraiment aidée. Au moment de son entrée, l’ambiance autour de la piste a fait monter Kiarado dans les tours.
« Quand je suis rentrée, il y a eu Charlotte Fry dans le stade à côté, les applaudissements. J’ai essayé de retarder mon arrivée dans la piste, mais je sentais qu’il était un peu en apnée. »
Pas de grosse explosion. Plutôt cette sensation désagréable de ne jamais pouvoir dérouler complètement son texte.

« J’arrivais pas vraiment à le laisser délier, à respirer et à profiter de la piste. Et puis malheureusement, il a même fait deux fautes à la fin, ce qui entache encore plus la note. »
Le plus frustrant est peut-être là. De Liedekerke-Meier estime que son cheval avait largement les moyens de jouer ailleurs au classement.
« Je pense que sans ces deux fautes-là, on était juste autour de 30. Mais même, c’est un cheval qui peut faire 25. »
À dix ans, Kiarado dispute cependant encore le début de sa carrière au plus haut niveau. Lara le sait. Et après avoir digéré la déception du rectangle, il faudra rapidement changer de logiciel.
Parce que le samedi d’un championnat du monde de complet n’a aucune considération pour les regrets du vendredi.
Devant, Allemagne et Grande-Bretagne jouent à qui fera le moins de fautes
Pendant que la Belgique cherchait sa reprise référence, les deux armadas annoncées ont fait le travail.

Le duel attendu entre Michael Jung and FischerChipmunk, champions olympiques à Paris, et Rosalind Canter and Lordships Graffalo, champions d’Europe 2023, a bien eu lieu. Mais chacun a laissé traîner une faute dans les changements de pied. Résultat : 23 points pour Jung, troisième, et 23,4 pour Canter, quatrième.

Les deux stars ont été devancées par une Julia Krajewski chirurgicale avec Ülzener’s Nickel. 22 points, meilleure note du championnat après le dressage. Laura Collett and London 52 suivent avec 22,8.
Autrement dit : tout devant, ça joue très, très propre.
Mais même chez les favoris, personne n’a réussi à traverser cette reprise exigeante en mode promenade.
Et maintenant, le vrai juge de paix
Voilà donc la Belgique dixième. Sur le papier, ce n’est pas folichon. Sur un championnat de complet, c’est surtout une invitation à attendre vingt-quatre heures avant de tirer des conclusions.
Car le parcours de cross d’Aix s’annonce sinueux, technique et exigeant. Pour aller vite, il faudra prendre les lignes directes. Et pour prendre les lignes directes, il faudra avoir sérieusement fait ses devoirs.
Karin Donckers ne s’y trompe pas.

« C’est un parcours exigeant, très technique. Il faut vraiment bien connaître les lignes et le parcours. Il y a beaucoup à sauter, surtout lorsqu’on choisit d’aller tout droit et qu’on veut chercher le temps. Ça tourne beaucoup. Il y a énormément de choses à faire. »
La chaleur ? À 55 ans, la Belge préfère en rire.
« Mon cheval est toujours assez relax et facile. Et moi, à mon âge, je n’ai pas besoin qu’il fasse aussi chaud non plus ! »
Avant de rappeler une évidence que le dressage fait parfois oublier : en complet, la vérité du premier jour possède une durée de conservation assez limitée.
« Tout le monde dans le concours complet sait que ça ne se termine généralement pas comme une compétition de dressage. Et je pense que ce championnat du monde sera pareil. »
Voilà pour le message.
Los Angeles quelque part derrière les obstacles
Lara de Liedekerke-Meier tient exactement le même discours. Sa déception individuelle n’a pas disparu, mais elle sait désormais où se trouve la priorité.
« Il n’y a plus qu’à. On n’a plus 10 000 options maintenant. Il va falloir faire ça correctement. »
Et surtout, le championnat belge ne se résume pas à une remontée au classement.
Il y a derrière ce Mondial un objectif beaucoup plus précieux : la qualification olympique pour Los Angeles 2028. Les Mondiaux d’Aix constituent la première grande porte d’entrée vers les Jeux.

« Ça enlève une grosse pression individuelle, évidemment, mais on va tout faire bien pour le team et on a encore un ticket à aller chercher pour Los Angeles », insiste Lara.
Le dressage devait permettre à la Belgique de se placer. Il l’a plutôt contrainte à courir après les autres.
Pas idéal.
Mais le calendrier officiel d’Aix prévoit justement le cross ce samedi, avant le jumping final dimanche. Et si le parcours tient les promesses entrevues lors des reconnaissances, le classement risque de passer quelques heures dans une machine à laver.
Karin Donckers, Lara de Liedekerke-Meier, Senne Vervaecke et Wouter De Cleene savent donc ce qu’il leur reste à faire.
Le vendredi, la Belgique est dixième.
Le samedi soir, on recomptera.
Le classement individuel complet après le dressage here
Le classement par équipe complet après le dressage here





