Dans la boue, Degrieck s’offre le droit de rêver

Publié par Sébastien Boulanger le 23/08/2026

À Aix-la-Chapelle, le marathon n’a pas vraiment été une promenade proprette. De la boue, huit obstacles, 53 attelages et des chevaux obligés d’aller chercher loin dans le réservoir : le Soers a servi un samedi comme l’attelage les aime. Koos de Ronde a signé le meilleur marathon, Boyd Exell a pris les commandes du Mondial, mais Dries Degrieck s’est glissé entre les deux. Deuxième du jour et deuxième du général, le Belge peut désormais regarder le champion australien droit dans les yeux. Et dimanche, il reste les cônes.

Le Soers sort les bottes

Il y a des journées où l’attelage ressemble presque à une démonstration de dressage avec une voiture derrière. Et puis il y a les autres. Celles où ça galope, ça glisse, ça éclabousse et où quatre chevaux lancés dans un obstacle semblent soudain occuper tout l’espace disponible.

Après les pluies des jours précédents, le terrain du marathon du Championnat du monde FEI d’attelage à quatre avait pris du poids. Au sens propre. Huit complexes attendaient les 53 partants et, au fil des passages, le sol s’est creusé. Mais à l’arrivée, 53 attelages. Pas d’élimiation.

Pour Dries Degrieck, pas besoin de chercher très longtemps le mot du jour.

« C’était vraiment un gros marathon, un marathon lourd et long. Avec la pluie des derniers jours, le terrain était devenu plus souple. L’obstacle 6 était vraiment technique, le 8 aussi, et le sol devenait de plus en plus meuble et lourd. Les chevaux ont vraiment dû donner le meilleur d’eux-mêmes. Et ils l’ont fait. »

Voilà pour le bulletin météo.

De Ronde, patron du samedi

Dans ce chantier, Koos de Ronde a sorti le chronomètre.

(©FEI/Benjamin Clark)

Le Néerlandais remporte le marathon avec 108,39 points de pénalité, devant Dries Degrieck (109,53) et Boyd Exell (110,48). De Ronde a notamment profité d’un passage relativement précoce, avant que le terrain ne devienne encore plus collant, et a conservé quatre meilleurs temps dans les obstacles jusqu’au terme de l’épreuve.

« Nous étions vraiment dans le flow et c’était incroyablement amusant », résumait le Néerlandais après son passage.

Le genre de phrase qu’on prononce plus facilement quand on vient de mettre tout le monde derrière soi.

Mais derrière, justement, un Belge a frappé fort.

Degrieck ne lâche rien

Dries Degrieck n’a pas gagné le marathon. Mais dans l’optique d’un Championnat du monde, il a peut-être fait presque aussi important : il n’a rien donné.

Pas de grosse erreur. Pas de détour catastrophique. Pas d’attelage vidé dans les derniers mètres. Et surtout, une deuxième place qui le maintient complètement dans la course au titre.

« Nous n’avons rien fait tomber. Les chevaux étaient encore pleins d’énergie à l’arrivée. Ils avaient toujours de la puissance, donc nous avons fait du très bon travail », nous explique-t-il.

Le plus impressionnant, selon lui, arrive même après la ligne.

« Les chevaux sont vraiment magnifiques. Quand on les regarde maintenant, ils sont presque encore trop frais », sourit-il. « Ils récupèrent très bien. Ils sont dans une forme exceptionnelle en ce moment. Ils sont entraînés, ils ont tout ce dont ils ont besoin. Ce sont de vrais athlètes. »

Ce n’est pas exactement une mauvaise nouvelle quand il reste encore un parcours de cônes pour distribuer les médailles.

Le Belge sait toutefois qu’un dimanche de Championnat du monde n’est pas le moment idéal pour commencer à compter les points avant de conduire.

« Bien sûr qu’on regarde un peu le classement. Mais nous devons surtout faire notre propre parcours et voir où nous serons dimanche soir. »

Sage. D’autant que le classement donne de bonnes raisons de sortir la calculatrice.

Après le dressage et le marathon, Exell mène avec 142,34 points, devant Degrieck à 147,72 et l’Américain Chester Weber à 149,61. L’Australien possède donc 5,38 points d’avance sur le Belge, Weber n’étant lui-même qu’à 1,89 point de Degrieck.

Autrement dit : personne ne peut encore ranger les cônes.

Exell et l’art de ne jamais paniquer

Parce qu’évidemment, Boyd Exell est toujours là.

Le numéro un mondial FEI – devant Degrieck, justement – sait un peu comment gérer ce genre de week-end. Sept fois champion du monde individuel avant ce rendez-vous, l’Australien chasse à Aix une huitième couronne consécutive.

Troisième du marathon, il n’a pas cherché à transformer chaque obstacle en numéro de cirque. Son plan était beaucoup plus simple : des trajectoires propres, aucune faute inutile et rester constamment parmi les meilleurs.

« Comme dans les autres Championnats du monde, je me concentre sur ce qu’il faut faire. Il faut cocher toutes les cases. Je m’étais dit : voilà mes trajectoires, pas de balle, pas d’arrêt, pas de cercle supplémentaire et rester dans le top 3 de chaque obstacle. »

Mission accomplished.

Mais même pour Exell, la fin a piqué.

Parti après une grande partie du peloton, il a découvert un sol transformé par les passages successifs.

« C’était lourd et ça retenait vraiment les chevaux. Après 50 attelages, c’était devenu de la boue profonde. Il fallait toucher les guides avec énormément de précaution pour que les chevaux continuent à tirer la voiture. Parce que dès qu’on casse le mouvement vers l’avant, on s’enfonce. »

Dans le dernier obstacle, ses chevaux commencent à accuser le coup.

Alors Exell leur parle.

« Je leur ai simplement dit : “Allez les gars, on y va.” Ils ont baissé la tête. C’était presque comme s’ils disaient : “On est fatigués, mais on y va pour toi.” Et ils sont encore montés d’un niveau. »

Le public du Soers, lui, avait compris le message depuis longtemps.

« J’ai vraiment apprécié la foule. Je n’ai pas vraiment besoin d’utiliser le fouet avec mes chevaux, ils avancent d’eux-mêmes, et le public apprécie ça ici. »

Voilà aussi Aix-la-Chapelle : quelques dizaines de centimètres de boue et quelques milliers de personnes pour vous convaincre qu’il reste encore du carburant.

Stokmans ouvre la piste, la Belgique reste dans le match

Avant les cadors, Tom Stokmans avait eu une autre mission : partir le premier.

Un rôle pas forcément désagréable un jour où le terrain se dégrade à chaque attelage.

« Je pense que c’était plutôt un avantage d’un côté, parce que le sol était moins lourd », explique le Belge. « Ça ne me dérange pas vraiment de partir premier. On essaie de mettre un bon temps et ensuite on voit ce que font les autres. »

Son marathon n’a pourtant pas été parfait. Dans le dernier obstacle, Stokmans a dû ajouter une volte, synonyme de secondes abandonnées. Mais au moment de dresser le bilan collectif, il retient surtout la prestation du trio belge.

« Je pense que nous avons tous les trois très bien performé. Dries a fait un super marathon. »

Et Stokmans a déjà choisi son homme pour dimanche.

À la question de savoir qui est le crack des cônes dans l’équipe belge, la réponse tombe sans la moindre hésitation :

« Dries, c’est clairement le crack des cônes. »

Pas de pression, donc.

2,76 points entre l’Australie et la Belgique

Car la Belgique joue sur deux tableaux.

Au classement par équipes, l’Australie mène avec 308,06 points. Les Pays-Bas suivent à 310,37. Et la Belgique, composée de Dries Degrieck, Glenn Geerts et Tom Stokmans, pointe à 310,82. Seulement 0,45 point derrière les Néerlandais et 2,76 derrière les Australiens.

À ce niveau-là, ce n’est plus un écart. C’est une balle qui tremble sur un cône.

Et le scénario ne pouvait guère être plus propre pour le dimanche : Exell contre Degrieck et Weber pour l’or individuel ; Australie, Pays-Bas et Belgique pour le titre par équipes.

Avec, au milieu de tout ça, des cônes qui n’ont absolument rien demandé mais qui vont porter une responsabilité considérable.

Maintenant, ne rien toucher

Samedi, Aix-la-Chapelle voulait du spectacle. Le Soers lui en a donné : 53 attelages au départ, huit obstacles, un terrain de plus en plus profond et trois hommes séparés par moins de trois points sur le marathon.

Koos de Ronde a gagné la bataille du jour. Boyd Exell reste le patron du classement. Mais Dries Degrieck a peut-être obtenu exactement ce qu’il était venu chercher : le droit de jouer le titre jusqu’au bout.

Il est deuxième mondial au ranking FEI, champion de la finale de Coupe du monde 2026 à Bordeaux et désormais deuxième d’un Championnat du monde avant l’ultime épreuve.

Dimanche, plus besoin de boue.

Il faudra simplement aller vite.

Et surtout, comme dirait Boyd Exell, ne rien toucher.

(©FEI/Benjamin Clark)

Retrouvez les résultats complets après le marathon ici https://www.longinestiming.com/equestrian/2026/fei-world-championships-aachen-aachen/resultlist_A3.html

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