Sacrée à Aix-la-Chapelle en août, l’Allemagne a remis ça samedi à Spruce Meadows en s’offrant la BMO Nations’ Cup. Et avec trois sans-faute en deuxième manche signés Daniel Deusser, Sophie Hinners et Jörne Sprehe, la Mannschaft confirme surtout une chose : en ce moment, tout lui réussit.
Trois zéros pour mettre tout le monde d’accord
Ne cherchez pas bien loin l’équipe qui a le vent en poupe en ce moment. Elle arbore du noir, du rouge et du jaune.
Samedi 12 septembre, dans l’International Ring de Spruce Meadows, l’Allemagne a remporté la BMO Nations’ Cup 1,60 m (et le reste) face à huit autres nations. Un succès acquis avec un total final de quatre points, mais surtout grâce à une deuxième manche qui ressemble furieusement à une démonstration de force.
Daniel Deusser : sans-faute. Sophie Hinners : sans-faute. Jörne Sprehe : sans-faute.
Trois cavaliers, trois zéros.
À ce niveau-là, lorsque chaque barre peut faire basculer une Coupe des nations, il existe probablement des stratégies plus compliquées. Les Allemands ont choisi la plus efficace : ne rien faire tomber.
Merci, et auf wiedersehen.

Neuf nations au départ, six au deuxième tour
Leopoldo Palacios n’avait pourtant pas préparé une balade à dos de quarter horse dans les Rockies.
Le chef de piste vénézuélien avait dessiné un parcours à 1,60 m un peu comme le boucher vous la fait quand vous lui demander un kilo de steak: « Il y en a un peu plus je vous le mets tout de même? ». Et là vous vous retrouez avec 2,5kg. Un parcours fair play, mais suffisamment technique et exigeant pour réclamer qu’on s’y applique clairement. Les neuf nations engagées ont toutes pris part à la première manche, avant que le classement ne fasse son premier ménage.
Six équipes ont gagné le droit de revenir : la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Irlande, la Belgique, les États-Unis et la France.
Et devant, personne n’avait vraiment pris ses distances.
Britanniques devant, Allemands en embuscade
Après une première manche déjà bien sélective, c’est pourtant la Grande-Bretagne qui virait en tête. Et avec la manière. Les tenants du titre ne comptaient que 2 points, grâce notamment aux sans-faute de Tim Gredley and Ben Maher, while Jack Whitaker ne concédait que deux points. Les quatre points de Jessica Mendoza passaient à la trappe.
Juste derrière, l’Allemagne pointait à 4 points. Sophie Hinners et Richard Vogel avaient signé les deux zéros de la Mannschaft, tandis que Daniel Deusser sortait avec une barre. Les quatre points de Jörne Sprehe constituaient le score écarté.
L’Irlande restait elle aussi parfaitement dans le match avec 8 points. Denis Lynch avait signé le seul sans-faute, tandis que Daniel Coyle and Conor Swail avaient chacun concédé quatre points. Avec ses 16 points, Jordan Coyle était loin d’être dans le game.
À ce stade, rien n’était donc joué : Grande-Bretagne 2, Allemagne 4, Irlande 8. Une barre séparait les trois équipes de tête, ou presque. Sur l’International Ring de Spruce Meadows, autant dire qu’il n’y avait pas beaucoup de gras.
Derrière, les États-Unis totalisaient 16 points, juste devant une Belgique à 17,tandis que la France, avec 24 points, arrachait la dernière place qualificative pour la deuxième manche. Les Français terminaient à égalité de points avec la Suède, mais leur meilleur chronomètre cumulé leur permettait de poursuivre l’aventure.
Les Pays-Bas et le Canada, eux, étaient déjà hors course.
La Belgique avait sorti la classe biberon
Et la Belgique dans tout ça ? Peter Weinberg avait fait un choix assez clair : préserver son vice-champion du monde en vue de dimanche et profiter de cette Coupe des nations pour miser sur l’avenir. Résultat, Roy van Beek, Thibeau Philippaerts, Emilie Conter et Leonie Peeters étaient envoyés dans le grand bain de Spruce Meadows. Moyenne d’âge : 26 ans. Et encore, du haut de ses 30 printemps, Peeters vient méchamment plomber la statistique. L’ancêtre du groupe, donc. On lui pardonnera.
En première manche, la classe biberon s’était surtout appliquée à rester dans le jeu. 17 points, et une cinquième place provisoire : Van Beek et Cavoiro comme Conter et Portobella s’en sortaient avec une barre, Philippaerts et Lyandro ajoutaient 9 points, tandis que les 13 points de Peeters et Kameroen constituaient le drop score. Pas flamboyant, certes, mais suffisamment solide pour passer le cut et s’offrir un deuxième tour.
Et c’est justement là que les gamins de Weinberg allaient changer de braquet. Emilie Conter et Thibeau Philippaerts signaient tous les deux le sans-faute, Leonie Peeters ne concédait que 4 points, tandis que les 9 points de Roy van Beek étaient cette fois écartés. Une deuxième manche franchement plus propre, et surtout terriblement efficace.
Au bout du compte, cela suffisait pour aller chercher la troisième marche du podium. Avec une équipe aussi jeune, alignée sans toutes ses cartouches habituelles, la Belgique repart donc de Spruce Meadows avec bien plus qu’une jolie place d’honneur.
La classe biberon ? Oui.
Mais visiblement déjà capable de boire dans la coupe des grands.
Trois zéros et l’Allemagne prend les commandes
La Grande-Bretagne avait donc les cartes en main. L’Allemagne était dans son rétroviseur. Et l’Irlande attendait la moindre ouverture.
La deuxième manche allait complètement rebattre ces cartes.
Car lorsqu’il a fallu y retourner, les Allemands ont tout simplement cessé de faire tomber des barres. Daniel Deusser, Sophie Hinners and Jörne Sprehe ont aligné trois parcours sans faute. Trois zéros au meilleur moment, qui ont permis à la Mannschaft de rester scotchée à ses 4 points de la première manche.
Et forcément, à chaque zéro allemand, la pression changeait un peu plus de camp. La Grande-Bretagne, leader avec 2 points après le premier tour, n’avait plus de marge. L’Irlande non plus. Là où les Allemands avaient laissé la porte entrouverte en première manche, ils venaient de la refermer à grands coups de sans-faute.
La suite appartenait désormais aux autres. À eux d’aller chercher l’Allemagne.
Ils n’y parviendront pas.
Aix-la-Chapelle, acte II
Trois semaines plus tard, même maillot, même dynamique et, surtout, même goût pour les cérémonies protocolaires.
À Spruce Meadows, le trio accompagné de Sprehe n’a pas simplement profité des erreurs adverses. Lorsque la compétition est entrée dans sa phase décisive, les trois ont successivement rendu une copie vierge.
Un zéro.
Puis un deuxième.
Puis un troisième.
À mesure que les parcours allemands s’enchaînaient, la pression changeait tout simplement de camp. Le total de quatre points devenait de plus en plus difficile à aller chercher. Jusqu’à devenir intouchable.
Vogel lui alligné avec Cloudio a fait le job , zero et quatre. Mais son regard était déjà tourné vers le Grand Prix.

Otto Becker condamné à regarder
Pour Otto Becker, il existe toutefois une petite différence entre les grandes années passées à fouler lui-même la piste de Spruce Meadows et celles vécues désormais derrière la barrière.
Le chef d’équipe allemand l’a reconnu après la victoire : être cavalier et être sélectionneur sont deux sports assez différents.
« En tant que cavalier, c’est différent. J’aimais vraiment ça et j’adore cet endroit. Comme entraîneur, c’est vraiment différent. Vous ne pouvez pas aider, vous pouvez essayer. Ils ont les meilleures conditions pour les soutenir, mais à la fin, vous espérez que cela fonctionne », expliquait-il après l’épreuve.
Samedi, Otto Becker n’a donc pas pu faire grand-chose.
À part regarder ses cavaliers ne faire tomber aucune barre.
Il y a pire comme métier.
La Mannschaft a pris une drôle d’habitude
Évidemment, une victoire dans la BMO Nations’ Cup de Spruce Meadows se suffit largement à elle-même. La piste canadienne, son immense terrain en herbe et ses parcours à 1,60 m ne distribuent pas exactement les trophées comme des prospectus à la sortie du métro.
Mais ce succès raconte désormais autre chose.
L’Allemagne ne s’est pas contentée de réussir son grand rendez-vous du mois d’août. Elle a conservé sa dynamique, emmené une partie de son ossature gagnante de l’autre côté de l’Atlantique et trouvé le moyen de remettre une pièce dans la machine.
Surtout, la manière impressionne.
Dans une Coupe des nations où l’Irlande et la Grande-Bretagne étaient encore parfaitement placées au moment d’attaquer la deuxième manche, Deusser, Hinners et Sprehe ont répondu avec ce que le saut d’obstacles propose de plus simple à comprendre et de plus difficile à réaliser : trois parcours sans faute quand il fallait les sortir.
Aix-la-Chapelle en août. Spruce Meadows en septembre.
En ce moment, les bouteilles commencent sérieusement à s’accumuler.
Retrouvez les résultats complets de la Coupe des Nations de Spruce Meadows here
(Photos ©Spruce Meadows Media)



