Jerez : la Belgique a joué avec les grands, quitte à laisser une médaille en route

Publié par Sébastien Boulanger le 22/09/2026

À Jerez de la Frontera, il faisait près de 40 degrés, il fallait ouvrir des portes à cheval, manier une lance, aller vite et, accessoirement, ne pas perdre la tête. Bienvenue aux Championnats du monde d’équitation de travail. Pour la Belgique, venue avec seulement deux cavalières, le voyage espagnol s’est terminé avec une huitième place mondiale pour Virginie Dubus et une première expérience au plus haut niveau pour Louise Poppe. Avec, surtout, ce petit goût de « ça aurait pu… » qui accompagne généralement les belles histoires de sport.

Il y a des endroits où organiser un Championnat du monde ressemble à une évidence.

Jerez de la Frontera en fait partie.

(©MAWE)

La Real Escuela Andaluza del Arte Ecuestre a accueilli le septième Championnat du monde WAWE d’équitation de travail. Le décor ? Un palais du XIXe siècle, des écuries chargées d’histoire et l’un des temples de la culture équestre andalouse. Bref, légèrement plus glamour que le paddock du concours régional un dimanche matin sous la pluie.

Et pour remplir les lieux, du monde : 74 participants annoncés, 22 nations et une édition record pour une discipline qui continue doucement mais sûrement de sortir de son cercle d’initiés. La WAWE présente désormais l’équitation de travail comme pratiquée dans plus de 35 pays.

La Belgique, elle, avait fait le voyage avec deux cavalières : Virginie Dubus with Hero des Nawies and Louise Poppe with Herrador XXXI., sous la direction de Jasmine Velghe. Pas assez pour constituer une équipe complète et jouer le classement des nations, mais largement assez pour faire parler le noir-jaune-rouge. Et au départ d’ailleurs de réelles ambitions. (voir notre article here)

(©MAWE)

Louise Poppe, baptême du feu andalou

Après le contrôle vétérinaire du mardi, passé sans encombre, les délégations ont eu droit à une ouverture plutôt dans le thème : présentation des équipes en voitures hippomobiles dans le cadre de la Real Escuela.

Puis il a fallu arrêter de regarder les murs et commencer à monter à cheval.

(©Collection privée Jasmine Velghe)

Louise Poppe faisait partie des premières à entrer en piste mercredi avec Herrador XXXI., un PRE de 2008. Pour la Belge, l’équation n’était pas spécialement confortable : premier Championnat du monde, départ parmi les premiers et une reprise de dressage qui n’est pas exactement son terrain de jeu favori.

La prestation est propre, mais quelques détails coûtent cher. Une faute dans une extension, un manque de finition par moments et, à ce niveau-là, le jury ne distribue pas les points par sympathie.

Le couple termine la reprise de dressage avec 60,370 %.

Pas de quoi sabrer le champagne. Mais un Mondial d’équitation de travail a précisément cette particularité : le dressage n’est que le début de l’histoire.

Dubus et Hero entrent dans la cour des très grands

Le lendemain matin, c’est au tour de Virginie Dubus and Hero des Nawies.

Et partir tôt n’était pas exactement un désavantage. À Jerez, le thermomètre allait ensuite flirter avec les 40 degrés dans l’après-midi.

Dubus ne venait pas en Espagne pour prendre la température. Avant ce Mondial, la Belge occupait déjà les toutes premières places du ranking WAWE Masters et arrivait avec une vraie carte à jouer face aux références portugaises, suédoises ou espagnoles.

Sa reprise le confirme.

Avec des lignes ambitieuses et un degré de difficulté relevé, la Belge sort une prestation qui l’installe immédiatement dans la discussion : cinquième de la dressage.

À partir de là, le week-end change de dimension.

On ne parle plus simplement d’une jolie participation belge.

On commence à regarder le podium.

Une porte, quelques obstacles et la Belgique troisième

L’équitation de travail possède ce délicieux talent pour transformer des gestes qui paraissent assez simples dans une carrière vide en casse-tête dès qu’on y ajoute un cheval, des juges et un Championnat du monde.

Ouvrir une porte. Franchir un pont. Slalomer. Manipuler une garrocha (pour les non initiés, c’est une sorte de lance). Négocier des obstacles.

Easy.

Obviously.

Louise Poppe passe la première dans l’épreuve de maniabilité et signe une prestation qui la maintient au cœur du classement. Son score de 61,833 % la place 49e de cette épreuve.

Le vendredi, Virginie Dubus entre à son tour dans l’arène.

Et là, ça devient sérieux.

Avec Hero des Nawies, la Belge livre une manche de très haut niveau et décroche la troisième place de la maniabilité, derrière deux concurrents portugais.

À vingt-quatre heures du speed, la médaille mondiale n’est plus une idée abstraite.

Elle est là.

Quelque part devant.

En speed, Virginie choisit l’attaque

Samedi, changement d’ambiance.

Même décor, mêmes obstacles, mais cette fois, on range une partie des considérations artistiques et on sort le chronomètre.

Le Speed Trail, c’est la version où chaque dixième commence soudainement à avoir une importance déraisonnable.

Louise Poppe réalise un parcours sans faute avec Herrador XXXI. Une manche solide, rapide et surtout suffisamment efficace pour lui permettre de remonter au classement général.

Pour un premier Championnat du monde, la Belge peut repartir d’Andalousie avec autre chose qu’une photo devant les palmiers : elle a terminé ses trois épreuves et décroche finalement la 46e place mondiale.

Puis vient Virginie.

Les comptes sont simples : une médaille reste possible, mais il faut aller chercher des points.

(©Collection privée Jasmine Velghe)

La Suédoise Astrid Hedman, future vice-championne du monde avec Jaguar, a réalisé une manche rapide malgré du temps perdu à la porte.

Dubus aurait pu assurer.

Elle ne l’a pas fait.

Avec Hero, elle attaque.

Fort.

Très fort.

Le couple signe le meilleur chrono brut, mais une petite erreur de direction dans la dernière partie du parcours, autour des obstacles 12 et 13, entraîne des pénalités.

Et en équitation de travail, comme ailleurs, le chronomètre a une mémoire sélective : il se souvient surtout des secondes qu’on vous rajoute.

La médaille s’envole.

(©Collection privée Jasmine Velghe)

Huitième mondiale, mais pas venue pour être huitième

Virginie Dubus termine finalement huitième du classement individuel mondial.

Devant, le Portugal rappelle au passage qu’en équitation de travail, il reste la référence.

Gilberto Filipe Silva and Morante décrochent le titre mondial, devant la Suédoise Astrid Hedman and Jaguar, tandis que le Portugais Bruno Pica da Conceição and Istambul complète le podium.

(©Collection privée Jasmine Velghe)

Le Portugal remporte également le classement des nations devant la France et l’Espagne.

Pour la Belgique, pas de classement par équipes : avec seulement deux cavalières engagées, impossible de réunir les trois résultats nécessaires.

Le dimanche peut donc être consacré à regarder les autres s’expliquer avec les vaches.

Car oui, l’ultime épreuve par équipes consiste bien à isoler à cheval un bovin désigné au sein d’un troupeau.

On vous avait prévenus : ce sport ne manque pas d’idées.

De Jerez à Lier

Ce Mondial laisse surtout une impression assez claire.

La Belgique n’a peut-être envoyé que deux cavalières en Andalousie, mais l’une d’elles a terminé dans le Top 8 mondial, après avoir pris une troisième place dans une épreuve et s’être retrouvée en position de jouer une médaille jusqu’au dernier jour.

Quant à Louise Poppe, elle repart de son premier Mondial avec trois épreuves terminées, un parcours de vitesse sans faute et une expérience qu’aucun entraînement à la maison ne peut vraiment reproduire.

(©Collection privée Jasmine Velghe)

Et il ne faudra pas attendre longtemps avant de les revoir.

Les 26 et 27 septembre, l’équitation de travail belge se retrouvera à l’Azelhof de Lier pour son Championnat de Belgique. L’entrée est gratuite. Pour ceux qui se demandent encore pourquoi des gens trouvent passionnant de galoper vers une porte avant de saisir une perche, c’est probablement le bon endroit pour commencer.

Quant à Jerez, la Belgique n’en a pas tout à fait terminé avec elle.

The Real Escuela Andaluza del Arte Ecuestre quittera temporairement son palais andalou pour venir présenter son spectacle Cómo Bailan Los Caballos Andaluces à l’ING Arena de Bruxelles les 20, 21 et 22 novembre 2026.

Après avoir accueilli les meilleurs cavaliers d’équitation de travail du monde, les Andalous viennent donc chez nous.

Échange de bons procédés.

Retrouvez le classement individuel des Championnats du monde here et le classement en équipe here

(Photo cover ©Mawe)

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