L’Allemagne avait encore faim

Publié par Sébastien Boulanger le 04/10/2026

Championne du monde à Aix-la-Chapelle en août, victorieuse dans la coupe à Calgary, l’Allemagne n’avait manifestement pas prévu de laisser beaucoup de vaisselle aux autres en 2026. À Barcelone, la Mannschaft d’Otto Becker s’offre la finale de la Longines League of Nations au terme d’un barrage face au Brésil. Les Auriverde prennent une deuxième place qui ressemble à une revanche après des Mondiaux sans médaille. Et derrière ? La Belgique, évidemment. Parce qu’un podium international sans les hommes de Peter Weinberg commence sérieusement à ressembler à une anomalie.

La Mannschaft collectionne

À un moment, il faudra peut-être penser à laisser quelque chose aux copains.

Quelques semaines après avoir décroché le titre mondial par équipes à Aix-la-Chapelle, l’Allemagne a remis le couvert dimanche au Real Club de Polo de Barcelone. Cette fois, c’est la Longines League of Nations 2026 qui tombe dans l’escarcelle d’Otto Becker.

Marcus Ehning and Coolio 42, Jörne Sprehe and Toys, Richard Vogel and Cloudio, Sophie Hinners and Iron Dames My Prins : quatre cavaliers, quatre chevaux et une équipe qui commence presque a prendre de façon instinctive le chemin vers les cérémonies protocolaires.

Après une première manche terminée sans pénalité au compteur, les quatre points de Sophie Hinners étant alors effacés comme drop score, l’Allemagne avait déjà posé les bases. Et Marcus Ehning puis Jörne Sprehe allaient continuer le travail avec deux doubles sans-faute.

Bref, jusqu’ici, contrôle allemand. Classique.

Sauf qu’une finale de Ligue des Nations qui se termine tranquillement n’est visiblement pas prévue au règlement.

Richard Vogel ouvre la porte… puis la referme

Car dans cette formule où aucun score ne peut être effacé en deuxième manche, chaque barre possède soudain la valeur immobilière d’un appartement avec vue sur le Passeig de Gràcia.

Le Brésil termine à quatre points. La Belgique à cinq.

Il ne reste alors plus que Richard Vogel et Cloudio pour envoyer directement l’Allemagne chercher le trophée.

Et là : barre.

Four faults.

Égalité avec le Brésil.

Barrage.

Rodrigo Pessoa and Major Tom sont les premiers à revenir en piste. Le Brésilien joue vite, 39’’48, mais laisse le premier obstacle au sol. Quatre points. La porte est grande ouverte pour Vogel.

Le numéro un mondial n’a plus besoin de battre Pessoa. Il doit simplement ne rien faire tomber.

Avec Cloudio, il boucle son barrage sans faute en 40’’85.

Rideau.

Ou plutôt : Deutschland über alles dans les tribunes allemandes.

« Nous avons rendu les choses plus excitantes qu’elles n’auraient dû l’être », sourira Vogel après coup. Pour le public, sans doute. Pour Otto Becker, probablement un peu moins.

Mais le résultat est là : l’Allemagne est championne de la Longines League of Nations 2026. Après son titre mondial d’Aix-la-Chapelle et ses autres succès cette année, elle referme sa saison internationale par une nouvelle démonstration de profondeur.

Et ce n’est même plus vraiment une surprise.

Le Brésil avait prévenu

Derrière, il serait presque injuste de résumer la deuxième place brésilienne à la barre de Rodrigo Pessoa au barrage.

Parce que ce Brésil-là, on l’avait vu venir.

À Saint-Tropez, lors de la dernière étape qualificative, les Auriverde avaient déjà terminé deuxièmes derrière la France après avoir été la seule équipe à sortir de la première manche sans aucune pénalité.

À Barcelone, les signaux étaient encore là.

Stephan de Freitas Barcha and Chevaux Primavera Imperio Egipcio signent un double sans-faute. João Victor Castro Aguiar Gomes de Lima and Cashpaid J&F font de même. Et quand Rodrigo Pessoa et Major Tom bouclent leur deuxième manche sans toucher une barre, le Brésil s’installe à quatre points et oblige l’Allemagne à ne plus respirer.

Pas exactement le profil d’un invité arrivé là parce qu’il restait une chaise libre.

Après des Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle sans médaille en jumping, un clash magistral avec Yuri Mansur. Cette deuxième place ne gomme évidemment pas tout. Mais elle remet un peu de couleur dans une saison qui en avait besoin.

Surtout, elle confirme une impression : le Brésil avait les jambes, les chevaux et l’envie ce week-end.

Il lui aura manqué une barre.

La toute première du barrage.

Cruel.

La Belgique ? Évidemment la Belgique

Et puis il y a les Belges. Encore. Toujours.

On pourrait presque commencer les comptes-rendus internationaux par : « La Belgique sera sur le podium, reste maintenant à déterminer où. »

À Aix-la-Chapelle, les hommes de Peter Weinberg avaient décroché l’argent mondial par équipes. À Saint-Tropez, ils étaient déjà troisièmes de la dernière étape de la Ligue des Nations. À Barcelone, ils reprennent donc leur abonnement avec la troisième marche.

Cette fois, le compteur s’arrête à cinq points.

Pieter Devos and Primo DV avaient parfaitement lancé l’affaire avec un double sans-faute. Mais les quatre points d’Emilie Conter and Portobella van de Fruitkorf en deuxième manche (sans faute en première) ont légèrement éloigné le rêve de victoire.

Restait Abdel Saïd.

With Wathnan Bonne Amie, le Belge devait tenir. Il l’a fait : aucune barre au sol, seulement ce petit point de temps qui accompagne la Belgique jusqu’à son total final de cinq.

Pas assez pour rejoindre Allemagne et Brésil au barrage.

Assez pour monter sur la boîte.

Encore.

Il faut reconnaître à cette équipe une qualité devenue presque caricaturale : elle sait survivre aux grandes journées. Pas forcément dominer, pas toujours dérouler, mais rester là lorsque les autres commencent à disparaître du classement.

Et à la fin, Peter Weinberg trouve généralement un escalier qui mène vers un podium.

Derrière, ça tousse un peu

Derrière le trio de tête, les États-Unis terminent quatrièmes, aux portes d’un podium qui s’est progressivement refermé devant eux. L’Italie prend la cinquième place, avant deux nations dont on attendait franchement davantage à Barcelone.

La Grande-Bretagne, tenante du titre, doit cette fois se contenter de la sixième place. Une vraie contre-performance pour une équipe britannique habituée ces dernières saisons à regarder les classements depuis beaucoup plus haut.

Et que dire de la France ? Septième, devant la seule Espagne, elle aussi passe complètement à côté de sa finale. D’autant plus frustrant que les Bleus avaient remporté quelques semaines plus tôt la dernière étape qualificative à Saint-Tropez. De vainqueurs à figurants en l’espace de quelques semaines : Barcelone a parfois la mémoire courte.

L’Irlande termine huitième, tandis que l’Espagne, invitée à domicile, ferme la marche. 

Allemagne, Brésil, Belgique : trois saisons dans un podium

Ce podium de Barcelone raconte finalement assez bien trois histoires.

Celle d’une Allemagne qui gagne encore, quelques semaines seulement après avoir conquis le titre mondial à domicile. Une équipe dense, expérimentée, capable d’aligner Marcus Ehning et Richard Vogel dans la même formation et de faire émerger autour d’eux Sophie Hinners ou Jörne Sprehe.

Celle d’un Brésil qui relève la tête, après un été mondial frustrant, mais dont la deuxième place n’a rien d’un miracle dominical. Les Brésiliens avaient déjà montré à Saint-Tropez qu’ils arrivaient lancés. Barcelone n’a fait que confirmer le diagnostic.

Et celle d’une Belgique qui refuse obstinément de quitter les podiums.

À Barcelone, la Mannschaft repart donc avec la coupe, le Brésil avec une revanche et la Belgique avec une nouvelle médaille à ranger quelque part.

Pour les Allemands, en revanche, le problème commence à devenir logistique.

À force de gagner, il va falloir agrandir sérieusement l’armoire à trophées.

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Photos ©FEI/ Leanjo de Koster

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