Tobago Z, les derniers tours d’un géant

Publié par Sébastien Boulanger le 31/08/2025

Bruxelles, samedi soir. Pas un bruit dans l’arène du Stephex Masters. Même les enfants arrêtent de mâchouiller leur barbe à papa. Devant eux, un cheval alezan, l’œil encore pétillant, salue son public pour la dernière fois. Scuderia 1918 Tobago Z pour un dernier tour d’honneur.

Il ne sautera plus. Et pourtant, on jurerait que son ombre continuera de planer au-dessus de chaque obstacle à 1,60 mètre.

Un crack de 1,68 m au cœur XXL

Quand Daniel Deusser l’a récupéré en 2016, Tobago avait déjà cette tête de môme prodige. Son éleveur, Jonas Bellemans, le savait depuis le poulinage : « celui-là, il n’est pas comme les autres. » Et l’histoire lui a donné raison.
25 victoires internationales. Dix Grands Prix et Coupes du monde dans la besace. Des podiums à n’en plus finir. Des frissons à la pelle.

On l’a vu trembler la cathédrale d’Aix-la-Chapelle avec une deuxième place au Rolex Grand Slam. On l’a vu exploser la concurrence à ’s-Hertogenbosch. On l’a vu ramener une médaille d’argent européenne avec l’équipe allemande à Rotterdam. À chaque fois, la même signature : un galop court, une détente hallucinante, un mental de boxeur.

L’histoire d’un duo

Parce que Tobago, ce n’était pas seulement un cheval. C’était le cheval de Daniel Deusser. Un prof, même, si on en croit le cavalier allemand :

« Il m’a appris énormément. C’était un partenaire, un ami, un maître. »

Deusser doutait parfois de son plafond. Mais il suffisait de regarder le palmarès de ces huit années pour se souvenir : Tobago avait déjà écrit la légende.

Stephan Conter, patron des écuries Stephex, résume sans fioritures :

« Il était rapide, il pouvait sauter n’importe quoi. Ce genre de partenariat, on rêve d’en retrouver un jour. »

Le futur est déjà là

À 17 ans, la retraite, oui. Mais la fin, non. À Wolvertem, dans les écuries Stephex, deux rejetons pointent déjà le bout de leur nez dans le sport : Trixie Z avec Emilie Conter, Otello de Guldenboom sous la selle de… Deusser, évidemment. Comme une filiation naturelle.

Du côté de Stephex on souffle: « La magie de Tobago ne s’arrête pas, elle se multiplie ». Et cette fois, personne ne peut accuser le marketing d’en faire trop.

Ovation debout

Hier soir, au moment où Tobago a fait son entrée en piste pour la dernière fois, il n’était pas seul. Dans son sillage – comme toujours, a-t-on envie de dire – ses deux grooms historiques, Sean Lynch et Marine Renaudet. Les gardiens de ses secrets, complices de chaque départ à l’étranger, artisans de chaque détail invisible. Ceux qui savaient que, derrière chaque victoire, il y avait aussi des milliers de soins, de caresses et de nuits blanches.

Puis, le silence. Et une arène entière debout, les yeux un peu humides pour assister aux trois derniers tours au petit galop.

Parce qu’on ne voit pas passer beaucoup de cracks comme lui. Parce qu’un cheval capable de transformer chaque saut en histoire, ça ne s’oublie pas.

Scuderia 1918 Tobago Z en 10 performances clés:

  1. 2018 – Première grande victoire en Grand Prix au LGCT de Rome
  2. 2018 – Victoire dans le Grand Prix 5* de Lyon.
  3. 2018 – Victoire dans la Coupe du monde de Madrid
  4. 2019 – Victoire dans la Coupe du monde de Bordeaux
  5. 2019 – Vainqueur de la fina de la Coupe du Monde à Göteborg
  6. 2019 – Médaille d’argent par équipe aux Championnats d’Europe de Rotterdam.
  7. 2019 – Vainqueur de la finale de la Coupe des nations à Barcelone
  8. 2020 – Vainqueur du Grand Prix Rolex de s’Hertogenbosch
  9. 2021 – Vainqueur du Grand Prix de Wellington
  10. 2024 – Vainqueur à 16 ans des Sires of the World au CSI 5* de Malines