La repro pour les nuls : l’OPU et l’ICSI, c’est quoi en fait ?

Publié par Sébastien Boulanger le 03/01/2026

Ce qui se passe vraiment entre une aiguille, un incubateur et un futur crack

La reproduction équine moderne ressemble de moins en moins à une prairie et de plus en plus à un laboratoire de haute précision.
OPU, ICSI : deux acronymes omniprésents dans l’élevage de sport, souvent utilisés, rarement expliqués clairement.

Pour démystifier ces techniques sans bullshit ni fantasmes, nous nous sommes appuyés sur l’expérience de terrain de Wim Degeneffe, vétérinaire et à la tête de Hof Ter Leeuwe, centre belge spécialisé en reproduction équine qui accueille des juments de Monsieur et Madame tout le monde jusqu’aux juments olympiques.

La révolution des labos

Pendant des décennies, faire un poulain reposait sur une équation simple : une jument, un étalon, et du temps.
Aujourd’hui, l’élevage de haut niveau a changé de braquet.

Objectifs :

  • exploiter les meilleures génétiques
  • préserver la carrière sportive des juments
  • utiliser des semences rares ou anciennes
  • accélérer la production de lignées performantes

C’est dans ce contexte que l’OPU et l’ICSI se sont imposées comme des outils majeurs.

OPU : aller chercher l’ovocyte à la source

OPU signifie Ovum Pick-Up.
Le principe :

« L’OPU est une technique qui consiste à prélever les ovocytes dans les follicules ovariens d’une jument », résume Wim Degeneffe.

Comment ça se passe concrètement ?

La jument est sédatée, mais reste debout.


Une sonde échographique est placée par voie vaginale.
Une aiguille à double canal est ensuite utilisée.

La sonde permet non seulement de guider l’aiguille, mais aussi de monitorer en temps réel le travail

« Dans l’aiguille il y a 2 canaux. Un canal permet d’injecter un liquide dans le follicule, l’autre sert à aspirer. Pendant toute la procédure, on remplit et on aspire en même temps. Je tiens l’ovaire dans la main et je le manipule doucement pour que l’aiguille se place au mieux dans un follicule. L’aiguille est alors tournée pour racler au mieux la paroi du follicule et tenter de détacher le plus possible d’ovocytes. L’opération est répétée dans chaque follicule. »

Le liquide récupéré contenant les ovocytes est filtré et les ovocytes récupérés sont immédiatement identifiés et préparés pour le laboratoire.

C’est au microscope électronique que les ovocytes sont identifiés et distingués des autres tissus récoltés.

Combien d’ovocytes peut-on espérer récupérer ?

En pratique, tout commence par l’échographie ovarienne.

« Nous aimons commencer lorsque la jument présente au moins 15 follicules (jusdqu’à 20) mesurant entre 8 mm et 2,5 cm, idéalement lorsqu’elle n’est pas en chaleur. »

Mais chaque jument est différente.

« Certaines n’atteindront jamais ce nombre. Après quelques semaines d’observation de l’activité des ovaires, si une jument ne dépasse jamais dix follicules, on travaille avec ce chiffre-là : c’est son maximum. »

©Hof Ter Leeuwe

En moyenne :

  • ± 15 ovocytes par séance
  • environ 70 % sont exploitables

ICSI : la fécondation de haute précision

Une fois les ovocytes collectés, place à l’ICSI (Intra-Cytoplasmic Sperm Injection).

« Après la collecte, un vétérinaire officiel (de l’AFSCA en Belgique, ANSES en France) vérifie les papiers et les tests sanitaires (principalement pour vérifier que la jument est négative sur l’anémie infectieuse et la métrite, car les ovocytes traversent la frontière et partent en Italie au Laboratoire Aventea pour l’ICSI. Ils sont expédiés en transport express par hippo express de nuit généralement. Des ovocytes prélevés en fin d’après-midi arrivent à Crémone, en Italie le lendemain matin.»

« Les ovocytes sont placés en incubateur pour maturer (environ 80% maturent).Puis on réalise l’ICSI : un spermatozoïde lavé et isolé est injecté dans chaque ovocyte mature. Les ovocytes fécondés sont remis en incubateur pour se développer en embryons. »

Au laboratoire :

  • maturation des ovocytes en incubateur pendant 36 heures
  • injection d’un seul spermatozoïde dans chaque ovocyte mature
  • culture embryonnaire en incubateur

8 à 9 jours après l’ICSI, les embryons viables sont congelés.

Si c’est dans de bonnes conditions, les embryons ainsi fécondés et congelés peuvent être conservés à vie.

Combien d’embryons au final ?

La question clé. Et la réponse n’est jamais simple.

« Dans un idéal on espère collecter 70% des ovocytes présents dans les follicules. En moyenne on arrive a en récolter une quinzaine. Et toujours en moyenne, on obtient de ça entre 2,5 et 2,8 embryons. Mais c’est extrêmement variable. »

Exemples très concrets :

« On peut parfois obtenir 4 embryons à partir de 6 ovocytes……et une autre fois, un seul embryon sur 20 ovocytes, voire aucun. »

Point crucial souvent ignoré :

« Environ 30 % des juments ne produisent jamais d’embryons après le process OPU/ICSI, même après plusieurs essais, alors qu’elles peuvent être fertiles en insémination classique. »

L’âge de la jument : un facteur déterminant

Comme chez toutes les femelles :

« La jument naît avec un stock d’ovocytes limité. Ce stock diminue au fil des cycles… et aussi au fil des OPU. Mais les juments ne sont pas des animaux qui, comme la femme, deviennent ménopausées. Donc elles en auront toute leur vie. Même si le nombre se réduit. Les follicules qui contiennent ces ovocytes apparaissent tout au long de sa vie. Mais leur nombre est fixé à leur naissance. Ce qui est parti ne revient pas»

Observations de terrain :

  • chute nette après 20–21 ans
  • certaines juments de 25 ans sans activité folliculaire exploitable

À l’inverse, trop jeune n’est pas idéal non plus.

« Chez les très jeunes juments, les ovaires sont parfois difficiles à manipuler. Les ligaments sont courts, cela peut être plus douloureux et les résultats sont souvent plus faibles. Je préfère éviter les OPU sur des juments de 2,5 à 3 ans. On remarque aussi qu’une jument qui a déjà eu un poulain naturellement est plus intéressante pour pratiquer un processus OPU/ICSI. On a plus de chances. »

Fenêtre optimale : entre 6–7 ans et 12–14 ans.

©Hof Ter Leeuwe

Quand faut-il arrêter ?

La décision est autant médicale qu’économique.

« En général, après trois OPU sans aucun embryon avec un même labo, je conseille d’arrêter. Certains propriétaires arrêtent déjà après deux, car le coût est important. »

Mais ça ne veux pas dire que la jument ne pourra jamais avoir de poulain d’une autre façon (naturelle par exemple).

« Il n’y a pas de caractéristique propre à des lignées. Mais une jument moins fertile peut produire des juments moins fertiles. Ça peut se retrouver de mère en fille oui. mais ce n’est pas une règle non plus. »

Pas d’acharnement : l’OPU n’est pas une garantie de résultat.

Repos et gestion sportive

L’OPU n’est pas anodine.

Vous pouvez faire plusieurs OPU à la suite, mais il faut attendre trois semaines entre les deux pour pouvoir recommencer si il y a un nombre de follicules assez important qui est réapparu.

« C’est une procédure invasive. Nous conseillons deux à trois jours de repos complet, pas de saut pendant une semaine, puis une reprise progressive. »

Message clair :

« Elle peut avoir sauté la veille, mais surtout pas le lendemain. Faire une OPU le mardi et un concours le week-end n’est pas raisonnable. »

Combien ça coûte ?

« Chez nous, le prix est fixe. Celà inclut notre travail, les médicaments, le certificat de santé et le transport vers l’Italie. Le prix de l’activité du labo est également fixe. »

Comptez environ 2000€ pour une processus complet OPU/ ICSI.

Le résumé pour les nuls

  • OPU : on récupère les ovocytes directement dans l’ovaire
  • ICSI : on féconde chaque ovocyte en laboratoire avec un seul spermatozoïde
  • Résultat : embryons congelés (après courte maturation), transférables plus tard
  • Avantages : génétique, logistique, carrière sportive préservée
  • Limites : variabilité énorme, âge, coût, aucune certitude

La reproduction moderne est un cocktail de science, d’expérience… et d’acceptation du risque.
OPU et ICSI ont révolutionné l’élevage de sport.
Mais ce sont des outils. Pas des baguettes magiques.

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