Pendant que l’Andalousie ronronne au rythme des sabots et que les écuries de l’Andalucía Sunshine Tour affichent complet, la nouvelle tombe comme une mauvaise distance : Antonio Blázquez est mort. 86 ans, pile au cœur de son œuvre, au moment précis où le circuit qu’il a inventé tourne à plein régime. Le genre de timing qui ne s’explique pas. Le genre de sortie qui ressemble à un dernier clin d’œil.
Un circuit bricolé au départ, devenu machine mondiale
Blázquez, c’était l’anti-blasé de la basse saison. Le type qui a regardé l’hiver européen droit dans les yeux et lui a dit : « viens, on va te faire galoper ». Il y a plus de trente ans, quand le projet ressemblait encore à une kermesse bien organisée, il a planté ses piquets en Andalousie et attiré le gratin mondial du saut d’obstacles. Résultat : une transhumance chic de cavaliers et d’amazones venus de partout, et un rendez-vous devenu incontournable du calendrier international. Avec, aujourd’hui, 3000 chevaux sautant les barres des 20 pistes de la tournée au soleil. Le Sunshine Tour, ce n’est pas seulement du sport : c’est un refuge hivernal pour élites en quête de soleil et de travail sérieux.

Mais Blázquez ne s’est jamais contenté de faire voler des chevaux. Il a bâti une institution. Un circuit avec une âme, un ancrage, une portée sociale et culturelle qui dépasse largement la piste. En mars 2025, la reconnaissance officielle est tombée : la Medalla de la Provincia de Cádiz, plus haute distinction locale, remise à un entrepreneur infatigable, salué pour son caractère inquiet et son attachement viscéral à la province. Un trophée sans obstacle, celui-là.
Grand d’Espagne
Aujourd’hui avant le Grand Prix 1m55, la piste 3 s’arrêtera de respirer. Une minute suspendue, un hommage collectif, de tout le staff et tous ceux qui veulent dire merci à l’homme qui a rendu ce rêve équestre possible. Pas besoin de discours trop longs : le silence fera le boulot.

La ville de Vejer de la Frontera a décrété un jour de deuil. Vous voyez un peu l’importance du personnage? Un passionné de chevaux au sens large. L’obstacle , mais aussi l’attelage. Une discipline de coeur. Quand un fondateur disparaît, ce n’est pas seulement un nom qui s’éteint, c’est une manière de voir plus loin que l’obstacle suivant. Le Sunshine Tour continuera de tourner, les barres continueront de tomber, ou pas, mais l’hiver andalou a perdu son architecte. Et quelque part, entre deux parcours parfaits, on se dira que sans Antonio Blázquez, le soleil n’aurait peut-être jamais autant brillé sur les pistes d’Andalousie.
(Photos © Sunshine Tour)