Fort Worth, deux finales et un monde à part : le jumping s’offre un casting de blockbuster, le dressage joue la carte de la sélection

Publié par Sébastien Boulanger le 21/03/2026

Du 8 au 12 avril 2026, Fort Worth deviendra le centre du monde équestre avec les finales de la Coupe du monde de saut d’obstacles et de dressage. Sur le papier, les deux finales partagent la même scène. Dans les faits, elles raconteront deux histoires très différentes. En jumping, le plateau ressemble à un embouteillage de champions, avec Steve Guerdat en quête d’un quatrième titre mondial face à une armada d’anciens vainqueurs, de top mondiaux et d’Olympiens. En dressage, l’affiche est plus ouverte, presque plus tactique, marquée par plusieurs absences choisies pour ménager les chevaux et les organismes à l’approche des Coupes des nations et, déjà, dans la perspective des Championnats du monde. Une seule Belge sera de la partie : Alexa Fairchild.

Jumping : Steve Guerdat vise la postérité, mais le casting a des allures de guet-apens

Le grand nom de cette finale 2026, c’est évidemment Steve Guerdat.
Le Suisse, vétéran de six Jeux olympiques et déjà triple vainqueur de la Coupe du monde, débarque au Texas avec une cible dans le viseur : un quatrième titre, inédit, qui le ferait encore monter d’un étage dans la hiérarchie des légendes du saut d’obstacles.

(Steve Guerdat & Albfuehren’s Iashin Sitte© FEI/www.sportfotos-lafrentz.de / Stefan Lafrentz)

Actuellement 13e au classement mondial, l’Helvète n’arrive pas en terrain inconnu. Son CV ressemble à une encyclopédie du haut niveau : six Jeux, trois Jeux équestres mondiaux, six finales de Coupe des nations FEI,… et, surtout, quinze finales de Coupe du monde déjà disputées. Quinze. Avec treize top 10 au passage. À ce niveau-là, ce n’est plus de la régularité, c’est une habitude de vie.

Le problème pour lui, c’est que Fort Worth n’a rien d’un couronnement annoncé.

Trois anciens rois dans la salle d’attente

Parce qu’en face, il n’y aura pas des figurants venus faire du tourisme au Texas.
Parmi les engagés figurent trois autres anciens champions de la Coupe du monde.

Daniel Deusser, vainqueur en 2014, sera de la partie. L’Allemand, aujourd’hui 25e mondial, a derrière lui deux Jeux olympiques, les Jeux équestres mondiaux 2014, sept finales de Coupe du monde et quatre places dans le top 5 de ces finales. En clair : il connaît le manuel.

(Daniel Deusser & Otello de Guldenboom © FEI/Massimo Argenziano)

Martin Fuchs, champion 2022, sera lui aussi là. Le Suisse, 37e mondial, a déjà disputé sept finales de Coupe du monde, avec cinq top 10 à la clé. À cela s’ajoutent trois Jeux olympiques, les Jeux équestres mondiaux 2018, les Mondiaux 2022, la finale de la Longines League of Nations 2024 et six finales de Coupe des nations. Lui aussi sait ce qu’exige une semaine de championnat indoor.

Et puis il y a McLain Ward. L’Américain, vainqueur de la Coupe du monde 2017 (avec HH Azur), est l’un des grands visages de cette finale. Actuel 10e mondial, vétéran lui aussi de six Jeux olympiques, Ward possède un dossier qui sent la poussière des grandes salles et les soirs de podium : quatre Jeux équestres mondiaux, les Mondiaux 2022, deux finales de Coupe des nations et surtout vingt finales de Coupe du monde. Vingt. Avec dix top 10. À domicile, difficile de ne pas le placer parmi les très gros clients.

Les États-Unis arrivent en force, et pas pour applaudir

Ward n’est d’ailleurs que la pointe de l’iceberg américain.
Le contingent des États-Unis a franchement de quoi donner des sueurs froides au reste du plateau.

Kent Farrington, numéro 2 mondial, sera l’un des principaux hommes à battre. Double olympien, quatrième de la finale de Coupe du monde en 2024, il coche toutes les cases du favori crédible : forme, expérience, précision et capacité à tenir la pression.

Greya

À ses côtés, Laura Kraut apporte la version monument national. Quatre Jeux olympiques, Hall of Fame du show jumping, 11e mondiale : l’Américaine n’a plus besoin de prouver qu’elle sait naviguer dans les grands rendez-vous.

(Laura Kraut & Tres Bien Z ©FEI/SDH Photography)

Le reste de la délégation a de la gueule aussi. Kaitlin Campbell, finaliste en 2025. Katie Dinan, six finales de Coupe du monde au compteur et 8e l’an dernier. Aaron Vale, 36e mondial, double finaliste en Coupe du monde et enfant du pays ou presque, puisqu’il est originaire d’Irving, tout près de Fort Worth. Skylar Wireman, finaliste en 2024. Et puis les débuts de Mimi Gochman et Jacob Pope, qui découvriront l’atmosphère très particulière d’une finale mondiale.

Bref, les Américains n’alignent pas seulement du nombre. Ils alignent de la profondeur.

Une finale à 20 pays, 15 Olympiens, 15 cavaliers du top 40

Les chiffres résument assez bien le niveau de la bagarre à venir : des cavaliers issus de 20 pays, 15 Olympiens, 15 membres du top 40 mondial, quatre anciens vainqueurs de Coupe du monde dans la même enceinte. On a vu des finales plus ouvertes. On en a rarement vu d’aussi chargées.

Et la liste ne s’arrête pas là.

Daniel Coyle, 12e mondial, représentera l’Irlande après sa participation aux Jeux de 2024. Willem Greve, 24e mondial, en forme étincelante, sera l’une des cartes néerlandaises, lui qui a terminé 7e de la finale 2025. Yuri Mansur, double olympien brésilien, arrive avec un bagage sérieux et un souvenir encore frais : sa 4e place à la finale 2023. Kristaps Neretnieks portera les couleurs lettones avec le statut de double olympien. Eiken Sato, triple olympien japonais, apportera lui aussi une expérience de championnat.

(Willem Greve & Pretty Woman van’t Paradijs N.O.P. ©FEI/www.sportfotos-lafrentz.de/Stefan Lafrentz)

Côté français, Kevin Staut, 34e mondial, reste l’un des hommes à suivre. Double olympien, il a terminé 3e de la finale 2025. Et quand Staut est dans ce registre-là, il redevient le genre de cavalier que personne n’a envie de voir sortir sans faute avant un barrage.

La Belgique, entre solidité et ambitions assumées

La Belgique pourra miser sur deux visages bien connus : Abdel Saïd et Grégory Wathelet et un outsider Jordy Van Massenhove.

Abdel Saïd, 21e mondial, figure parmi les valeurs sûres du circuit. Olympien à Tokyo, il s’est installé dans une zone du classement mondial qui ne laisse plus place au hasard. Ce type de finale est exactement le terrain où il peut transformer sa régularité en coup d’éclat avec Quaker Brimbelles Z.

Grégory Wathelet, 15e mondial et triple olympien, Aligné avec Double Jeux d’Honvault au Texas, il reste l’un des cavaliers belges les plus solides des grands rendez-vous. Son expérience, son sang-froid et sa capacité à exister dans les gros concours indoor en font un outsider très sérieux. Pas le plus bruyant. Souvent l’un des plus dangereux.

(Grégory Wathelet & Double Jeu d’Honvault)

Sans oublier Jordy Van Massenhove qui n’aura rien à perdre pour sa première finale avec Verdiamo Z

Vogel, Swail, Schulze Topphoff, Kurbanov : les trouble-fêtes n’ont rien d’anecdotiques

Au rayon des profils capables de faire sauter les calculs, il faudra regarder Richard Vogel. L’Allemand, 4e mondial, olympien en 2024 et champion d’Europe 2025, arrive avec le costume du type qui peut tout emporter si la semaine tourne bien.

(Richard Vogel & Gangster Montdesir ©FEI/Shannon Brinkman)

Conor Swail, 30e mondial, sait lui aussi ce que représente une finale de Coupe du monde, lui qui avait terminé 8e en 2022. Bekzod Kurbanov, vu en finale en 2022, revient avec ce supplément d’aisance que donnent les précédentes campagnes. Philipp Schulze Topphoff, lui aussi finaliste en 2022, complète la densité allemande.

Autrement dit : même les “seconds couteaux” de cette finale ont déjà un CV qui ferait rêver beaucoup de premiers rôles ailleurs.

Retrouvez la liste complète des finalistes de Fort Worth en jumping ici

Dressage : absences stratégiques et fenêtre ouverte

Changement d’ambiance.

La finale de dressage, elle, se jouera aussi… avec ceux qui ne sont pas là.

Les Belges Justin Verboomen et Larissa Pauluis ont choisi de rester en Europe. Même logique pour Isabell Werth.

Un choix assumé : éviter un déplacement lourd à quelques semaines des Coupes des nations, étape clé dans la préparation des Championnats du monde.

Alexa Fairchild, seule Belge… mais pas sans carte à jouer

Dans ce contexte, Alexa Fairchild endossera seule le costume belge à Fort Worth.
Elle sera associée à Fairplay, hongre de 15 ans issu de Delatio, un couple qui continue de monter en puissance sur la scène internationale.

Pas de pression inutile, mais une opportunité claire : profiter d’un plateau légèrement ouvert pour aller chercher une performance de référence.

Entre expérience et nouvelle génération

Le plateau reste solide.

Les cadres

Les locomotives européennes

Le Suédois Patrik Kittel arrivera avec Touchdown, 14 ans, valeur sûre du circuit.
L’Allemagne comptera sur Raphael Netz et Great Escape Camelot, duo régulier à ce niveau.

(Patrik Kittel & Touchdown© FEI/Martin Dokoupil)

Côté britannique, Becky Moody (Jagerbomb) et surtout Charlotte Dujardin avec Alive And Kicking apporteront du poids et de l’expérience.

La Danoise Carina Cassøe Krüth et sa redoutable Heiline’s Danciera seront également à surveiller de près.

Autant de couples capables de verrouiller un classement.

Le temps long

Et puis, pour la France, il y a Morgan Barbançon avec Sir Donnerhall II, 20 ans.
Une longévité rare à ce niveau.

(Morgan Barbancon & Sir Donnerhall II ©FEI/Leanjo de Koster)

La relève

Derrière, la jeunesse pousse :
Thamar ZweistraSandra Sysojeva ou encore Christian Simonson.

Moins de repères, mais l’audace de la jeunesse.

Retrouvez la liste complète des finalistes de Fort Worth en dressage ici

Deux finales, deux vérités

À Fort Worth, tout opposera les deux disciplines.

Le jumping promet une bataille totale, saturée de stars et d’expérience.
Le dressage, lui, ouvre des brèches, entre absences calculées et nouvelles têtes.

Même lieu, même week-end. Mais deux lectures du très haut niveau.

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