À Lausanne, le vernis institutionnel n’a pas suffi à masquer une réalité : le saut d’obstacles olympique cherche encore sa formule idéale. Entre simplification administrative, flexibilité sportive et contraintes du CIO, les discussions du FEI Sports Forum 2026 dessinent une évolution pragmatique pour Los Angeles 2028. Pas de révolution, mais une série d’ajustements qui pourraient peser lourd le jour J.
Remplacements : toujours verrouillés, mais mieux cadrés
Pas de grand soir ici. Les remplacements restent cantonnés à l’épreuve par équipes, avec une fenêtre stricte : entre la fin du qualificatif et deux heures avant la finale.
La nouveauté ? Rien de spectaculaire, mais un cadre réaffirmé :
- uniquement des couples déjà inscrits sur la nominated entries list
- certificat médical ou vétérinaire obligatoire
- validation officielle exigée
Bref, du classique. Le genre de règle qu’on ne remarque que quand elle pose problème.

Changements avant compétition : plus de souplesse
C’est là que ça bouge un peu plus.
Les changements de couples cavalier/cheval deviennent beaucoup plus flexibles avant le début des épreuves :
- modifications possibles jusqu’au 26 juin 2028 (deadline officielle)
- ajustements encore autorisés jusqu’à deux heures avant chaque qualificative
- aucun certificat requis
- nombre de changements illimité
Seule limite : rester dans la liste initiale. Et une fois les chevaux sur site, impossible d’en faire entrer de nouveaux.
Un système plus agile, pensé pour s’adapter aux aléas sans ouvrir la porte aux abus.

Administration : enfin un peu de logique
C’est peut-être la vraie avancée.
Fini les certificats remplis à la main. Pour Los Angeles :
- toutes les entrées passeront par le FEI Entry System
- le certificat de capacité sera généré automatiquement
Un détail ? Pas pour les fédérations. Moins de paperasse, moins de risques d’erreur. Et probablement quelques migraines en moins.
Finale par équipes : une porte entrouverte
À Paris 2024, une équipe forfait en finale équivalait à une place perdue.
À Los Angeles, on change de logique.
Si une équipe qualifiée se retire, la 11e du qualificatif pourra être repêchée, jusqu’à deux heures avant la finale.
Un petit ajustement, mais un vrai gain sportif :
- plus d’équipes en piste
- moins de finales tronquées
- un suspense prolongé

Tirage au sort : simplification radicale
Fini les doubles tirages et les casse-têtes d’ordre de passage.
Pour 2028 :
- un seul tirage informatique
- un seul groupe
- effectué après le deuxième entraînement
Simple, lisible, efficace.
Le pavé dans la mare signé François Mathy Jr

Et puis il y a eu la sortie de François Mathy Jr. Pas anodine.
Le président de l’IJRC (le club international des cavaliers) propose :
- un format à 4 cavaliers au premier tour, 3 au second (comme dans la LLN)
- intégrer les individuels dans l’épreuve par équipes
- revoir le système de qualification pour la finale individuelle
Son constat est clair :
le système actuel est fragile
une seule manche pour sélectionner les 30 finalistes, c’est trop léger
Sur le papier, l’idée séduit. Plus équitable, plus robuste, plus sportive.
Le mur du CIO
Mais voilà : le sport ne décide pas seul.
Le CIO impose des quotas stricts. Et cela bloque toute évolution majeure.
Conséquence directe :
impossible d’augmenter le nombre de couples
le format à 3 cavaliers par équipe reste en place
Fin du débat, au moins pour Los Angeles.
En filigrane : un sport qui cherche l’équilibre
Ce qui ressort de Lausanne, ce n’est pas une révolution. C’est une tension permanente :
- rendre le sport plus lisible
- améliorer l’équité
- rester dans les contraintes olympiques
Le saut d’obstacles avance à petits pas, mais des pas calculés.
Los Angeles 2028 ne changera pas le visage du jumping olympique.
Mais ces ajustements pourraient en affiner les contours. Plus simple, plus flexible, un peu plus juste.
Reste une question : jusqu’où peut-on moderniser un sport sans toucher à ses fondations ?
(Photo cover © FEI/Germain Arias-Schreiber)