Barcelone, neuf nations et zéro joker : la LLN sort les couteaux

Publié par Sébastien Boulanger le 30/09/2026

La saison a commencé en février sous le soleil d’Abu Dhabi. Elle s’achèvera dimanche sur la piste olympique du Real Club de Polo de Barcelona, avec neuf équipes, des champions du monde, un numéro un mondial et quelques vieux briscards qui connaissent la musique par cœur. La finale 2026 de la Longines League of Nations promet surtout ce que son format sait produire de mieux : de la pression. Beaucoup de pression. La France arrive en tête de la saison régulière, l’Allemagne avec son maillot de championne du monde, la Grande-Bretagne avec le trophée à défendre et la Belgique avec une médaille d’argent mondiale encore toute fraîche. À Barcelone, pourtant, tout repart de zéro. Et en deuxième manche, il n’y aura même plus de résultat à jeter.

Il y a des compétitions où l’on peut gérer.

Barcelone n’en fait pas vraiment partie.

Dimanche , la Longines League of Nations 2026 livrera son verdict au Real Club de Polo. Une finale à 1,60 m dotée de 1,6 million d’euros, avec neuf nations en piste : les huit qualifiées au terme de la saison régulière :France, Allemagne, Grande-Bretagne, Brésil, Irlande, Belgique, États-Unis et Italie auxquelles vient s’ajouter l’Espagne, pays hôte.

Et avant même de parler chevaux, il faut comprendre une chose : les 290 points français, les 275 allemands et britanniques ou les 245 belges ne vaudront plus grand-chose lorsque la cloche sonnera.

Ils ont permis d’arriver jusqu’ici. C’est tout.

Barcelone est une finale sèche.

Real Polo Club Barcelona
(©RPCB)

Deux manches et, soudain, plus de poubelle

Le format de la LLN possède une petite cruauté qui explique une bonne partie de son intérêt.

En première manche, quatre couples partent pour chaque nation et les trois meilleurs scores sont retenus. Une faute peut donc encore disparaître dans la corbeille. En deuxième manche, trois couples seulement reviennent et les trois résultats comptent.

Pas de joker.

Pas de « ce n’est pas grave, le quatrième va effacer ça ».

Une barre du premier peut immédiatement transformer le parcours des deux suivants en exercice de funambule.

Toutes les nations présentes à Barcelone reviendront cette fois en deuxième manche, contrairement aux étapes qualificatives où seules les huit meilleures poursuivaient. Le choix du chef d’équipe entre les deux rounds sera donc l’un des petits jeux dans le grand jeu.

Et avec les effectifs annoncés cette semaine, certains sélectionneurs vont avoir des problèmes de riches.

France : première de la classe, mais sans les points bonus

Si la saison régulière devait désigner un patron, ce serait la France.

Les Bleus ont terminé en tête avec 290 points, devant l’Allemagne et la Grande-Bretagne, toutes deux à 275. Surtout, la France est la seule équipe à avoir gagné deux manches de LLN cette saison : l’ouverture à Abu Dhabi et la dernière étape à St Tropez-Gassin.

À Gassin, le message était plutôt limpide. Antoine Ermann et Floyd des Prés ont notamment signé un double sans-faute, tandis que la France terminait avec seulement quatre points.

Antoine Ermann et Floyd des Prés
(Antoine Ermann et Floyd des Prés avaient brillé à Gassin. ©FEI/Massimo Argenziano)

Édouard Coupérie a retenu pour Barcelone Julien Épaillard, Antoine Ermann, Olivier Perreau, Nicolas Sers et Kevin Staut. Les chevaux annoncés donnent également une idée assez précise de l’artillerie : Épaillard dispose de Donatello d’Auge et Le Coultre de Muze, Ermann de Floyd des Prés, Perreau de GL Events Dorai d’Aiguilly et Leopard des Joanins Z, Sers d’Eleven de Riverland et Komet des K Z, Staut d’Exquis RB et Visconti du Telman.

Coupérie a lui-même souligné la forme récente de Le Coultre de Muze et d’Épaillard, quatrième du Grand Prix de Gassin, le double sans-faute d’Ermann et Floyd dans la LLN de Gassin ainsi que les résultats récents de Staut et Sers à Calgary.

Bref, la France ne débarque pas en Catalogne pour visiter la Sagrada Família.

Mais sa première place de la saison ne lui achète rien dimanche. Et c’est précisément ce qui rend cette finale délicieuse : sept mois de boulot peuvent être rayés par une barre malheureuse à 14h30.

Allemagne : les champions du monde ont encore faim

Si quelqu’un cherchait une équipe discrète, il faudra repasser.

L’Allemagne débarque avec trois membres de l’équipe sacrée championne du monde cet été à Aix-la-Chapelle : Marcus Ehning, Sophie Hinners et Richard Vogel. Ajoutez Jörne Sprehe et Kendra Claricia Brinkop, et Otto Becker possède de quoi remplir quelques pages de palmarès.

Vogel arrive surtout à Barcelone en numéro un mondial.

Et l’Allemagne n’a pas envoyé les poneys du mercredi.

Marcus Ehning et Coolio 42
(Marcus Ehning et Coolio 42, une des grosses cartouches de l’Allemagne à Barcelone. ©FEI/Benjamin Clark)

Le plan annoncé par la fédération allemande prévoit Marcus Ehning avec Coolio, Sophie Hinners avec Iron Dames My Prins, Jörne Sprehe avec Toys et Richard Vogel avec Cloudio, Kendra Claricia Brinkop et Replay van’t Paradijs étant initialement désignés comme paire de réserve. La liste d’engagement comprend également Stargold pour Ehning, Iron Dames Combella pour Hinners et Gangster Montdesir pour Vogel.

L’Allemagne a terminé deuxième ex æquo de la saison après avoir pris la deuxième place à Abu Dhabi puis gagné à Ocala. Elle possède également une certaine histoire avec Barcelone : victoire dans la finale en 2024, troisième place en 2025.

Et maintenant un titre mondial dans la poche.

Pas exactement le genre d’équipe qu’on rêve de voir entrer en piste juste après soi.

Grande-Bretagne : rendez-nous la coupe

Il faudra également passer sur le corps des Britanniques.

En 2025, la finale s’était terminée par un barrage entre Scott Brash et Hello Jefferson pour la Grande-Bretagne et Billy Twomey et Jumping Jack van de Kalevallei pour l’Irlande. Brash avait fait le boulot et offert le titre à Di Lampard et à tout le royaume.

Scott brash Hello Jefferson
(Scott brash et hello Jefferson au barrage de la finale 2025. ©FEI/Leanjo de Koster)

Douze mois plus tard, le patron est encore là.

Scott Brash emmène Hello Folie et Hello Mango, deux options sérieuses pour le dimanche. À ses côtés : Tim Gredley avec notamment Medoc de Toxandria, Jessica Mendoza avec In The Air ou Summerhouse, Jack Whitaker avec Jack JL et Jodie Hall McAteer avec La Gupardie parmi ses chevaux engagés.

L’absence de Ben Maher, forfait après sa récente opération à l’épaule juste après Spruce Meadows, change évidemment la photographie de l’équipe. Mais Di Lampard ne débarque pas les mains vides. Gredley et Medoc de Toxandria avaient notamment signé un double sans-faute dans la victoire britannique de Hickstead cet été.

Et la Grande-Bretagne a également gagné l’étape LLN de Rotterdam cette saison.

Team GB LLN Rotterdam

Le tenant du titre a donc perdu quelques soldats de 2025, pas ses ambitions.

Belgique : vice-championne du monde et dangereusement régulière

Et puis il y a les Belges.

La saison LLN n’a pas offert de victoire à la Belgique, mais elle raconte quelque chose d’intéressant : les hommes de Peter Weinberg ont pris la troisième place à Ocala puis encore la troisième à St Tropez-Gassin. Ils ont terminé sixièmes de la saison régulière avec 245 points.

Surtout, la Belgique arrive à Barcelone quelques semaines après sa médaille d’argent mondiale par équipes à Aix-la-Chapelle.

Deux membres de cette équipe sont présents : Pieter Devos et Abdel Saïd.

Autour d’eux, Weinberg a convoqué Niels Bruynseels, Emilie Conter et Roy van Beek.

La feuille d’engagement est particulièrement intéressante :

Niels Bruynseels — Oaky Flandria / Rubel VH Ijzerenlindenhof
Emilie Conter — Ocean Quality / Portobella van de Fruitkorf
Pieter Devos — Primo DV / Rainbow van’t Zorgvliet
Abdel Saïd — Wathnan Bonne Amie / Wathnan Max
Roy van Beek — Cavoiro-H OLD / Charleston-H.

Abdel Saïd et Wathnan Bonne Amie
(Abdel Saïd et Wathnan Bonne Amie double sans faute à Gassin. ©FEI/Massimo Argenziano)

Le cas Saïd mérite le stabilo.

À Gassin, Wathnan Bonne Amie avait sorti un sans-faute dans la première manche sur un parcours à 1,60 m que le Belge décrivait comme gros, technique et exigeant jusqu’au bout. Cette performance avait largement contribué au podium belge (avec le double clair du couple Guéry/Quito) .

Pour Weinberg, l’enjeu sera notamment de déterminer quelles associations offrent le meilleur équilibre entre expérience, forme du moment et capacité à revenir une seconde fois lorsqu’il n’y aura plus de score à effacer.

Car la Belgique possède précisément le profil qui peut faire très mal dans ce format : moins besoin de quatre missiles que de trois couples capables de ne rien donner en deuxième manche.

À Barcelone, la régularité est une arme de destruction massive.

Irlande : le fantôme de 2025 traîne encore dans le paddock

Les Irlandais savent exactement à quel point Barcelone peut être cruel.

L’an dernier, ils étaient à un barrage du titre.

Billy Twomey était là. Il est encore là.

Billy Twomey et Jumping Jack van de Kalevallei
(Billy Twomey et Jumping Jack van de Kalevallei lors de la finale à Barcelone en 2025. © FEI/Leanjo de Koster)

Cette fois, Jessica Kürten a sélectionné Trevor Breen avec Highland President, Denis Lynch avec Vistogrand, Cian O’Connor avec Chatolinue PS et Billy Twomey avec Ace Of Hearts Z. Jason Foley et Cute Face font le déplacement comme réservistes.

La liste des engagements conserve aussi quelques options supplémentaires, notamment Jumping Jack van de Kalevallei pour Twomey et Brooklyn Heights pour Lynch.

L’Irlande n’a pas gagné de qualificative en 2026, mais elle a atteint la deuxième manche à chacune des quatre étapes et terminé deuxième à Ocala. Elle boucle la saison régulière cinquième avec 265 points.

Ce n’est pas très spectaculaire sur Instagram.

Pour une Coupe des nations, en revanche, ça ressemble à une qualité.

Brésil : attention, ça chauffe

Le Brésil est peut-être l’équipe que personne ne devrait oublier au moment de faire ses comptes.

Quatrième du championnat avec 270 points, la Seleção a terminé deuxième à Gassin après avoir longtemps regardé la victoire droit dans les yeux. En première manche, João Victor Castro Aguiar Gomes de Lima/Cashpaid J&F, Marlon Modolo Zanotelli/Charly Heart et Pedro Junqueira Muylaert/Gemme Villers avaient tous signé un sans-faute.

João Victor Castro Aguiar Gomes De Lima et Cashpaid J&f
(João Victor Castro Aguiar Gomes De Lima et Cashpaid J&f lors de l’étape de Gassin. ©FEI/Massimo Argenziano)

Pour Barcelone, Pedro Lacerda ajoute surtout deux tonnes d’expérience.

Rodrigo Pessoa, champion olympique individuel 2004, est engagé avec Major Tom. Pedro Veniss dispose de Duelante 3K et Gershwin Dromelle. Autour d’eux : João Victor Castro Aguiar Gomes de Lima, Stephan de Freitas Barcha et Pedro Junqueira Muylaert.

Ce n’est peut-être pas l’équipe qui fera le plus de bruit dans les tribunes.

C’est justement une excellente raison de la regarder en piste.

États-Unis : Ward et Kraut, deux noms qui changent la température

Les Américains ont arraché leur billet pour Barcelone en terminant à égalité de points avec l’Italie, à 230. Leur moment clé de la saison reste Rotterdam, où ils sont passés à 0,07 seconde de la victoire dans un barrage à trois équipes.

Robert Ridland a convoqué quatre cavaliers : Laura Kraut, McKayla Langmeier, Kristen Vanderveen et McLain Ward.

Laura Kraut et Dorado 212
(Laura Kraut et Dorado 212 lors de la manche d’Ocala. ©FEI/Shannon Brinkman)
 

La feuille d’engagement donne Dorado 212 et Tres Bien Z à Kraut, Isidore de Chalusse et Riesling van de Gaathoeve à Langmeier, Bull Run’s Jireh et Starbucks 27 à Vanderveen, tandis que Ward est engagé avec Jordan Molga M.

Kraut et Ward ont suffisamment de kilomètres internationaux pour savoir qu’une finale de Coupe des nations ne se gagne pas forcément en faisant lever les tribunes.

Parfois, trois zéros un peu monotones font parfaitement l’affaire.

Italie : arrivée par la petite porte, mais pas pour faire de la figuration

L’Italie a pris le dernier ticket qualificatif avec les États-Unis après une montée en puissance assez nette : quatrième à Rotterdam, puis quatrième encore à Gassin.

Marco Bergomi dispose de Piergiorgio Bucci/Hantano, Emanuele Camilli/Chacareno PS, Giacomo Casadei/Marbella du Chabli, Giampiero Garofalo/Querido van’t Ruytershof et Giulia Martinengo Marquet/Delta del’Isle dans la sélection annoncée.

Quatre de ces couples faisaient partie de l’équipe italienne cinquième du Mondial d’Aix-la-Chapelle, où l’Italie a également décroché son billet olympique pour Los Angeles 2028.

Autrement dit, l’Italie qui débarque à Barcelone n’est pas exactement celle qui a passé septembre à bricoler une équipe avec du scotch.

Espagne : à domicile, avec Trapote en tête d’affiche

L’Espagne complète le plateau grâce à son statut de pays hôte.

François Mathy jr a retenu Julio Arias Cueva, Carlos Bosch Cebrián, Luis Jesús Escobar, Imma Roquet Autonell et Armando Trapote.

Trapote arrive avec une dixième place individuelle au Mondial d’Aix-la-Chapelle, tandis qu’Imma Roquet y avait terminé vingtième pour son premier championnat du monde.

Côté chevaux, la liste d’engagement comprend notamment Filou du Manoir et Sienna de Brandegem pour Arias, Balt Kar et Jolie van der Berghoeve Kar pour Bosch, Edesa’s Jento de Belle Vue pour Escobar, Dreamer del Maset et Irivola del Maset pour Roquet, Gin Tonic van het Gerendal Z et Matilda pour Trapote.

Trapote Tornado VS
(Cette fois Trapote n’enmène pas son premier soldat Tornado VS. ©FEI/Benjamin Clark)

Sur le papier, les Espagnols n’ont pas le même empilement de références internationales que certaines armadas voisines.

Mais ils ont un avantage que les autres n’auront pas : quand une barre restera dans les taquets, le Real Club de Polo saura très bien pour qui faire du bruit.

Le vrai match : qui possède trois couples pour la deuxième manche ?

La finale n’attribue plus de ticket olympique mais a d’autres arguments.

Voilà probablement la clé de cette finale

On peut passer des heures à comparer les rankings, les médailles et les statistiques. Mais la LLN a été construite pour faire exploser ce genre de hiérarchie.

En première manche, une équipe peut survivre à un accident.

En deuxième, non.

C’est là que les sélections allemande, française ou britannique impressionnent par leur profondeur. C’est là aussi que la Belgique devient particulièrement intéressante : Weinberg possède des cavaliers rompus aux Coupes des nations et deux vice-champions du monde dans son groupe.

L’Irlande possède le métier.

Le Brésil arrive en forme.

Les États-Unis ont Ward et Kraut.

L’Italie vient de réussir son grand objectif mondial.

Et la Grande-Bretagne sait déjà comment gagner ici.

Voilà pour les certitudes.

Pour le reste, il faudra attendre dimanche.

Retrouvez le programme complet ici

(Photo cover Richard Vogel et United Touch S lors de la finale 2025.
© FEI/Leanjo de Koster)

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