La saison des grands concours extérieurs touche à sa fin, les chevaux retrouvent les halls et les cavaliers renouent avec les trajectoires au millimètre. Ce dimanche 11 octobre, Oslo donne le coup d’envoi de la Ligue d’Europe occidentale de la Coupe du monde Longines FEI 2026-2027. Une compétition née en 1978 dans la tête d’un journaliste suisse, devenue l’un des monuments du saut d’obstacles mondial. Et une étape norvégienne qui, depuis plus de trente ans, s’est fait une spécialité de lancer les hostilités. Avec, cette année, un joli clin d’œil de l’histoire : la finale se disputera à Göteborg, là où tout avait commencé.
L’hiver arrive, les choses sérieuses aussi
À peine les derniers grands rendez-vous extérieurs terminés, le jumping européen a déjà rendez-vous avec l’hiver. Direction Oslo, où les meilleurs cavaliers du circuit retrouvent les pistes couvertes, les virages serrés et cette atmosphère particulière des concours indoor. Ce dimanche, la capitale norvégienne ouvre une nouvelle saison de Coupe du monde, avec Göteborg en ligne de mire.
L’indoor a ses propres codes. Certains chevaux s’y transforment, d’autres s’y crispent. Les cavaliers doivent ajuster leur équitation, parfois leurs ambitions. On peut avoir brillé tout l’été sur les plus belles pistes européennes et découvrir, en octobre, qu’une carrière de dimensions plus modestes pose des problèmes bien différents.
À Oslo, il faudra déjà marquer des points. Car si la finale de Göteborg, prévue en mars 2027, semble encore loin, les billets pour la Suède ne se distribueront pas sur la réputation.
La Coupe du monde est une compétition de patience, de calcul et de régularité. Un circuit où il faut savoir gagner, mais aussi choisir ses batailles. Et où une mauvaise saprès-midi en Scandinavie peut finir par peser lourd au moment de faire les comptes.
Max Ammann, le journaliste qui voulait sa Coupe du monde
Pour comprendre comment tout cela a commencé, il faut remonter à une époque où le saut d’obstacles international ne ressemblait pas encore à son calendrier actuel.
Nous sommes dans les années 1970. Les grands concours existent, les champions aussi, mais il manque au jumping un véritable circuit capable de relier plusieurs compétitions autour d’un objectif commun.
Un journaliste suisse, Max Ammann, commence alors à imaginer une formule inspirée de ce qui existe déjà dans d’autres sports, notamment le ski. L’idée initiale est ambitieuse : réunir les grands concours dans une compétition internationale, à la manière d’un championnat de Formule 1. Mais les contraintes liées au transport des chevaux imposent rapidement une autre organisation. Ce sera un système de ligues, avec des étapes qualificatives et une grande finale.

En 1978, Ammann présente son projet à Fritz Widmer, secrétaire général de la Fédération Équestre Internationale. L’idée remonte jusqu’au prince Philip, duc d’Édimbourg et alors président de la FEI, qui reçoit le journaliste suisse à Windsor. Le projet obtient son soutien et celui de Volvo, premier partenaire majeur de la compétition.
La première saison est lancée en 1978-1979. Et c’est à Göteborg, en Suède, que se déroule la toute première finale, remportée par l’Autrichien Hugo Simon avec Gladstone.
La suite ressemble à un inventaire du patrimoine équestre mondial. Ian Millar et Big Ben, John Whitaker et Milton, Rodrigo Pessoa et Baloubet du Rouet, Meredith Michaels-Beerbaum et Shutterfly : autant de couples qui ont contribué à faire de cette finale l’un des titres les plus convoités du jumping.
Certains y ont construit leur légende. D’autres y ont laissé passer leur chance pour une barre, un refus ou quelques secondes de trop.
Et puis il y a ceux qui, comme John Whitaker, auraient presque pu ouvrir une concession Volvo avec toutes les voitures remportées à l’époque où le constructeur suédois en offrait une au vainqueur de chaque étape.

Près d’un demi-siècle plus tard, la formule a évolué, les sponsors ont changé et les circuits se sont multipliés. Mais l’idée d’Ammann tient toujours debout. Pas mal pour un projet né dans la tête d’un journaliste.
Oslo, trente-cinq ans d’histoire et quelques habitudes bien ancrées
Dans l’histoire de la Coupe du monde, certaines villes ont acquis un statut particulier. Göteborg, bien sûr, avec sa finale inaugurale. Londres, Malines ou encore Bordeaux, devenues des références de l’hiver européen. Et puis il y a Oslo.
L’Oslo Horse Show voit le jour en 1991, dans l’enceinte de l’Oslo Spektrum, en plein cœur de la capitale norvégienne. Dès 1992, le concours intègre le circuit de la Coupe du monde et s’impose progressivement comme l’un des rendez-vous majeurs du calendrier scandinave. Après un passage à la Telenor Arena à partir de 2009, l’événement s’est installé en 2025 au XMeeting Point, à Hellerudsletta, au nord d’Oslo.

Au fil des éditions, les grands noms du jumping s’y sont succédé. Les Belges gardent notamment en mémoire la victoire de Gregory Wathelet avec Bond Jamesbond de Hay en 2024, au terme d’un barrage parfaitement maîtrisé. De quoi rappeler que les cavaliers noir-jaune-rouge savent aussi apprécier l’hiver norvégien. Surtout lorsqu’ils en repartent avec une victoire.

Treize étapes, une seule destination
Cette saison 2026-2027, la Ligue d’Europe occidentale comptera treize étapes réparties dans dix pays. Après Oslo, le circuit poursuivra sa route à Lyon, Vérone, Stuttgart, Madrid, La Corogne, Londres et Malines avant de reprendre en janvier à Bâle, Leipzig et Amsterdam. Bordeaux et Helsinki compléteront le calendrier.

Un programme dense, qui obligera les cavaliers à faire des choix.
Seuls les sept meilleurs résultats de chaque concurrent seront retenus pour le classement général. Une formule qui permet de sélectionner ses concours, mais qui ne laisse pas énormément de place aux contre-performances répétées.
Au bout du chemin, la finale de Göteborg, programmée du 23 au 28 mars 2027. Un retour aux sources particulièrement symbolique puisque la ville suédoise avait accueilli la première finale de l’histoire en 1979. Le Gothenburg Horse Show célébrera également son cinquantième anniversaire en 2027.
Pour y parvenir, il ne suffira pas d’aligner les parcours rapides. Il faudra gérer la forme des chevaux, leurs déplacements, leur récupération et les autres objectifs sportifs de la saison.
C’est aussi ce qui rend la Coupe du monde intéressante. Contrairement à un championnat disputé sur quelques jours, elle impose de construire une campagne. Une victoire isolée peut donner de l’élan, mais c’est souvent la constance qui fait la différence.
Guerdat, von Eckermann et Spits : Oslo ne fait pas dans la figuration
Pour cette ouverture, le plateau norvégien a de quoi faire saliver. Steve Guerdat, tout juste sacré champion du monde individuel à Aix-la-Chapelle en août dernier, sera de la partie. Le Suisse connaît particulièrement bien la Coupe du monde : il en a déjà remporté trois finales et pourrait devenir le premier cavalier de l’histoire à en décrocher une quatrième.
Face à lui, quelques clients sérieux. Autant de candidats à la succession de Kent Farrington. Henrik von Eckermann, Martin Fuchs et Marcus Ehning, tous anciens vainqueurs de la finale, figurent également parmi les engagés. Autant dire que personne n’a prévu de commencer la saison en douceur.

Et les Belges ne seront pas là pour admirer le paysage. Grégory Wathelet, Koen Vereecke, Mathieu Bourdeaud’Hui, Ignace Philips, Kasper de Boeck, Aaron Tijskens et Thibeau Spits. Le vice-champion du monde individuel et médaillé d’argent par équipes à Aix-la-Chapelle cet été, sera notamment au départ. À seulement 24 ans, le Belge arrive avec un nouveau statut et l’occasion de confirmer, dès les premières échéances indoor, qu’il appartient désormais à la cour des grands.
Entre les spécialistes des pistes couvertes, les anciens vainqueurs et les nouvelles générations, la bataille promet d’être dense. Et si la saison est longue, une victoire à Oslo constitue toujours une manière assez élégante de faire comprendre à la concurrence qu’on ne vient pas uniquement pour accumuler les kilomètres.
Une Coupe du monde qui refuse de vieillir
Le jumping international a énormément changé depuis 1978. Les dotations ont augmenté, les chevaux sont devenus des athlètes toujours plus spécialisés, les calendriers se sont densifiés et les circuits privés ont redistribué une partie des cartes.
Pourtant, la Coupe du monde reste à part.
Dimanche, le premier vainqueur de la saison inscrira son nom au palmarès norvégien et prendra une longueur d’avance dans la course à Göteborg.
Il restera encore plusieurs mois de compétition, des milliers de kilomètres à parcourir et quelques barrages capables de faire basculer un classement.
La Coupe du monde entame une nouvelle saison. Quarante-huit ans après sa naissance, elle conserve cette capacité à réunir les meilleurs autour d’une même obsession : être au rendez-vous quand les comptes se régleront au printemps.
(Photo cover: Victoria Gulliksen (NOR) & Mistral van de Vogelzang. ©©FEI/Kim C Lundin)





