À Rabat, Jeanne Sadran douche les espoirs marocains pour 54 centièmes

Publié par Sébastien Boulanger le 12/10/2026

Il y avait du suspense, des tribunes en fusion, un héros local et quatre nations prêtes à en découdre. Il ne manquait qu’un dénouement cruel. Dimanche, à Rabat, la France a remporté la Coupe des Nations du CSIO 4* -W au terme d’un barrage irrespirable. Avec Dexter de Kerglenn, Jeanne Sadran a soufflé la victoire au Maroc pour 54 petits centièmes de seconde. L’Allemagne complète le podium, tandis que la Belgique repart avec la médaille en chocolat qui laisse forcément quelques regrets.

Quatre équipes, une victoire et beaucoup de nerfs

On a connu des dimanches plus tranquilles à Rabat. Neuf nations au départ, un parcours signé Santiago Varela, deux manches pour faire le ménage et, au bout du compte, quatre équipes incapables de se départager. La France, le Maroc, l’Allemagne et la Belgique. Toutes à quatre points. Autant dire que personne n’avait vraiment envie de rentrer au paddock.

L’Espagne avait quitté la fête après la première manche, avec 16 points au compteur. Les huit autres équipes avaient poursuivi leur chemin sur un parcours à 1,50 m suffisamment technique pour rappeler qu’une Coupe des Nations ne se gagne pas en distribuant des poignées de main.

Côté français, Olivier Guillon avait aligné un quatuor mêlant expérience et ambition : Olivier Perreau, Alix Ragot, Cyril Bouvard et Jeanne Sadran. Les Bleus avaient commencé par une première manche vierge de pénalités, avant de connaître quelques sueurs froides au second passage. Notamment avec les 21 points concédés par Olivier Perreau et Léopard des Joanins Z. Heureusement, ses coéquipiers limitaient les dégâts. Bilan : quatre points et un ticket pour le barrage.

Ouaddar avait pourtant écrit le scénario parfait

Mais à domicile, le Maroc n’était pas venu pour faire de la figuration.

Sous la houlette de Philippe Rozier, fraîchement installé à la tête de la sélection, les cavaliers marocains ont livré une prestation collective de haut vol. Quatre petits points au terme des deux manches et une occasion en or de faire chavirer Rabat.

Pour le barrage, Rozier choisit Abdelkebir Ouaddar. Un choix qui avait tout d’une évidence pour le sélectionneur français, beaucoup moins pour son cavalier.

« Kebir a douté de mon choix au barrage », reconnaîtra Rozier après l’épreuve. Lui, en revanche, n’avait aucun doute.

Et Ouaddar va lui donner raison.

Associé à Festival d’Argouges, le Marocain s’élance le premier. Le public retient son souffle. Les courbes sont serrées, le rythme est élevé, les barres restent en place. 33 »78. Sans-faute. Les tribunes explosent.

Pendant quelques instants, le scénario semble parfait. Le héros local vient de poser un chrono de référence et les trois autres nations vont devoir sortir le grand jeu.

Sauf que les Français avaient manifestement oublié de lire le scénario.

Jeanne Sadran, pose le 33 »24

Deuxième à entrer en piste, Jeanne Sadran n’a pas vraiment le droit de réfléchir. Avec Dexter de Kerglenn, elle connaît la musique. Deux manches sans-faute dans les jambes, un cheval en pleine possession de ses moyens et une occasion de transformer une belle performance collective en victoire.

Alors elle attaque.

Dexter répond présent. Les trajectoires sont tendues, le galop ne faiblit pas. La Française franchit la ligne d’arrivée et le verdict tombe : 33 »24.

Cinquante-quatre centièmes de mieux qu’Ouaddar.

Une misère sur le chronomètre, un sacré coup de massue pour les Marocains.

Derrière, l’Allemand Tom Schewe et Congress Blue PS bouclent eux aussi un barrage sans-faute, mais en 34 »93. Trop lent pour inquiéter les deux premiers.

Reste la Belgique. Mike van Olst et Comme Elle Faut Odth Z tentent leur chance. Le chronomètre est prometteur, 33 »95, mais une barre au sol vient ruiner les espoirs de podium.

La France gagne. Le Maroc termine deuxième. L’Allemagne prend le bronze. Et les Belges regardent du pied du podium.

Cruel ? Un peu. Mais c’est aussi pour ces scénarios-là qu’on aime les Coupes des Nations.

Pour Sadran, une victoire qui dépasse le chronomètre

Derrière la performance sportive, il y a aussi une histoire plus personnelle.

Car Jeanne Sadran ne repart pas seulement de Rabat avec une victoire collective. Elle y retrouve quelque chose qu’aucun classement mondial ne peut vraiment mesurer : la confiance.

« J’ai eu une période assez compliquée ces derniers mois où j’avais un peu perdu confiance en moi », confie-t-elle après la compétition.

La Française parle d’un retour à son naturel à cheval, de sensations retrouvées et d’un Dexter toujours aussi exceptionnel.

Le duo avait d’ailleurs déjà brillé la veille, tandis que Sadran remportait le Grand Prix du CSI2* avec Funky Boy des Rêves. De quoi transformer le week-end marocain en opération reconquête.

Et la suite est déjà programmée : Dexter de Kerglenn sera son cheval de tête pour la prochaine saison de Coupe du monde.

Pas vraiment le programme d’un couple qui compte lever le pied.

Les Belges peuvent nourrir des regrets, Rozier des ambitions

Du côté belge, difficile de ne pas ruminer.

Car les hommes de Filip Lacus avaient de sérieux arguments à faire valoir. Jérôme Guéry, avec Kiliman Sitte, et Thomas De Wit, associé à Tools DW Z, ont tous deux signé un double sans-faute. Pour du beuure, ou presque. Une performance collective qui méritait mieux qu’une quatrième place.

Mais quand quatre équipes arrivent à égalité au barrage, il faut bien un perdant. Et cette fois, le sort a choisi les mousquetaires rouges du jumping.

Pour Philippe Rozier, en revanche, l’essentiel est ailleurs. Après les médailles obtenues aux Jeux méditerranéens, le sélectionneur voulait ramener le Maroc sur un podium de Coupe des Nations. Mission accomplie.

Et ce podium a une saveur particulière : il a été obtenu devant le public marocain, face à des nations habituées aux grandes échéances internationales.

Le Maroc n’a pas gagné. Mais il a montré qu’il pouvait regarder les grandes équipes droit dans les yeux.

Rabat referme le rideau, El Jadida prépare la suite

La journée avait également souri à Abdullah Alsharbatly, vainqueur du Prix SOREC à 1,45 m avec Atome des Étisses. Le Saoudien a devancé le Néerlandais Mans Thijssen sur Nero Z et Abdelkebir Ouaddar, troisième avec Larsino.

Après Tétouan et Rabat, le Morocco Royal Tour prend désormais la direction d’El Jadida, du 15 au 18 octobre, avec une première étape au niveau CSI5*-W dans l’histoire du circuit.

Pour les Français, le voyage aura déjà été rentable. Pour les Marocains, il laisse un petit goût de revanche.

Et pour Jeanne Sadran ? Une victoire, un cheval retrouvé au sommet de sa forme et une confiance qui revient au meilleur moment.

Comme quoi, parfois, il suffit de 54 centièmes pour remettre les pendules à l’heure.

Retrouvez les résultats complets de la Coupe des nations de Rabat ici

(Photos © MRT/Clem Media)

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