Dries Degrieck : quatre chevaux, un trône et le monde à ses pieds

Publié par Sébastien Boulanger le 14/10/2026

Il y a des gens qui roulent en 4×4. Dries Degrieck, lui, préfère les quatre chevaux. Et visiblement, ça avance plutôt bien. Le Belge vient de s’emparer de la première place du classement mondial FEI d’attelage à quatre, devant l’inamovible (enfin, c’est ce qu’on pensait) Boyd Exell. Une première historique pour la Belgique, au terme d’une saison qui l’a vu triompher à Bordeaux et monter sur le podium mondial à Aix-la-Chapelle. De quoi rappeler que, dans l’attelage aussi, les Belges savent prendre les commandes.

Boyd, pousse-toi de là

Il fallait bien que ça arrive un jour. À force de tourner autour du sommet, Dries Degrieck a fini par s’y installer. Et pas sur un strapontin.

Dans le classement mondial FEI d’attelage à quatre actualisé au début du mois, le meneur d’Erpe-Mere pointe désormais en tête avec 186 points, devant l’Australien Boyd Exell (150 points) et le Néerlandais Bram Chardon (124 points). Trente-six points d’avance sur Exell, excusez du peu.

Pour mesurer la portée de l’exploit, il faut regarder qui se trouve derrière lui. Exell, c’est huit titres mondiaux individuels consécutifs, onze Coupes du monde et une capacité assez déconcertante à transformer les grands rendez-vous en affaires personnelles. Bref, le genre de monsieur qu’on regarde de dos, rarement dans le rétro.

Cette fois, c’est Degrieck qui mène la danse.

Et pour l’attelage belge, l’événement dépasse largement le simple changement de leader. La Fédération Royale Belge des Sports Equestre le rappelle, jamais un meneur belge d’attelage à quatre n’avait occupé la première place de ce classement mondial auparavant. Même le double Champion du monde Félix-Marie Brasseur.

Bordeaux, Aix-la-Chapelle : une année à faire pâlir les habitués

Évidemment, on ne devient pas numéro un mondial en collectionnant les images Panini.

En février, à Bordeaux, Dries Degrieck avait déjà frappé un grand coup en remportant sa première finale de la FEI Driving World Cup. Dans une compétition où la moindre balle renversée peut transformer une victoire annoncée en grosse soupe à la grimace, le Belge avait devancé Bram Chardon et Boyd Exell. Rien que ça.

Podium driving World Cup final Bordeaux

Puis est arrivé Aix-la-Chapelle, en août. Cette fois, pas de victoire face à l’Australien, qui s’offrait son huitième titre mondial individuel consécutif (voir notre article ici). Mais Degrieck repartait avec une médaille d’argent individuelle, la première de sa carrière dans un championnat du monde, et le bronze par équipes avec la Belgique.

Dries Degrieck

Deux compétitions majeures, deux formats différents, et la même conclusion : le Belge fait désormais partie des hommes qui comptent vraiment dans l’attelage international.

Bordeaux a confirmé qu’il savait gagner. Aix-la-Chapelle a prouvé qu’il savait aussi durer au sommet. Le classement mondial vient simplement mettre un chiffre devant cette réalité : le 1.

Un numéro un qui n’oublie pas ceux qui tiennent la boutique

Dans un sport où le meneur reçoit les médailles mais où la performance repose sur une petite armée de travailleurs de l’ombre, Degrieck n’a pas l’intention de jouer les héros solitaires.

« En attelage, on ne prend jamais le départ seul », confie-t-il à la Fédé.

Derrière les résultats, il y a évidemment les chevaux. Mais aussi les grooms, les parents, les préparateurs, les sponsors et toutes ces heures passées à travailler loin des tribunes. Un équilibre permanent entre la précision, la vitesse, la confiance et la coordination.

Dries Degrieck

Car l’attelage à quatre est une drôle de mécanique. Il faut composer avec quatre athlètes qui ont chacun leur caractère, anticiper des trajectoires au millimètre, gérer la vitesse et garder suffisamment de lucidité pour éviter que tout ce petit monde ne décide de négocier le virage séparément.

Le talent du meneur est indispensable. Mais sans le collectif, même le meilleur chef d’orchestre finit par jouer faux.

Et Degrieck le sait mieux que personne.

La Belgique ne fait plus de la figuration

Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que Degrieck n’est pas une exception perdue au milieu du désert.

Glenn Geerts occupe lui aussi une place de choix dans le classement mondial, au sixième rang, avec 94 points. Deux Belges dans le top 10 mondial de l’attelage à quatre : voilà qui commence à ressembler à autre chose qu’une heureuse coïncidence.

Belgian team driving

À Aix-la-Chapelle, Geerts et Tom Stokmans faisaient d’ailleurs partie de l’équipe belge médaillée de bronze aux côtés de Degrieck.

Glenn Geerts

L’attelage belge ne se contente donc plus de quelques coups d’éclat individuels. Il installe plusieurs de ses représentants au plus haut niveau, et surtout, il y reste.

Une régularité que Degrieck lui-même souligne : « Nous n’avons encore jamais été aussi constants à ce niveau. »

Et c’est peut-être là que réside la véritable bonne nouvelle. Au-delà du numéro un, la Belgique possède désormais une génération capable de regarder les grandes nations de l’attelage droit dans les yeux.

Malines, et maintenant ?

Forcément, cette place de leader change aussi quelques petites choses pour la suite.

Degrieck explique avoir bénéficié de sa position au classement pour choisir en priorité les étapes de Coupe du monde auxquelles il souhaite participer. Il a également reçu une wildcard pour Malines, un rendez-vous qui conserve une saveur particulière pour un meneur belge.

Car évoluer devant son public, c’est une chose. Y arriver avec le statut de numéro un mondial, c’en est une autre.

Glenn Geerts sera lui aussi de la partie sur le circuit indoor, histoire de prolonger cette belle dynamique belge.

Reste maintenant à assumer le costume de favori. Car si Dries Degrieck vient de s’installer sur le trône, Boyd Exell, Bram Chardon et les autres n’ont certainement pas prévu de lui laisser les clés trop longtemps.

Mais pour une fois, c’est aux autres de regarder le Belge devant eux.

Le classement mondial d’attelage en octobre ici

(So Horse avec FRBSE)

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