Dix cavaliers. Deux manches. Un trophée. Et un quart de siècle à regarder le reste de la planète jumping depuis le sommet. Le 11 décembre prochain, la finale du Top 10 Rolex IJRC célébrera sa 25e édition à Genève, dans un CHI qui fête lui-même ses cent ans. Au programme : du beau monde, des chevaux d’exception, 530 000 euros de dotation et quelques légendes invitées à ressortir les souvenirs. Car à cette table-là, on ne s’assied pas par hasard.

Un dîner à dix, sans les invités de dernière minute
Dans le jumping, il existe des compétitions où il suffit d’engager son cheval pour espérer briller. Et puis il y a le Top 10 Rolex IJRC. Une sorte de dîner de gala où le carton d’invitation se mérite pendant toute une saison.
Depuis 2001, la recette n’a pratiquement pas changé : réunir dix des meilleurs cavaliers de la planète, sélectionnés sur la base du classement mondial FEI, pour les départager sur deux manches. Avec une condition supplémentaire : être membre de l’International Jumping Riders Club (IJRC) pendant l’année en cours et la précédente.

Pas de qualification arrachée sur un coup de chance, donc. Ici, on récompense la régularité, celle qui exige d’enchaîner les performances de haut niveau pendant des mois. Un concept qui rappelle les Masters de fin de saison du tennis, version bottes cirées et obstacles à 1,60 m.
Et les places sont chères. Très chères. Depuis sa création, seuls 55 cavaliers différents ont eu le privilège de disputer cette finale, selon notre décompte. En vingt-quatre éditions disputées, le cercle est resté particulièrement fermé. Certains semblent même y avoir pris un abonnement à vie, à commencer par Marcus Ehning, recordman de l’épreuve avec quatorze participations. Les autres peuvent toujours rêver de recevoir leur carton d’invitation. Encore faut-il avoir passé l’année à fréquenter les sommets du classement mondial.

Et même une invitation n’est pas une garantie absolue. En 2024, Conor Swail avait décroché son ticket, mais l’annulation du vol cargo transportant ses chevaux l’avait contraint au forfait. Son remplaçant, Martin Fuchs, avait tout simplement remporté la finale. Comme quoi, dans le jumping, les histoires de dernière minute ne se terminent pas toujours comme prévu.
Être numéro 1 mondial, c’est bien. Gagner le Top 10, c’est une autre histoire. Depuis 2001, le leader du classement mondial n’a remporté que six des vingt-quatre finales disputées. Soit une sur quatre. Ludger Beerbaum, Meredith Michaels-Beerbaum, Marcus Ehning, Scott Brash et Henrik von Eckermann sont les seuls à avoir réussi à faire respecter la hiérarchie. Une statistique qui rappelle qu’à Genève, le classement mondial vous ouvre la porte, mais ne vous garantit certainement pas le trophée.
Le genre de palmarès qui donne le vertige
Pour comprendre ce que représente ce Top 10, il suffit de dérouler son palmarès.
En 2001, Ludger Beerbaum inaugure les festivités avec Goldfever. L’Allemand remet ça dès l’année suivante, cette fois avec Gladdys S. Rodrigo Pessoa prend ensuite le relais avec l’immense Baloubet du Rouet, victorieux en 2003 et 2005.
Meredith Michaels-Beerbaum et Shutterfly s’offrent également deux couronnes, en 2004 et 2006. Un privilège rare : vingt-cinq ans après la création de l’épreuve, Baloubet et Shutterfly restent les deux seuls chevaux à avoir remporté deux fois cette finale.

Derrière, le casting ressemble au générique d’un documentaire sur les grandes heures du saut d’obstacles : Marcus Ehning, Christian Ahlmann, Scott Brash, Kent Farrington, Ben Maher, Henrik von Eckermann ou encore Martin Fuchs.
Mais le patron statistique de l’épreuve reste Steve Guerdat.
Steve Guerdat, trois étoiles et trois chevaux
Le Suisse a réussi ce que personne d’autre n’a encore accompli : remporter trois fois le Top 10.
En 2010 avec Jalisca Solier. En 2018 avec Alamo. Et en 2023 avec Venard de Cerisy.
Trois victoires, trois montures différentes. Une démonstration de longévité, mais aussi de cette capacité assez agaçante qu’ont certains champions à rester au sommet alors que les générations défilent.

Dans cette compétition où l’excellence se mesure sur la durée, Guerdat a visiblement trouvé le mode d’emploi.
Rodrigo Pessoa, lui, garde un souvenir particulier de ses deux victoires avec Baloubet du Rouet. Dans le communiqué annonçant cet anniversaire, le Brésilien insiste sur ce qui fait la particularité de l’épreuve : pour y accéder, il faut avoir évolué au plus haut niveau tout au long de la saison. Il décrit ses deux succès avec Baloubet comme des moments particulièrement précieux de sa carrière.
Et difficile de lui donner tort.
Genève sort les bougies, mais pas les obstacles en mousse
Pour célébrer cette 25e édition, le Top 10 retrouve son écrin favori : le Palexpo de Genève. Un rendez-vous doublement symbolique puisque le CHI célèbre, lui aussi, un anniversaire : son centenaire.
La finale, qui a également fait escale à Bruxelles, Paris et Stockholm au fil de son histoire, bénéficiera donc d’un décor particulièrement festif.
Les organisateurs ont prévu un obstacle spécialement habillé aux couleurs de cet anniversaire, ainsi que le retour de la Champions Parade, qui réunira d’anciens vainqueurs dans la piste.

Un joli moment de nostalgie en perspective. Mais que les dix concurrents se rassurent : la partie sportive n’a rien d’une exhibition pour anciens combattants.
Avec 530 000 euros de dotation globale, dont 170 000 euros promis au vainqueur, l’enjeu reste sérieux. Très sérieux, même.
D’autant que le tenant du titre n’est autre que Scott Brash, sacré en 2025 avec Hello Chadora Lady, onze ans après son premier succès avec Hello Sanctos.
Côté belge, Gilles Thomas avait réussi à se faire une place parmi les dix invités de l’édition 2025. Une première pour le jeune prodige, venu rappeler que la nouvelle génération belge n’avait pas l’intention de rester éternellement dans la salle d’attente.
Reste à voir si un représentant noir-jaune-rouge pourra de nouveau s’inviter à la fête en décembre. La sélection définitive des concurrents 2026 n’a pas encore été officialisée.

Le luxe, c’est surtout d’y être
Vingt-cinq éditions, des champions olympiques, des chevaux devenus des légendes et une épreuve qui traverse les générations sans perdre son prestige.
Le Top 10 Rolex IJRC possède ce petit quelque chose que l’argent seul ne peut pas acheter : une invitation qui se mérite, parfois pendant toute une carrière.
Le vendredi 11 décembre, à 19h45, dix couples entreront en piste à Genève avec la même ambition : ajouter leur nom à cette histoire.
Les neuf autres repartiront avec le souvenir d’avoir fait partie du gratin mondial.
Ce qui est déjà pas mal. Mais nettement moins sympa qu’un trophée.

Le tableau d’honneur de la Finale du Top 10 IJRC ici
(So Horse avec Rolex IJRC Top 10)





