Stephan Conter, l’homme pressé toujours avec une longueur d’avance

Publié par Sébastien Boulanger le 31/08/2025

À Wolvertem, ce week-end, tout sent le grand sport. Les tribunes sont pleines, le champagne coule, les chevaux brillent sous les projecteurs : les Brussels Stephex Masters sont de retour. Et derrière cette machine bien huilée, il y a un homme, toujours pressé, téléphone greffé à l’oreille, qui court partout mais prend malgré tout le temps de saluer chaque cavalier, chaque ami, ou même les quidams qui croisent sa route : Stephan Conter.

(©Brussels Stephex Masters)

Le fondateur et PDG du Stephex Group n’est pas seulement un entrepreneur à succès dans le monde du cheval. C’est un organisateur visionnaire, obsédé par la qualité, qui ne s’arrête jamais. «On aime toujours essayer d’être bons dans ce qu’on fait, et même d’être les meilleurs de la classe », lâche-t-il avec un sourire qui trahit autant la fierté que la lucidité.

Loin d’être mégalo, Conter garde les pieds sur terre. Respect sans limite pour les chevaux, gratitude pour un milieu qui lui a tout donné – mais auquel il rend désormais beaucoup : ses concours, ses infrastructures, son ambition d’un sport mieux pensé pour les cavaliers et leurs montures.

La genèse : de la frustration au coup de foudre

Les Stephex Masters, c’est aujourd’hui l’un des rendez-vous incontournables du saut d’obstacles mondial. Mais au départ, rien n’était écrit. « Il y a 11 ans, on avait repris la moitié d’un concours à Alost. Mais par circonstances, on n’a jamais reçu le permis pour pouvoir l’organiser. Il y avait donc une certaine frustration dans toute l’équipe », raconte Conter.

C’est là qu’on lui souffle l’idée d’organiser un concours « à la maison ». Pas vraiment emballé à l’idée de « casser son jardin », «J’aime bien avoir un beau jardin toute l’année.» sourit-il (même si il le pense vraiment). Bon, il finit par céder. Et tombe amoureux du projet dès les son lancement . « Au jour où on a démarré les constructions et que le concours a commencé, j’étais conquis. J’ai adoré l’esprit d’équipe… voir chacun s’investir dans un métier qu’on ne connaissait pas. Et surtout la fierté de rendre quelque chose au sport équestre.

La « patte » Stephex

Si les Brussels Stephex Masters attirent aujourd’hui le gratin mondial, ce n’est pas seulement pour l’élégance du site ou la dotation XXL. C’est aussi parce qu’il y a une patte, une griffe. « Quand tu crées, tu ne penses pas à fonder une marque, tu veux juste être bon. C’est comme Rolex avec sa première montre, ou Bernard Arnault avec son premier sac. C’est avec le temps que tu réalises que tu as créé une marque. »

(Stephan Conter avec Ken Ruysen, Sport Director des Brussels Stephex Masters. ©Brussels Stephex Masters)

Là où d’autres se reposeraient sur leurs lauriers, Conter, lui, reste obsédé par le mouvement. « Dans les affaires, si tu restes passif, tu meurs. Rien ne se fait seul : pour bâtir une montagne, il faut des racines humaines solides autour de soi. »

Knokke, Grimaud… et demain ?

Organiser, toujours organiser. De la Belgique à la Côte d’Azur, Conter et son équipe ont la volonté d’exporter leur savoir-faire. Mais sans jamais tomber dans le copier-coller. « À Grimaud, près de Saint-Tropez, on ne veut pas copier Knokke. Chaque lieu a son cachet, son identité. Nous, on apporte juste notre expérience et notre savoir-faire. » À découvrir en 2026.

Et demain ? La vision est claire : faire revivre Knokke, et en faire le Wellington européen. Pas seulement un concours, mais un mode de vie. « L’idée, c’est d’organiser quelque chose qui dure plusieurs mois (3 dans son idéal), où les gens ont envie de rester. Quelque chose de totalement différent des concours qui se déroulent durant un week-end. Pas seulement pour les compétitions, mais aussi pour le style de vie : la plage, le tennis, le golf, les soirées entre amis. » Le rêve américain, version flamande mais avec la planète cheval invitée.

Quand? Très vite. Ça ne tiendrait qu’à Stephan Conter, les premiers coups de pelles seraient donnés demain. Mais de façon plus réaliste (selon l’homme de cheval et d’affaires), déjà en 2026. Quand on vous dit que l’homme est pressé…

« On profite de l’instant, mais on pense toujours un peu à l’avenir. Parfois, une simple phrase, une critique, une idée glanée en parlant avec quelqu’un devient une nouvelle inspiration pour l’année suivante. » ajoute le néo sexagénaire.

Rolex, Grand Slam et avenir du sport

Au-delà de ses propres concours, Stephan Conter pense grand, très grand. Sa réflexion porte aussi sur l’avenir du sport et de son élite. « Je crois qu’on a un événement qui mérite de faire partie du Grand Slam. Mais je le vois un peu différemment. Le système actuel limite les chances de beaucoup de cavaliers. Après le premier évènement, on sait qu’il n’y en a plus qu’un qui peut gagner. Moi, je rêve d’un classement sur toute l’année, avec un système de points, comme dans d’autres sports. »

L’idée ? Conjuguer spectacle et équité sportive. « On a déjà quatorze concours Rolex, qui sont les plus beaux du monde. L’idéal, ce serait de garder les meilleurs résultats, avec un “drop score” de 30 % par exemple, et une grande finale avec une belle dotation. Ce serait plus juste pour les cavaliers, pour leur vie privée et pour le bien-être des chevaux. »

L’homme pressé, a toujours un coup d’avance.