Alors que le président de la Fédération Royale Belge des Sports Équestres arrive au terme de son deuxième mandat, Stéphan Detry a accepté de prendre le temps. Le vrai.
Celui des bilans honnêtes, des souvenirs précis et des réponses sans détour.
La rencontre se déroule loin du bruit des paddocks et des tribunes, au calme de son bureau, au siège de la fédération à Zaventem. Quelques semaines avant de remettre officiellement son mandat, Detry reçoit SoHorse pour revenir sur huit années qui ont profondément transformé le paysage équestre belge. Toutes les questions sont sur la table. Celles qui dérangent parfois, celles qui expliquent surtout.
L’homme d’affaires n’élude rien. Il déroule. Les chiffres, les décisions difficiles, les choix humains, les intuitions aussi. Sans triomphalisme, mais avec une forme de sérénité assumée. Car les huit dernières années plaident pour lui. Et racontent bien plus qu’un simple mandat présidentiel : une fédération redressée, une culture reconstruite, un sport réconcilié avec lui-même.
VOLET 1 – RECONSTRUIRE LA MAISON
« La fédé devait être au niveau de ses athlètes »
Quand Stéphan Detry arrive à la présidence en mars 2018, il ne parle ni de médailles ni de classements. Il parle de structure. « Le sport était déjà en plein développement. Mais la fédération devait suivre. La fédé, c’est une institution pour rendre service à nos membres et à nos athlètes. Si on n’est pas au niveau professionnel de nos athlètes, on n’est pas à notre place. »

Très vite, il découvre une réalité beaucoup moins reluisante que l’image internationale du sport belge. Les chiffres d’abord. « Dans les huit ans avant moi, la fédération avait perdu 50 % des réserves qu’elle avait construites depuis cent ans. » Les budgets sont déficitaires, la TVA mal gérée, les bilans parfois « hyper négatifs ». Et surtout, le quotidien est dysfonctionnel. « Ça voulait dire que des cavaliers étaient bloqués. Et ça voulait dire aussi qu’on avait plein d’impayés. »
L’informatique et la comptabilité, le chantier invisible
La première décision est pragmatique. « La première chose que j’ai faite, c’est regarder les chiffres. » Puis l’état des lieux interne tombe comme une douche froide. « L’IT, c’était une catastrophe. » À son arrivée, quinze personnes travaillent à la fédération. Elles sont huit aujourd’hui, mais l’organisation fonctionne mieux.

Il insiste sur un point souvent mal compris à l’extérieur. « Dans l’IT, c’était vraiment le désert. On n’a pas solutionné ça tout de suite, mais depuis trois ans maintenant, on a le système qu’il faut. » Même constat en comptabilité. « Il y avait une personne qui travaillait très bien, mais elle était toute seule. Ce n’était pas organisé. Le programme comptable n’était pas au niveau. »
Ce travail, ingrat et peu visible, change pourtant tout. « Aujourd’hui, on peut dire que la fédération est une PME bien gérée, structurellement en très bonne santé. » Et Detry de rappeler la philosophie : « On est une ASBL. On n’est pas là pour accumuler un capital énorme, mais on doit avoir des réserves saines, et ensuite voir comment on peut contribuer au développement du sport. »
Recréer une fédération où l’on a envie de revenir
Une fois la maison stabilisée, Detry s’attaque à un autre chantier, plus humain. « Avant de parler du sportif, il fallait que les gens se rassemblent autour de la fédé. Il fallait que les gens se retrouvent chez eux ici. »

Les soirées fédérales, les rencontres informelles, les moments de partage deviennent une priorité. « À l’époque, on en faisait plusieurs par an. Et ça a aidé. » Mais il faut aussi redonner une identité collective, une fierté. C’est là qu’intervient le Circle of Honour, pensé comme un pont entre générations. « On a mis tous nos grands champions d’antan en valeur. De Stanny Van Paesschen à Ludo Philippaerts, en passant par Christian Huysegoms et d’autres. »

L’objectif est clair. « Montrer que nos athlètes ne sont pas sur une île. Qu’ils font partie d’une grande famille qui a eu plein de succès. » Une manière aussi de sortir d’une posture qu’il juge néfaste. « Arrêter cette attitude Calimero : “personne ne s’intéresse à nous, personne ne nous aime”. »
« Pour se faire connaître, il faut créer des vedettes »
La visibilité médiatique devient alors un enjeu central. « Pour se faire reconnaître par les médias, il faut créer des vedettes. ». Mais comment attirer la presse quand le meilleur Belge ne pointe pas en tête du classement mondial ? La réponse est stratégique : créer ses propres outils.
Ainsi naît le ranking Henders & Hazel. « On était sûrs que le gagnant allait être belge. Et déjà, ça permettait de mettre nos cavaliers en valeur. » Le classement national devient un support narratif, un levier de communication. « Quand on a notre propre ranking, on peut raconter une histoire. »

Petit à petit, l’attention médiatique augmente. « Je pense que les médias ont suivi. Les dernières années, on a nettement plus d’attention qu’au début. » Pour Detry, peu importe qui est arrivé en premier. « C’est l’histoire de l’œuf et de la poule. Mais ça a aidé à créer une image plus positive. »
Un sport à défendre dans la société
L’avenir, il le voit à la fois ambitieux et populaire. « On espère surtout que l’année du cheval qui commence en 2026 et qui va culminer avec le Championnat d’Europe 2027 va être le début d’une histoire, d’avoir tous les deux ans un championnat en Belgique. Un championnat d’Europe, pas forcément de Jumping ou de complet ou dressage, mais ça peut être de la voltige, ça peut être du horse ball. Ça peut être dans toutes les disciplines. Ça doit devenir une habitude parce que ça, ça va attirer l’attention du grand public et l’attention du grand public est nécessaire pour avoir plus de presse, et pour avoir plus de presse objective.

Une presse objective qui va réaliser que si on a 85000 membres, ce ne sont pas 85000 millionnaires. Que la base de notre sport, ce sont les gens qui vont en concours avec le poney pour sauter du 60 cm et qui partent en plein hiver à 6 h du matin de chez eux. L’éleveur qui a un poulain par an dans son jardin. Et cette perception, on doit la créer parce que si on ne le fait pas, notre sport est en danger. »
Changer cette perception est vital. « Parce que ceux qui doivent mettre le tampon sur un permis de construction, ce sont des gens aujourd’hui qui pensent que nous sommes que des millionnaires et qui nous voient dans la presse que par la fille de Steve Jobs ou une autre fille de milliardaire. Et ça crée une fausse image qui n’est pas dans le sens qui va aider à avoir des permis de construction ou des permis pour des organisateurs d’organiser dans des lieux Uniques façon de parler. Si ceux qui signent les permis de bâtir, les autorisations locales pour des concours, etc, pensent que nous sommes tous des millionnaires alors notre sport est en danger » tout comme la filière qui en découle.
Faciliter la tâche, pas fabriquer les médailles
Le président reste lucide sur le rôle d’une fédération. « Ce n’est pas parce que la fédé fait bien son travail qu’Ermitage Kalone va sauter dix centimètres plus haut. » En revanche, elle peut enlever des freins. « En facilitant la tâche de nos cavaliers, en évitant l’énergie négative, ils peuvent être plus relax et se concentrer sur l’essentiel. »

À suivre demain – Volet 2 :
Réussites et meilleurs moments, Championnats d’Europe, vision populaire du sport, avenir de la présidence et rêves encore inachevés.