Stéphan Detry, retrouver l’âme du sport équestre belge (2/2)

Publié par Sébastien Boulanger le 14/01/2026

Après avoir posé les fondations, assaini la maison et recréé une fédération solide et crédible (voir le volet 1 ici ), Stéphan Detry ouvre désormais un autre chapitre : celui de l’esprit, des résultats et de l’héritage laissé au sport équestre belge.

VOLET 2 – L’ESPRIT, LES RÉSULTATS ET L’AVENIR

« On a connu des retombées incroyables »

Sur le plan sportif, le bilan est impressionnant. « Depuis huit ans, c’est bizarre à dire, mais on a connu des succès incroyables. » Une médaille olympique à Tokyo en 2021, la première depuis 1976. Des médailles européennes en jumping à Rotterdam, Riesenbeck et La Corogne, avec deux titres et un bronze. « Presque à chaque championnat d’Europe, on est sur le podium. »

Stéphan Detry Equibel
(©Equibel)

En dressage, l’évolution est tout aussi marquante. Detry se souvient d’une discussion fondatrice avec Jeff Janssen. « Il y a quelques années, je lui demandais ce qu’on devait faire pour devenir candidats aux médailles. Il se moquait un peu de nous. » Aujourd’hui, le paysage a changé. « Justin, c’est un cadeau du ciel, mais avant lui, il y avait déjà Larissa, Charlotte et Domien, qui avait gagné une Coupe du monde. »

Le visage actuel du dressage belge s’appelle Justin Verboomen, mais Detry insiste sur la dynamique collective. « Ce flot positif a culminé avec Justin. »

(©Equibel)

L’esprit d’équipe comme catalyseur

Si les cavaliers excellent, c’est aussi parce que l’environnement a changé. Detry y revient souvent. « Ce qui me fait le plus plaisir, ce n’est pas seulement le podium. C’est de voir Larissa (Pauluis) prêter son cheval à Charlotte (Defalque), parce que tout le monde veut continuer à être plus fort ensemble. 

Pour Stéphan Detry, ces résultats coïncident surtout avec un changement d’état d’esprit. Dans le jumping, il cite volontiers Peter Weinberg. « Peter est un réconciliateur. Avant, on parlait du nord, du sud, de tel cavalier ou de tel autre. Aujourd’hui, c’est vraiment comme les mousquetaires : one for all, all for one. »

Il évoque un souvenir marquant. « À Rotterdam, quand Niels Bruynseels n’était pas dans l’équipe, quand d’autres étaient blessés, ils faisaient tous ensemble la reconnaissance du parcours. C’était magique. »

Même esprit en attelage avec Mark Wentein. « Il n’y a pas un championnat où on n’est pas sur le podium. »

En complet, après une période de crise, un forum, un groupe de travail une reconstruction méthodique. L’arrivée de Kai-Steffen Meier, un stage collectif à Nieuport. « Trois ou quatre jours tous ensemble. Des activités sur la plage le soir. Wendy (Laeremans, La directrice technique de la fédé) avait préparé des cuisses de poulet autour du feu ouvert. Tout ça a créé un esprit positif. »

Et l’arrivée d’Eddy Desmet en provenance du comité olympique. « Il était au-dessus du monde purement équestre. Sans soupçon. » Il est plus qu’un atout dans la structure.

Stéphan Detry Equibel
(©Equibel)

« Il n’y a pas que les médailles, il y a aussi la manière de monter »

Quand Stéphan Detry parle de résultats, il parle vite d’autre chose. D’un détail que seuls les gens de cheval voient vraiment. La façon de monter. L’attitude. La posture. Le respect du cheval. « Quand on voit monter nos jeunes cavaliers aujourd’hui, aux championnats d’Europe ou ailleurs, Gilles Thomas, Thibeau Spits ou Justin Verboomen, c’est parmi les plus belles équitations du monde. »

Pour lui, c’est sans doute la satisfaction la plus profonde de ces huit années. « Ce n’est pas seulement les résultats. C’est la façon dont nos cavaliers montent et la façon dont ils se présentent. Ce sont des athlètes. » Une phrase qui revient souvent, presque comme un mantra.

Detry se souvient du contraste avec les années 1980. « Quand j’ai organisé mon premier concours international à Ostende en 1986, quand on voyait certains cavaliers anglais, allemands ou autrichiens, on pouvait penser qu’ils faisaient du sumo plutôt que de l’équitation. » Aujourd’hui, dit-il, « c’est un autre monde ». Préparation physique, mental, professionnalisation, respect du cheval : la Belgique est pleinement entrée dans l’ère moderne.

La continuité avec la base

Stéphan Detry tient à rappeler le rôle fondamental des ligues. « Le succès des jeunes et la préparation du futur, c’est surtout le mérite de la LEWB et de Paardensport Vlaanderen, avec les Talent Plan, EquiCadets et tout ce qui a été mis en place. »  Résultat : une génération à venir techniquement très forte, mais aussi culturellement différente. Il insiste sur ce point avec une fierté non dissimulée. « Quand nos jeunes arrivent sur les pistes internationales, ils n’ont plus de complexe. Ils savent qu’ils sont à leur place. » Et cette confiance se voit. Dans les galops. Dans les choix. Dans la gestion des moments clés.

(©Temps de pose)

« La médaille olympique, oui. Mais pas que »

Quand on lui demande le moment qui lui restera de sa présidence, Detry ne triche pas. « La médaille olympique de Tokyo, évidemment. » Une médaille de bronze qui met fin à près de cinquante ans d’attente et qui restera comme un jalon historique. Mais très vite, il élargit le cadre. « La preuve, c’est ce soir. 160 personnes ici, cette soirée de famille pour Time of Rewards. Et le 19 janvier, l’Equigala avec 700 personnes. » Pour lui, ces chiffres disent autant que les podiums. Ils montrent que le sport équestre belge a recréé une communauté visible, assumée, fière. Il cite aussi l’engagement de Golazo. « Un organisateur externe, qui ne connaissait peut-être pas le monde équestre, s’est engagé à ses propres risques pour organiser un championnat d’Europe en Belgique. » Un signe fort de crédibilité retrouvée.

equigala
(Stéphan Detry, Ludo Philippaerts, Wim Maenhaut, le trio à la tête de l’organisation d’Equigala. ©Equibel)

Des projets, toujours. Des souhaits, encore.

Chez Stéphan Detry, le bilan n’a jamais signifié la fin des idées. Au contraire. Lorsqu’il parle de l’avenir, le président sortant revient d’abord à ce que la Belgique a su faire, et qu’elle fait un peu moins aujourd’hui. « C’est fantastique ce qu’on a en Belgique avec nos organisateurs, mais il n’y a plus d’organisations comme avant, Capellen, Theux… Avant, il y avait plein de concours comme ça. Et je pense qu’on en a besoin de nouveau. » Derrière la nostalgie, une vraie ligne directrice : redonner de l’espace à un sport plus accessible. Son rêve est clair et assumé. « Avoir des championnats, oui. Mais aussi de nouveau des concours internationaux deux étoiles, sans VIP, avec des inscriptions moins hautes. Que des cavaliers qui ne sont pas fortunés, ou qui n’ont pas de gros propriétaires, puissent encore garder leur jeune cheval et participer à un deux étoiles où il ne faut pas acheter une table. » Un sport plus populaire, plus respirable, qui cohabiterait avec les grands rendez-vous continentaux. « Montrer les deux aspects ensemble, ce serait idéal. »

Cette vision se projette aussi dans des lieux. À moyen terme, Detry regarde déjà vers 2029, avec une idée qui circule de moins en moins en coulisses. « Pourquoi pas deux championnats d’Europe dans la province de Namur : le dressage à la Citadelle et le complet à Arville. » Pas seulement un rêve isolé. « J’en ai parlé au Gala de la LEWB avec le Président du Parlement Wallon. On en a déjà parlé avec Golazo, qui connaît bien Namur. Ils y organisent déjà un cyclo-cross. »

L’idée d’un grand rendez-vous à la Citadelle de Namur revient comme un fil rouge depuis huit ans. « Comme je l’ai dit dans ma première interview, c’est un de mes rêves. Un jumping n’est plus possible aujourd’hui, mais un championnat d’Europe de dressage, oui. Il y a soixante chevaux, pas plus. La piste est plus petite. Ce serait envisageable. » Et il conclut, sans emphase, mais avec une sincérité palpable : « Pour moi, ce serait vraiment un rêve qui se réalise. »

À l’image de toute sa présidence, ces projets ne parlent pas seulement d’événements. Ils racontent une vision : celle d’un sport équestre belge ambitieux, mais ancré, ouvert, et fidèle à ceux qui le font vivre au quotidien.

Pourquoi il n’ira pas à la FEI

La question revient souvent. Trop souvent peut-être. La présidence de la Fédération Équestre Internationale aurait-elle été une suite logique ? Detry ne nie rien. « On m’a contacté, plusieurs fois. On ne va pas le nier. » Mais la réponse est claire, posée, sans regret apparent. « J’ai encore une entreprise à la maison. Et à un certain moment, il y a des choses qu’on ne peut pas combiner. » Il rappelle que la présidence belge est déjà « presque un full time job », même si elle n’exige pas une présence quotidienne au bureau. La FEI, elle, impose un déménagement, une disponibilité totale. Et puis il y a l’essentiel. « J’ai une famille. Pas seulement ma femme et mes enfants. Mon père est décédé en 2025, ça m’a beaucoup touché. Ma mère a 89 ans. Je suis fils unique. First things first. » La phrase tombe, définitive. Sans pathos, mais avec une hiérarchie très claire.

La fin d’un rôle, pas d’une passion

Deux mandats. Pas un de plus. Detry en est convaincu. « Quand il y a des candidats avec une nouvelle fraîcheur, un nouvel enthousiasme, ça ne peut qu’être positif. » Il refuse l’idée de s’accrocher. La fédération doit continuer à évoluer, même sans lui. Son engagement, en revanche, ne s’arrêtera pas. « Que je sois président ou non, mon cœur bat pour le cheval depuis que j’ai onze ans. » Organisateur, journaliste hippique, acteur du terrain depuis des décennies, il continuera à jouer ce rôle d’ambassadeur qu’il revendique presque plus que celui de dirigeant.

Avec une ligne directrice inchangée : défendre un sport à la fois performant et populaire. Un sport qui gagne, mais surtout un sport qui monte bien.

Detry
(Bart Stockmans, Vice-Président de la FRBSE avec Stéphan Detry. ©Equibel)

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