Hier soir, dans l’arène des Brussels Stephex Masters, Steve Guerdat a encore rappelé qu’il avait la main chaude. Le Suisse, champion olympique et collectionneur de podiums, s’est imposé dans la deuxième qualificative pour le Grand Prix, une épreuve à 1m50. Mais plus que la victoire, c’est le duo qui intrigue : Guerdat et Lancelotta, une Westfale de 12 ans (Falkenhof’s Lancer x Orlando), arrivée il y a un peu plus d’un an et demie dans son piquet « par hasard ». Enfin, façon de parler.

« Un gamin m’appelle… »
« J’avais déjà vu la jument, un peu inconsciemment, à la télé à la finale de la Coupe du monde à Omaha, puis en live à la finale de la Coupe des Nations à Barcelone. Donc je la connaissais. J’étais à Vérone au concours quand je reçois un appel d’un numéro que je ne connaissais pas. Un gamin au téléphone me dit : “Steve, on s’est vus à Gorla Minore”. Il m’avait demandé une photo et on avait discuté deux minutes. Un gars super sympa. Et là il me dit que sa famille a une jument qui s’appelle Lancelotta, qu’ils cherchent un cavalier et me demande si je la connais et si j’ai envie de la monter. »

La réponse est immédiate. « Évidemment oui, pourquoi pas. Je suis allé en Pologne pour l’essayer. Deux jours après elle était chez moi. »
Le coup de foudre
Dès le premier parcours, le ton est donné. « J’ai directement eu un super feeling. Le cavalier ouzbek qui la montait avant montait vraiment très bien, mais il était dans un système avec très peu de concours. La jument n’avait pas beaucoup d’expérience, mais aucune mauvaise non plus. »

Résultat : la progression est fulgurante. Hambourg, Madrid, Bâle… Guerdat et Lancelotta collectionnent les “presque” victoires. « On est déjà passés plusieurs fois très proches d’une victoire en Grand Prix cinq étoiles, comme quand on fait deuxièmes à Hambourg. À Madrid, dans la Coupe du monde, on fait le meilleur temps au barrage mais avec une faute. À Bâle en début d’année aussi. Je pense vraiment qu’elle va gagner un Grand Prix cinq étoiles. »
Une princesse dans une écurie de rois
Avec Guerdat, le problème est presque de luxe : trop de bons chevaux. « J’ai la chance d’avoir un piquet de chevaux de qualité important. Ce qui a fait qu’elle n’a pas été une option de premier plan pour les Jeux Olympiques l’année passée ou pour les championnats d’Europe cette année. Mais elle pourrait tout à fait faire une finale de Coupe du monde. Peut-être pas gagner un championnat, mais faire très bien dans un championnat, oui. »

Et à 12 ans, Lancelotta n’a pas encore tout montré. « Elle continue d’évoluer. On continue d’évoluer ensemble. Elle a déjà un beau palmarès, mais elle peut encore avoir un palmarès vraiment garni. C’est un peu le revers de la médaille chez moi : si mes chevaux ne gagnent pas plusieurs Grands Prix cinq étoiles, les gens sont déçus. Je ne sais pas pourquoi. En tout cas, nous, elle nous apporte beaucoup de plaisir et malgré tout on gagne déjà plus qu’avec beaucoup d’autres chevaux. »
Et maintenant ?
La suite, c’est flou. Le cavalier souffre du dos et doit repasser par la case opération. « Je suis un peu en attente à cause de ma santé à moi. Pour le moment, le planning c’est Calgary pour moi, et après ça… avec elle, on verra. »
Entre deux douleurs et trois barrages, Guerdat continue de savourer la chance d’avoir sous sa selle une jument comme Lancelotta. Une histoire née d’un coup de fil improbable et qui pourrait bien s’écrire, bientôt, sur la plus haute marche d’un Grand Prix cinq étoiles.
