Pas de podium, mais un cap franchi. Au CDI 4* de Bordeaux, Jorinde Verwimp a présenté Lotus-S dans son tout premier grand rendez-vous international. Un cheval encore vert, une cavalière lucide, et deux reprises qui racontent bien plus qu’un classement : la construction patiente d’un futur cheval de Grand Prix.
Deux jours pour grandir
Le décor était planté pour cette première visite bordelaise, nouveau concours, piste à la hauteur de l’évènement public chaleureux m^me si clairsemé.
Pour ce CDI 4* de Bordeaux, Jorinde Verwimp n’est pas venue avec un cheval déjà fait. Elle est venue avec un projet.
Huitième du Grand Prix (66,413 %), puis septième du Freestyle (72,705 %), la Belge repart avec des points, mais surtout avec des réponses.

« Je suis super heureuse. C’était son tout premier grand concours, et seulement son quatrième Grand Prix au total. Il est encore très vert et n’avait jamais connu un environnement comme celui-ci. »
Le constat est posé. Pas d’excuse, pas d’emballement. Juste une lecture honnête.
« Malgré cela, il s’est comporté de manière exemplaire. Il est resté très concentré sur moi et a vraiment fait de son mieux. Bien sûr, il y a eu quelques petites erreurs dans les deux reprises, mais je lui pardonne volontiers : c’est simplement dû à son manque d’expérience. »
Lotus-S, un cheval à façonner
Sur la piste, Lotus-S montre déjà de vraies qualités. De la présence, de la disponibilité, et une envie de bien faire qui saute aux yeux. Mais aussi des fragilités normales à ce stade.
« On voit encore parfois qu’il est distrait par l’environnement, ce qui rend certaines choses moins fluides. Le pas peut être un peu tendu et cela coûte encore des points. »
Rien d’inquiétant. Au contraire.
« C’est normal pour un cheval aussi jeune à ce niveau. Plus il va sortir en concours, plus il va gagner en confiance et en régularité. Il a toutes les qualités pour devenir un très bon cheval de Grand Prix, j’en suis convaincue. »

Bordeaux, un premier Grand Prix convaincant
Pour le dressage, Bordeaux ouvrait un nouveau chapitre. Et l’impression laissée est largement positive.
« L’arène est vraiment magnifique et c’était une excellente expérience pour le cheval. L’organisation est très bonne, tout est bien structuré, et c’est vraiment agréable d’être ici. »
La cavalière insiste sur les détails qui comptent pour les chevaux.
« Les écuries sont bien, tout est assez compact, les pistes sont suffisamment grandes. C’était la première fois qu’un Grand Prix était organisé ici, et je pense que c’est un très bon départ pour le dressage à Bordeaux. »
Un projet international bien cadré
Lotus-S appartient à des propriétaires basés à Abu Dhabi. Leur objectif est clair : les Jeux Asiatiques.
Le cheval est chez Verwimp pour apprendre le très haut niveau.
« Il est chez moi afin de prendre de l’expérience dans de grands concours internationaux. Les propriétaires viennent parfois le monter sur des concours plus locaux ou en Small Tour. »
Une collaboration fluide.
« C’est une très belle collaboration : moi je lui apporte l’expérience du haut niveau, et eux peuvent continuer à concourir avec lui. Tout le monde y trouve son compte. »

Après Charmer, reconstruire
Bordeaux marque aussi une période charnière pour la Belge.
Il y a quinze jours, elle a vendu Charmer (Charmeur x Quattro 7), son cheval de Grand Prix, avec lequel elle avait tout bâti.
« Avec lui, nous avons tout fait ensemble. Je l’ai emmené en Grand Prix dès l’âge de neuf ans, et il a concouru à ce niveau pendant presque cinq ans. »
Charmer, ce sont aussi les grandes scènes.
« Il a participé à de très grands concours, y compris les Finales de Coupe du monde. »
La décision de le laisser partir n’a rien d’un renoncement.
« À un moment de sa carrière, c’était le bon choix qu’il poursuive son parcours avec un cavalier plus expérimenté. Il part dans une très belle écurie en Corée, où je suis sûre qu’il sera heureux. »
Aujourd’hui, le constat est clair.
« Pour moi, cela signifie que je n’ai momentanément plus de cheval de Grand Prix, mais plusieurs jeunes chevaux très prometteurs. »
La patience comme moteur
Chez Jorinde Verwimp, la patience n’est pas un mot creux.
« Avec les jeunes chevaux, il faut vraiment prendre le temps. Tout est une construction progressive. J’aime beaucoup ce processus, former les chevaux moi-même. »

Une philosophie assumée.
« Avec mon ancien cheval aussi, j’ai commencé quand il avait six ans. Arriver ensuite à monter ces chevaux dans les plus grands concours, c’est une immense satisfaction. »
Le dressage belge en pleine montée
Et au-delà de son cas personnel, la cavalière voit plus large. Quand on lui demande comment elle vit le succès du dressage belge actuel, sans faire partie de l’aventure pour le moment elle répond collectif.
« Je trouve que c’est une période formidable pour le dressage belge. Le niveau a énormément progressé ces dernières années. »
Les chiffres parlent.
« Aux concours nationaux, le Grand Prix est souvent la catégorie la plus fournie, ce qui montre à quel point le niveau est élevé. »
Et l’avenir ?
« Les chevaux actuels du top ne sont pas encore très âgés, de nouveaux chevaux arrivent constamment. Même s’ils ne sont pas encore tous prêts pour l’international, je pense qu’ils le seront bientôt. La Belgique est clairement un pays avec lequel il faut désormais compter en dressage. »
Et la cavalière de 32 ans entend bien participer à la fête ces prochaines années.