La Coupe du monde de Bordeaux se donne un nouveau genre : Jessica Burke brise 50 ans d’attente

Publié par Sébastien Boulanger le 08/02/2026

Il aura fallu attendre près d’un demi-siècle pour voir une cavalière s’imposer dans un Grand Prix à Bordeaux. Ce samedi soir, l’Irlandaise Jessica Burke a mis fin à cette anomalie avec autorité. Associée à Good Star du Bary, elle a signé le seul double sans-faute d’une épreuve à haute tension. Une victoire historique, mais surtout une victoire sportive, nette et sans discussion.

Une sélection sévère, un verdict clair

Ils étaient trente-cinq au départ, dans une arène comble et électrique. Un tiers de Français, huit femmes, et un parcours dessiné pour séparer le très bon de l’excellent. Treize obstacles, trois combinaisons, dix-sept efforts, des barres à 1,60 m et un dernier oxer large et impressionnant.
Résultat : quatre cavaliers seulement ont trouvé la clé du tour initial.

Un barrage sous tension, chacun avec sa vérité

Ils ne sont plus que quatre à revenir en piste. Le public le sait, les cavaliers aussi : ce barrage-là ne se gagnera pas en assurant. Il faudra avancer, mais sans tomber dans l’excès. L’équilibre est fragile.

Tom Schewe ouvre le bal. Le jeune Allemand choisit de rester fidèle à son plan : un rythme soutenu, mais sans bousculer un cheval de neuf ans encore en phase d’apprentissage à ce niveau. Congress Blue PS saute avec respect, mais l’expérience manque sur une option serrée. Une barre tombe. Le message est clair : Bordeaux ne fera pas de cadeau, même à l’audace maîtrisée.

Troisième au classement final, Tom Schewe est sans doute celui dont la présence sur le podium était la moins attendue. Et pour cause : rien, ou presque, n’avait été planifié. Le déplacement à Bordeaux s’est décidé tardivement, à la faveur d’un désistement. Un appel. Une opportunité. Et un choix assumé de faire confiance à un cheval de neuf ans dans l’un des Grands Prix les plus exigeants du circuit. Mais le garçon sait surprendre. Vice Champion d’Allemagne, son premier Grand Prix cinq étoiles il l’avait sauté en 2025 à…Aix-la-Chapelle. Un petit 4 points à la clé.

Il raconte sa préparation express, sans pression artificielle :

« À l’origine, ce concours ne faisait pas partie du programme. On m’a appelé à la dernière minute pour me proposer de venir. Mon cheval de tête n’était pas à 100 %, donc il a fallu prendre une décision rapidement. »

Congress Blue PS (Congress x Chacco Blue), encore très vert à ce niveau, se retrouve propulsé dans le grand bain. Un risque mesuré, selon son cavalier :

« Évidemment, neuf ans, c’est jeune pour un concours cinq étoiles. Mais je connais ce cheval. Je savais qu’il avait les moyens de répondre, même si l’objectif n’était absolument pas le résultat. Je voulais surtout lui donner de l’expérience, lui faire découvrir ce niveau, cette ambiance. »

Cette absence d’attente excessive explique aussi l’attitude de Schewe en piste. Calme, posé, presque détaché. Assez pour battre son prof, Yuri Mansur.

Daniel Deusser entre ensuite, avec tout ce que cela implique : le palmarès, l’autorité, et la conviction qu’il faut tenter quelque chose pour gagner. En selle sur Otello de Guldenboom, 12 ans, un fils de Tobago avec qui il avait remporté cette même épreuve en 2019. « Double D » met immédiatement de la vitesse, coupe les lignes, joue les trajectoires directes. Otello répond présent, jusqu’à l’avant-dernier obstacle. L’option est engagée, peut-être trop. La faute arrive, puis une réception compliquée sur le dernier.

« Je suis arrivé un peu long sur le dernier et j’ai sans doute trop demandé. Il n’a pas eu le temps de sauter comme il l’aurait fallu. »

Deusser sort frustré, mais heureux de sa deuxièe place et fidèle à sa logique : à ce niveau, la victoire se provoque.

« Jessica a souvent été très proche dans les barrages, parfois avec un peu de malchance. Aujourd’hui, tout a fonctionné pour elle. Elle a fait exactement ce qu’il fallait. »

Yuri Mansur sait alors exactement où il se situe. Avec Vitiki, vétéran de dix-huit ans, le Brésilien choisit une équitation fluide, mais le rythme élevé du barrage finit par peser. Une faute à son tour. Le chrono n’aura servi à rien.

Et puis vient Jessica Burke. La seule à savoir, à cet instant précis, qu’un parcours propre suffit. Mais rien n’est jamais aussi simple. Good Star du Bary montre quelques signes de fatigue, logiques après un premier tour exigeant. Burke ajuste. Elle ne force rien, mais ne renonce à aucune option raisonnable.

Les courbes sont tendues, les sauts nets, les réceptions propres. Pas de geste inutile. Pas de précipitation.

Dernière ligne. Dernier obstacle. La barre reste en place. Zéro faute. L’histoire est écrite.

Good Star du Bary, maturité précoce

Le partenaire du soir n’a rien d’un inconnu, mais il découvrait lui aussi les sommets. À dix ans, Good Star du Bary  (Rock’n Roll Semilly x Oberon du moulin) abordait l’un de ses tout premiers rendez-vous en Coupe du monde 5*. Sans jamais donner l’impression de subir.
Formé en France, ce Selle Français a affiché une régularité rare sur deux manches exigeantes, seule satisfaction tricolore lors de la soirée. On se console comme on peut.

Burke, trajectoire à contre-courant

Jessica Burke ne correspond à aucun cliché. Longtemps partagée entre l’enseignement et le sport, elle a construit sa carrière sans raccourci ni exposition prématurée. Bordeaux marque un tournant.
« Je me suis surtout concentrée sur mon parcours, sans penser à ce que cela représentait », expliquera-t-elle après coup. Une lucidité froide, presque imperturbable, qui tranche avec l’ampleur de l’événement.
Cette victoire est sa première à ce niveau. Elle lui ouvre aussi, mathématiquement, les portes de la finale de la Coupe du monde. En quelques minutes, la cavalière irlandaise est passée du statut d’outsider discret à celui de référence crédible.

Les Belges au seuil du barrage

La Belgique repart avec des regrets bien réels.
Jordy Van Massenhove échoue pour un point de temps avec Verdiamo Z. Septième place finale, dix points engrangés, et une progression au classement de la ligue d’Europe de l’Ouest, où il occupe désormais la 22ᵉ place avec 27 unités. Encourageant, mais encore insuffisant pour voyager sereinement vers la finale.


Même scénario pour Frédéric Vernaet : deux points de temps en première manche, huitième place à l’arrivée, neuf points pris à Bordeaux. Il reste 33ᵉ du classement général avec 20 points. Pour l’un comme pour l’autre, Helsinki et Göteborg seront incontournables.

Les Français dans le dur

Côté tricolore, la meilleure performance est signée Julien Anquetin, neuvième avec Beau de Laubry. Une faute trop tôt pour jouer le barrage. Kevin Staut suit de près, dixième avec Visconti du Telman.
Julien Épaillard, leader de la ligue européenne, a vécu une soirée plus compliquée et termine hors du top 10. Sans conséquence immédiate pour le classement, mais sans éclat non plus.

Une victoire qui raconte autre chose que le genre

Jessica Burke a longtemps jonglé entre l’enseignement et le sport. Elle en parle sans pathos, mais avec une honnêteté désarmante :

« »

Bordeaux se souviendra surtout d’un parcours sans faute de trop, d’une cavalière restée fidèle à elle-même, et d’un Grand Prix qui, enfin, a changé d’époque.

Ce 7 février 2026 restera comme le soir où son Grand Prix Coupe du monde s’est donné un autre genre.

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix Coupe du monde de Bordeaux Ici

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