Il y a des couples qui marquent une piste. Et des pistes qui transcendent des couples. Ce dimanche après-midi, au Grand Prix Audi du CSI 5*-W de Bordeaux, Martin Fuchs et Conner Jei ont encore rappelé pourquoi ils forment l’un des duos les plus redoutables du circuit mondial. Battu de quinze petits centièmes, Victor Bettendorf a longtemps cru tenir son premier grand coup bordelais. Jusqu’à ce que l’équilibriste suisse passe par là.
Bettendorf y a cru. Bordeaux aussi.
Pour ce Grand Prix 5* monté à 1m60, 31 noms sur la liste de départ. On a connu après-midi dominicale plus chargée. Parmi les partants, 14 français. Trois d’entre eux parviendront à se hisser au barrage avec quatre autres copains de jeu.
Dans le barrage, le ton est donné d’emblée. Pour sa toute première participation au Jumping international de Bordeaux, Victor Bettendorf a livré une prestation XXL.
Associé à Encore Toi du Linon, la Selle Français en pleine réussite depuis l’automne, le Luxembourgeois claque un double sans-faute net, tendu, engagé, stoppant le chronomètre à 34’’47. Rapide. Très rapide. Un temps que beaucoup tenteront d’aller chercher. En vain.
Mais le sport de haut niveau a ses règles cruelles. Et ses patrons.
Dernier à partir, premier à finir
Quand Martin Fuchs entre en piste pour le barrage, il sait exactement ce qui l’attend. Il l’explique lui-même, sans faux-semblants :
« Victor était extrêmement rapide. Je savais que ce ne serait pas simple, mais tout s’est bien mis en place pour y arriver. »
Aux rênes de Conner Jei (Connor x Cosimo), son hongre de 15 ans, le Suisse joue la carte de l’expérience. Celle d’un cheval qui a déjà gagné six Grands Prix 5*, à Dinard, Saint-Gall, Windsor, Falsterbo, Dublin… et déjà à Bordeaux, l’an passé, dans l’étape Coupe du monde.
Dès le début du barrage, Fuchs pousse partout. Pas seulement sur les lignes droites. Surtout dans les courbes. Il le confirme après coup :
« Je savais que ce serait très compliqué. Alors j’ai essayé de pousser partout : dans tous les virages, pas seulement sur la ligne droite. J’ai vraiment essayé d’être plus rapide partout, mais je ne pouvais pas aller plus vite que ça. Et au final, ça a suffi. »
La ligne est franchie en 34’’32. Quinze centièmes de mieux encore que Bettendorf. Le public se lève. Bordeaux exulte.
« Si je faisais mon travail correctement, tout était possible »
Cette victoire ne s’est pas jouée uniquement au barrage. Fuchs l’assure : tout commence dès la première manche.
« Déjà hier, dans la Coupe du monde, mon cheval était fantastique même si je n’avais pas monté parfaitement. Aujourd’hui, je savais que si je faisais mon travail correctement, tout était possible. Je me suis vraiment concentré et heureusement, j’étais en forme. »
Concentration maximale, exigence totale. Et un week-end qui dépasse largement le seul cadre du jumping. Car dans l’ombre, la Team Fuchs a aussi brillé ailleurs.
« Oui, vraiment un super week-end. Avec aussi une grande victoire pour Simone ce week-end dans le Grand Prix 4* de dressage. Franchement, c’était magnifique. »
Un succès partagé, vécu comme tel.
Conner Jei, le cheval des grands rendez-vous
À Bordeaux, Conner Jei n’est pas un inconnu. Et pour Martin Fuchs, il restera un cheval à part.
« Quand on regarde tous les Grands Prix qu’il a déjà gagnés, le nombre de barrages qu’il m’a offerts… Il a une vélocité incroyable. Parfois, dans les premiers tours, il peut sembler un peu lent, mais dès qu’on arrive au barrage et que je le pousse, ses pieds vont à 200 km/h. C’est vraiment incroyable. »
Une relation qui continue de se construire. Car quand on lui demande si ils se connaissent par coeur, la réponse du Suisse est franche:
« Non pas par cœur. J’essaie encore de le connaître. On essaie toujours de faire mieux. Cet hiver, je suis allé une semaine chez Jos Lansink pour m’entraîner, voir d’autres choses. J’ai ramené pas mal de choses de chez lui, surtout avec Conner. Il m’a beaucoup aidé. »
Dressage, travail d’ombre et “team work”
Cette semaine bordelaise a aussi été celle des réglages. Et du travail à plusieurs mains.
« En début de semaine, j’avais un peu de mal avec Conner. Il était un peu difficile dans la bouche, je ne l’avais pas assez bien travaillé la semaine passée. Il n’était pas bien dans ma main. »
La solution viendra… de sa compagne dresseuse.
« Simone (Pearce) a monté Conner les deux premiers jours. Elle m’a aidé beaucoup mercredi, puis jeudi aussi. Après, je le sentais déjà beaucoup mieux. »
Un vrai travail d’équipe, nourri par une passion assumée pour le dressage :
« Avant, je ne réalisais pas tous les détails nécessaires pour arriver à ce niveau-là. Tout ce travail de précision, avec légèreté, discipline et beaucoup de respect du cheval… J’adore vraiment. »
Derrière Fuchs, Jung confirme, les Bleus s’illustrent
Troisième avec Fischerheros Z (Hotspot x Odermus), Michael Jung confirme sa montée en puissance en jumping. Chaque mois, il grappille les places et pointe maintenant à la 255 ème. Vous avez dit solide ?
Côté français, Cédric Hurel et Fantasio Floreval ont bien tenté de remettre le couvert de 2025. Ils signent le meilleur résultat tricolore avec un double sans-faute en 36’’25.
Juste devant une Camille Condé-Ferreira rayonnante pour son tout premier Grand Prix 5*, sans la moindre barre à terre avec Bassano de Nantuel.
La suite pour le couple vainqueur?
Pas de folie pour Martin Fuchs. Le plan est clair :
« Quelques semaines un peu plus tranquilles avec des concours deux étoiles à Gorla Minore etc, Puis Den Bosch pour les Dutch Masters. »
Avant, peut-être, de revenir dans quelques là où tout semble toujours un peu mieux fonctionner.
« Il se passe quelque chose de spécial avec Bordeaux. Il y a une vraie connexion avec le public. Ça me motive toujours un peu plus ici.J’adore ces concours en France, comme La Baule , Dinard, Lyon aussi. Mais j’aime vraiment venir ici. »
Bordeaux et Fuchs. Une histoire qui commence sérieusement à ressembler à une tradition.