Hello Chadora Lady en orbite, Brash version Retour vers le Futur

Publié par Sébastien Boulanger le 23/03/2026

Il y a des victoires qui ressemblent à des rappels à l’ordre. Sous la verrière du Grand Palais, Scott Brash s »est pris pour Marty McFly et nous a joué un remake de retour vers le futur en transformant le Grand Prix 5* du Saut Hermès en machine à remonter le temps. Domination froide, jument survoltée et chrono indécent. Derrière, Martin Fuchs et Harrie Smolders font ce qu’ils peuvent. Spoiler : ça ne suffit pas. Et côté belge Thibeau Spits a lutté jusqu’au bout alors que pour sauver l’honneur la France a pu compter sur Jeanne Sadran et Alexa Ferrer.

Un parcours qui essore, un barrage qui se fait désirer

Avant même de parler chrono, il fallait déjà survivre.

Le parcours imaginé par Santiago Varela, associé à Grégory Bodo, a fait transpirer le Grand Palais. Technique, piégeux, exigeant sans jamais être injuste. Le genre de track qui te teste partout : sur les lignes, dans les choix de foulées, et surtout dans la lucidité.

Résultat : une hécatombe maîtrisée.
Sur 50 partants, seuls six couples trouveront la clé.

Et pendant une bonne partie de l’épreuve, une question flottait dans l’air parisien : est-ce qu’on va seulement avoir un barrage à se mettre sous la dent ?

Le patron a remis le brassard

Le numéro un mondial n’a pas besoin de discours. Il parle en secondes.

Repassé au sommet du classement le mois dernier, Scott Brash a débarqué à Paris comme on revient chez soi : sans demander la permission et brassard blanc Longines au biceps gauche histoire qu’il n’y ait aucun doute. Dixième participation au Saut Hermès, et une impression limpide, ici, il connaît chaque recoin, chaque foulée, chaque respiration de la piste.

En selle sur Hello Chadora Lady (Chacco Blue x Nintender), 13 ans, concentré de sang et de nerfs, l’Écossais n’a pas gagné : il a imposé. Une jument qui bondit, qui dévore les distances, qui accélère là où les autres temporisent. Une jument qui rappelle furieusement Hello M’Lady. Et ça, pour ses adversaires, c’est rarement une bonne nouvelle.

32’’32 : le chrono qui gifle

Le barrage ? Six cavaliers. Et rapidement, un parfum d’exécution.

Martin Fuchs (qui avait déjà célébré sans sans faute du premier tour comme une petite victoire) ouvre le bal. Conner Jei en mode coucou suisse, trajectoires tendues, virages propres. 33’’35. Le genre de temps qui gagne souvent. Tss tss, pas aujourd’hui.

Parce qu’au moment où Brash entre en piste, le décor change. Moins de courbes, plus de lignes droites. Moins de gestion, plus d’instinct. Hello Chadora Lady, rectitude incarnée, touche à peine le sol. 32’’32.

Près d’une seconde collée au Suisse. À ce niveau, c’est une gifle. Une vraie.

Fuchs, lucide et joueur

Longtemps seul sans faute, Martin Fuchs a vécu ce moment étrange où tout peut basculer.

« Je l’espérais évidemment que personne d’autre ne signerait le sans faute. Mais non, j’étais convaincu qu’il y aurait d’autres parcours sans faute dans la seconde moitié de l’épreuve. »

Le Suisse ne s’est jamais vu gagner trop tôt. Il connaît la musique.

« Sachant quels cavaliers passaient encore après moi, je me préparais déjà pour un barrage. Je savais que je pourrais repartir et j’étais enthousiaste à cette idée. »

Et il en a profité.

« C’était un très beau parcours, et le barrage aussi, avec des virages et des lignes intéressantes. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir. »

Avec Conner Jei, il signe une vraie performance.

« Il a tout donné. Je suis donc très satisfait de cette deuxième place. »

Smolders, deuxième… et lucide

Il y a des cavaliers qui fuient leur réputation. Harrie Smolders, lui, commence presque à l’apprivoiser.

Encore deuxième. Le Poulidor du Grand Palais. Encore ici. Encore avec Mr Tac. Mais cette fois, il en sourit. Lui qui termine exactement dans le même centième que Fuchs. En plus il doit la partager cette deuxième place.

« Oui, c’était un parcours fantastique. Comme Scott l’a dit, il était assez exigeant, mais très juste. »

Le Néerlandais insiste sur le niveau global.

« Nous avions un plateau exceptionnel et un barrage vraiment de haut niveau. Nous avons assisté à un sport incroyable aujourd’hui. »

Et sur ce qui fait le sel du Saut Hermès.

« Le public ici est également fantastique, et ce que Hermès met en place est vraiment unique. Dans notre sport, on ne voit cela nulle part ailleurs. »

Mais surtout, Smolders parle de son cheval. Et ça change tout.

« J’étais très satisfait de Mr Tac. Il a été absent des pistes depuis septembre, donc c’était son premier Grand Prix cinq étoiles depuis son retour. »

Un retour qui vaut presque une victoire.

« Il a déjà gagné ici avec Victor Bettendorf, donc s’il est deuxième aujourd’hui… c’est la faute du cavalier ! (rires) »

Auto-dérision, mais lucidité aussi.

« Je suis vraiment très heureux. Merci à Monsieur et Madame Megret pour leur confiance. Je suis très reconnaissant d’avoir Mr Tac dans mon écurie. »

Deuxième, encore. Mais jamais anodin.

Greve lucide, Spits kamikaze

Willem Greve n’a pas tenté de jouer au héros. Avec Grandorado TN, il sait. Pas la vitesse pour gagner, mais la qualité pour rester propre. Double sans-faute, quatrième.Dans le mood du gaillard actuellement.

Thibeau Spits, lui, a choisi l’option opposée : all-in. Dernier à partir, tout pour le chrono avec Impress-K van’t Kattenheye. Jusqu’à ce demi-tour… et la sanction. Une faute, et le rêve qui se précise de semaine en semaine s’évapore cette fois.

La famille était pourtant là, presque au grand complet. Même Tony Raman, l’éleveur d’Impress était debout dans les tribunes. Mais il faudra encore attendre un petit peu pour toucher cette victoire en GP cinq étoiles.

(Tony Raman, élevage Kattenheye)

Geir Gulliksen, invité surprise du barrage avec Island VG, boucle l’affaire avec 12 points. Logique, mais déjà énorme d’être là.

Sadran, du chaos au contrôle

La veille, c’était un accident industriel.
Le lendemain, une réponse.

Jeanne Sadran et Dexter de Kerglenn ont changé de logiciel. Plus de tension inutile, plus de flottement. Du rythme, du liant, de la clarté.

Une faute, oui. À l’entrée du double numéro 7. Mais surtout une ligne des deux doubles, véritable piège du parcours de « Santi » Varela, avalée comme une formalité. Là où 50 % du plateau s’est paumé.

Huitième place. Propre. Utile. Presque rassurante à cinq mois d’Aix-la-Chapelle.

Devant elle, Malin Baryard-Johnsson continue de défier le temps avec H&M Indiana, 18 ans et toujours au niveau. La Suédoise se contente d’un accessit cette fois, mais la mêche n’est pas éteinte.

Alexa Ferrer (9e) montre que le Grand Palais l’inspire toujours autant. De quoi mettre un peu de baume au coeur du public local qui devra attendre encore un an pour espérer entonner une nouvelle Marseillaise sous la verrière.

C’est Gilles Thomas qui complète le top 10 de ce GP avec Chuck Marienshof Z à qui il n’aura pas manqué grand chose mais tant à la fois ce dimanche après midi.

Brash, lucide et (presque) reconnaissant

À l’arrivée, le Britannique n’avait rien du conquérant arrogant. Plutôt le sourire calme, placide même de celui qui sait exactement ce qu’il vient de faire.

« Oui, je suis absolument ravi. J’ai des chevaux incroyables en ce moment, et mon cheval était au sommet de sa forme aujourd’hui. »

Derrière la performance, Brash insiste sur un point clé : la qualité du test sportif.

« Je pense que tout le mérite revient à Santi et Greg. Quand ces deux-là travaillent ensemble, ils réussissent à créer des parcours vraiment exigeants et uniques, tout en restant justes pour les chevaux. Obtenir six parcours sans faute sur un plateau de cinquante partants, c’est vraiment remarquable. »

Et le numéro un mondial élargit :

« C’est essentiel pour mettre le sport en valeur auprès du public. Et félicitations également à Sylvie, à son équipe et à Hermès pour avoir encore une fois organisé un événement magnifique. C’est toujours un plaisir d’être ici. »

Une gestion millimétrée

Car derrière le show, il y a aussi une stratégie. Et elle n’a rien d’improvisé.

« Mes chevaux étaient en fait à Doha, donc seule Chadora est revenue pour ‘s-Hertogenbosch et Paris. Je n’avais donc qu’elle ici. »

Un choix contraint… devenu payant.

« Elle a sauté la semaine dernière à Den Bosch : elle a très bien performé dans le Grand Prix, mais avec une faute. J’ai donc essayé de rester patient, de ne faire qu’une épreuve ici et de lui redonner une chance dans le Grand Prix, sans trop la solliciter. »

Résultat : fraîcheur maximale, efficacité maximale. « Et heureusement, aujourd’hui, ça a payé. »

Paris adore les histoires. Celle-ci, elle la connaît déjà.
Un Écossais, un cheval de feu, et un chrono que personne ne touche. Dix ans ont passé.
Rien n’a vraiment changé pour Scott Brash, c’est bien ça le problème des autres.

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix 5* Hermès ici

Ne manquez pas la newsletter So Horse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité