Les Britanniques ont remporté la première finale de la FEI Eventing Nations Cup disputée sous son nouveau format. Julia Krajewski, elle, s’est offert Boekelo pour la troisième fois, une première dans l’histoire de l’épreuve. Et comme la Belgique ne pouvait pas laisser partir tout le monde sans rien dire, Lara de Liedekerke-Meier a remis ça : troisième avec Quintus, un an après sa victoire avec Kiarado d’Arville. Trois jours de complet, quelques barres le dimanche, et beaucoup de choses à raconter.
Krajewski, propriétaire des lieux
Il faudra peut-être finir par lui donner un double des clés.
Julia Krajewski aime Boekelo. Boekelo aime manifestement Julia Krajewski. Et lorsque les deux se retrouvent, les autres ont intérêt à ne pas trop traîner en route.
Cette fois, l’Allemande avait embarqué Ero de Cantraie dans l’histoire. Et l’affaire a été rondement menée : 23,9 points au dressage, la tête du classement, puis un cross presque parfait avec seulement 0,4 point de temps dépassé. Une seconde. Pas vraiment de quoi appeler les pompiers.
Restait le jumping du dimanche, celui qui transforme régulièrement les certitudes du samedi soir en vieux souvenirs. Et avec des écarts minuscules derrière elle, Krajewski savait qu’elle n’avait pas vraiment le budget pour une barre.

« Parfois, je suis même meilleure quand je ressens cette pression », expliquera-t-elle après coup. Et l’Allemande avait déjà résumé assez simplement son état d’esprit après avoir pris les commandes : « J’aime gagner. Une fois devant, j’aime finir le travail. »
Message reçu. Sans faute, 24,3 points au total, victoire.

Et pas n’importe laquelle.
Après Samourai du Thot en 2018 et Uelzener’s Nickel en 2024, Krajewski remporte Boekelo pour la troisième fois. Tout simplement une première.
À 37 ans, la championne olympique individuelle de Tokyo n’a donc pas simplement gagné un CCIO4*-L. Elle s’est réservé une petite ligne à elle seule dans l’histoire de l’un des rendez-vous les plus emblématiques du complet européen.
Une barre ? Prenez plutôt huit places
Derrière Krajewski, le classement avait pourtant tout ce qu’il fallait pour devenir franchement désagréable.
À la sortie du cross, moins d’une barre séparait les sept premiers. Autrement dit, le jumping n’était pas là pour faire joli sur les photos du dimanche.
Gemma Stevens et Chilli Morning IV occupaient alors la deuxième place, à seulement 1,1 point de Krajewski. Deux barres plus tard, la Britannique se retrouvait 15e. Voilà pour la cruauté du complet : trois jours de boulot et huit points pour remettre tout le dossier en ordre alphabétique.
Yasmin Ingham n’est pas davantage sortie indemne du grand rangement dominical. Une barre et la Britannique reculait au septième rang.
Pendant ce temps, certaines avaient compris le principe : ne rien toucher.
Katie Magee et Cushlas Indigo ont ainsi bondi jusqu’à la deuxième place. Le couple britannique termine avec 26,4 points, soit exactement son score de dressage.

Et juste derrière arrive une cavalière que Boekelo commence également à connaître par son prénom.
Lara, encore elle
Un an auparavant, Lara de Liedekerke-Meier avait écrit une page de l’histoire belge en remportant Boekelo avec Kiarado d’Arville. La première victoire belge dans l’épreuve individuelle.
Pour sa vingtième participation à Boekelo, elle aurait pu considérer que le dossier était déjà bien rempli.
Manifestement, non.
Cette fois, c’est Quintus qui l’accompagnait. Le couple avait signé 27,6 points au dressage, avant de traverser le cross sans ajouter quoi que ce soit à l’addition. Sixième avant le dernier test, Lara savait exactement ce qu’il lui restait à faire : laisser les autres jouer avec les barres.
Elle, n’en touche aucune.
Résultat : 27,6 points après trois tests, et une remontée jusqu’à la troisième place.

Krajewski devant. Magee deuxième. De Liedekerke troisième.
Il y a pire comme dimanche.
Et puis, à force, Lara commence sérieusement à avoir la science des barres. Ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard. La Belge a, au fil des années, affûté son jumping auprès de quelques spécialistes maison : Philippe Le Jeune, François Mathy Jr et, plus récemment, Filip Lacus. Trois hommes pour qui laisser les barres sur les taquets relève de l’habitude professionnelle.
Dans un complet moderne où le jumping du dernier jour peut envoyer une deuxième place au fond du classement en quelques secondes, cette culture-là vaut quelques grammes d’or. À Boekelo, Lara en a encore fourni la démonstration : quand d’autres ont laissé des points par terre, elle a laissé les barres en l’air.
Surtout, la Belge réussit quelque chose de particulièrement révélateur : revenir sur le podium douze mois après sa victoire, mais avec un autre cheval. Quintus, 10 ans, confirme ainsi qu’il faut le compter parmi les cartouches sérieuses de la cavalière belge.
On peut changer de monture. Apparemment, pas d’adresse sur le podium.
Une finale, zero matelas
Car pendant que Krajewski construisait son petit empire personnel, les Britanniques avaient un autre trophée à aller chercher.
Boekelo accueillait cette année la finale de la FEI Eventing Nations Cup dans son nouveau format.
Le principe avait été revu pour 2026. Les étapes de Marbach, Bicton, Strzegom, Avenches et Lignières permettaient de décrocher son billet pour Boekelo. Mais une fois aux Pays-Bas, terminé les points accumulés pendant la saison : les compteurs repartaient à zéro.
Une finale. Un concours. Pas de matelas.
Et après le dressage, Grande-Bretagne et Allemagne avaient déjà décidé de ne pas nous faciliter le résumé.
78,8 points pour les Britanniques. 79,1 pour les Allemands.
Après le cross, renversement : 79,5 pour l’Allemagne contre 80,4 pour la Grande-Bretagne.
Neuf dixièmes.
À ce niveau-là, autant dire qu’une barre ressemble davantage à une expulsion qu’à une petite faute technique.

D’autant que les Britanniques avaient déjà grillé leur joker. Kirsty Chabert et Classic VI, éliminées sur le cross, ne pouvaient plus entrer dans le calcul. Les scores de Katie Magee, Gemma Stevens et Yasmin Ingham allaient donc tous compter.
Plus le droit de rater.
Les Britanniques sans filet
Le dimanche va finalement tourner en faveur de l’Union Jack.

Avec 84,4 points, la Grande-Bretagne remporte cette première finale nouvelle formule devant l’Allemagne, deuxième avec 87,0, et l’Irlande, troisième avec 97,5. Les États-Unis prennent la quatrième place avec 105,4.
Et le chiffre qui fait légèrement mal aux Allemands est celui-ci : leurs 87 points auraient suffi à remporter chacune des treize éditions précédentes de la Nations Cup disputées à Boekelo.
Pas cette fois.
Il fallait tomber sur une Grande-Bretagne qui, même privée de joker après le cross, possédait encore assez de profondeur pour retourner la finale lors du jumping.

Katie Magee a même fait mieux que participer au succès collectif : avec sa deuxième place individuelle sur Cushlas Indigo, elle repart des Pays-Bas avec un week-end particulièrement rentable.
L’Allemagne pourra au moins se consoler avec la victoire individuelle de Krajewski.
Enfin, se consoler… Tout est relatif.

Et les Belges dans tout ça ?
La performance de Lara ne doit pas masquer un constat un peu plus compliqué pour l’équipe belge.

La Belgique de de Liedekerke, Donckers, Emsens et Gravrilovic, pointait huitième après le dressage avec 94,5 points, avant de remonter à la sixième place après le cross avec 148,9. Dans cette équipe, Lara et Quintus ont très clairement servi de locomotive.

Derrière eux, Karin Donckers et Olympic de Muze avaient bouclé le cross avec 41,7 points, tandis que Cyril Gavrilovic et Gatine de l’Aubree affichaient 79,6 points et Valentine Emsens avec Maplevalleys Concorde 112,8. Une addition forcément plus salée qui a éloigné les Belges de la bataille pour le podium en équipe.

Pas de miracle collectif, donc.
Mais le résultat individuel de De Liedekerke reste tout sauf anecdotique. Depuis plusieurs saisons, la Belge s’est installée dans une dimension où un podium sur un rendez-vous comme Boekelo n’a plus grand-chose d’une surprise.
Et c’est peut-être justement cela qui est le plus intéressant.
En 2025, sa victoire avait valeur d’événement historique pour le complet belge. En 2026, elle change de cheval, revient et termine troisième.
Vous parliez d’exception ? Parlez plutôt d’habitude.

Trois manières de marquer Boekelo
Au fond, ce Boekelo 2026 aura raconté trois formes différentes de domination.
La Grande-Bretagne a gagné par la force du collectif, au terme d’une finale où elle n’avait plus droit à l’erreur.
Julia Krajewski a gagné par la maîtrise, en prenant les commandes dès le dressage pour ne plus jamais les rendre, et par l’histoire, avec cette troisième victoire. Tout simplement une première.
Et Lara de Liedekerke-Meier a gagné autre chose : la confirmation qu’elle appartient depuis un moment aux gens que l’on s’attend à retrouver là lorsque le classement devient sérieux.
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