Cinq ans de patience, trois mois de complicité : Jérôme Guéry retrouve les sommets à El Jadida

Publié par Sébastien Boulanger le 18/10/2026

Il n’avait plus goûté à la victoire dans un Grand Prix 5* depuis Knokke, en 2021. Ce dimanche, Jérôme Guéry a remis les pendules à l’heure en remportant le Grand Prix Coupe du monde d’El Jadida, au Maroc. Son complice ? Kiliman Sitte, un étalon SBS de dix ans qu’il ne monte que depuis le début du mois de juillet. Trois mois pour apprendre à se connaître, trois semaines au Maroc pour peaufiner les réglages et, au bout du compte, une victoire que même le principal intéressé n’avait pas vraiment vue venir. Comme quoi, parfois, le bonheur n’attend pas.

Cinq ans, c’est long. Surtout à ce niveau.

La dernière fois que Jérôme Guéry avait remporté un Grand Prix 5*, Quel Homme de Hus était encore son partenaire de rêve et les Jeux olympiques de Tokyo se profilaient à l’horizon. C’était en juin 2021, à Knokke. Depuis, le Belge a connu les sommets, avec notamment une médaille d’argent individuelle aux championnats du monde de Herning en 2022, mais aussi les lendemains moins chantants : les blessures, les chevaux qui partent, les champions qui vieillissent et cette nécessité permanente de reconstruire un piquet capable de rivaliser avec les meilleurs.

Car dans le jumping, avoir déjà gagné ne garantit absolument pas de recommencer. Le talent reste, les souvenirs aussi. Encore faut-il avoir le cheval pour transformer le tout en victoire.

Ce dimanche, à El Jadida, Guéry a retrouvé ce petit supplément de bonheur qui fait toute la différence : franchir le dernier obstacle en sachant que personne ne viendra vous chercher.

« J’ai retrouvé un cheval qui me permet de gagner un Grand Prix cinq étoiles, ce qui n’arrive pas tout le temps, comme on peut le remarquer », nous confiait-il après sa victoire, avec un sourire difficile à cacher.

Onze candidats, trois sans-faute et un Belge qui sourit

Pour cette première édition cinq étoiles de l’étape d’El Jadida, le Grand Prix Coupe du monde, disputé sur 1,60 m en deux manches, avait réuni un plateau qui n’avait rien d’une promenade touristique.

Onze couples avaient obtenu leur billet pour la seconde manche. Parmi eux, quatre seulement avaient réussi à laisser toutes les barres sur leurs taquets lors du premier acte : Jérôme Guéry avec Kiliman Sitte, les Italiens Roberto Previtali et Christian Marini et la Britannique Chloe Aston.

Derrière ce quatuor, sept cavaliers repartaient avec quatre points au compteur. Et pas franchement des figurants : Simon Delestre, Abdullah Alsharbatly, Olivier Perreau ou encore Tom Schewe, l’Allemand qui venait de remporter, la veille sa toute première victoire dans une épreuve cinq étoiles.

Autant dire que personne n’avait l’intention de distribuer les cadeaux.

Si Simon Delestre remontait à la troisième place avec le sans-faute de Golden Boy DK en seconde manche. Il n’y avait plus que deux double sans faute à la fin des débats.

Mais face à Chloe Aston, c’est bien Guéry et son gris qui ont fini par rafler la mise. décrochant cette victoire dans le Grand Prix Coupe du monde de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Un succès qui vient conclure trois semaines de Morocco Royal Tour sur une note que le Belge n’avait certainement pas inscrite aussi haut dans ses prévisions.

« Je ne m’attendais pas à gagner le Grand Prix à El Jadida, cinq étoiles à l’intérieur. Je voulais juste qu’il se prépare à la saison indoor qui allait arriver. »

Mission accomplie. Et même un peu plus.

Kiliman Sitte, le cheval aux cinq cavaliers

L’histoire est d’autant plus intéressante que Kiliman Sitte n’a pas exactement connu une carrière de jeune premier installé dans son confort.

Né en 2016, cet étalon gris inscrit au stud-book SBS, fils de Comme Il Faut 5 et d’Honolulu Sitte, par Button Sitte, est arrivé sous la selle de Jérôme Guéry au début du mois de juillet. Et avant cela, il avait déjà pas mal voyagé d’une selle à l’autre.

« Il faut savoir que le cheval a eu cinq cavaliers en deux ans. C’était aussi difficile pour lui de s’adapter. Ma monte est différente de celle des cavaliers qu’il a eus avant. »

Autrement dit, il fallait reprendre une partie du travail à zéro. Et au départ, tout n’était pas franchement idyllique.

Guéry explique avoir dû modifier les habitudes du cheval, lui apprendre à évoluer davantage dans le rythme et surtout à se prendre davantage en charge. Un changement de logiciel qui ne s’est pas fait sans quelques barres au sol.

Puis il y a eu un premier déclic à Dublin. Une confirmation aux Brussels Stephex Masters. Et enfin cette tournée marocaine, abordée avec une idée bien précise : amener Kiliman vers la tête de son piquet et lui donner de l’expérience en vue des prochaines grandes échéances.

À Rabat, le couple avait déjà marqué des points en signant un double sans-faute dans la Coupe des nations, où la Belgique avait terminé quatrième après un barrage à quatre équipes.

À El Jadida, il a changé de dimension.

« Chaque parcours est mieux. C’est un cheval avec tous les moyens. Il va pouvoir tout sauter. On l’a encore vu aujourd’hui, il se promène sur un Grand Prix cinq étoiles, il fait ça très facilement. »

Trois mois après leurs premiers galops communs, le mode d’emploi semble enfin trouvé.

Un crack ? Pas si vite.

Évidemment, après une victoire pareille, la question vient toute seule : Jérôme Guéry aurait-il déniché son nouveau phénomène ?

Le Belge, qui sait mieux que quiconque ce que signifie construire une relation avec un cheval d’exception, préfère garder les pieds sur terre.

« Je ne sais pas dire si c’est un crack. En tout cas, il a le potentiel d’être un cheval pour tout sauter. Est-ce que c’est un crack ? Ce sont les semaines et les mois qui arrivent qui nous le diront. Mais il a un potentiel exceptionnel. »

Une prudence qui n’enlève rien à l’enthousiasme.

Parce qu’au-delà du résultat, c’est surtout la manière dont Kiliman progresse qui semble réjouir son cavalier. Une monture dotée d’une énorme action, dont Guéry voulait notamment tester l’adaptation aux pistes indoor. Et qui vient de répondre à ses interrogations de la plus convaincante des façons.

Ce succès ne devrait pourtant pas bouleverser le programme prévu.

Guéry compte poursuivre avec le Global Champions Tour de Rabat, où Kiliman Sitte et Quito de Mariposa sont ses deux options pour le Grand Prix. Puis viendra la saison indoor, avec l’espoir de participer à une ou deux étapes de la Coupe du monde, de retrouver Malines devant le public belge et, surtout, de décrocher un précieux ticket pour Genève.

« J’aimerais vraiment faire Genève cette année. Je sais que je suis loin dans la ranking, mais je sens que j’ai deux chevaux qui pourraient vraiment faire bien. »

Et cette année, Genève n’est pas tout à fait un concours comme les autres. Le CHI fête son centenaire. Une édition que Guéry, qui y conserve des souvenirs incroyables, aimerait particulièrement disputer.

Dans un coin de la tête, Waregem 2027

Mais derrière les rendez-vous de l’hiver, il y a déjà un objectif autrement plus grand.

Car si cette victoire intervient dans une étape de Coupe du monde, Guéry ne compte pas pour autant se lancer dans une chasse effrénée aux points pour la finale du circuit.

« Les Coupes du monde n’ont encore jamais été un objectif pour moi. J’utilise toujours l’hiver pour préparer mes chevaux. On ne peut pas tout courir. »

Ce qu’il veut, en revanche, c’est construire Kiliman Sitte pour les grandes échéances par équipes.

« Je pense que j’ai vraiment un cheval de Coupe des nations exceptionnel. J’ai envie de le construire pour l’année prochaine, faire partie de l’équipe première en Coupe des nations. »

Et puisqu’on parle de l’année prochaine, difficile de ne pas regarder vers Waregem, où la Belgique accueillera les championnats d’Europe de saut d’obstacles en août 2027.

« On a les championnats d’Europe l’année prochaine en Belgique. Si ça peut être un objectif, ce serait chouette. »

Il reste évidemment du chemin. Des concours à disputer, des confirmations à obtenir, un couple à consolider. Et quelques cavaliers belges qui ne manqueront pas de convoiter les mêmes places.

Mais à El Jadida, Jérôme Guéry a retrouvé quelque chose qui lui manquait depuis cinq ans dans un Grand Prix 5* : le goût de la victoire.

Avec un cheval qu’il connaissait à peine il y a trois mois.

La patience, finalement, a parfois du bon. Surtout quand elle finit par rapporter un Grand Prix 5* Coupe du monde.

Les résultats complets du Grand Prix 5* Coup du monde d’El Jadida ici

(Photos MRT/Clem.Media)

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