Lara et Tara : deux Lions, un seul trône

Publié par Sébastien Boulanger le 18/10/2026

Un an après avoir conquis le titre mondial des chevaux de six ans, Lara de Liedekerke-Meier et Tara van het Leliehof ont remis le couvert, ce dimanche, au Mondial du Lion. Même endroit, même cavalière, même jument. Et, surtout, même résultat : l’or mondial, cette fois chez les sept ans. Un doublé rarissime qui installe un peu plus la Namuroise dans l’histoire du concours complet. Mais derrière ce scénario de rêve se cachent quelques nuits blanches, des juges qui fâchent et une pression autrement plus coriace que les obstacles angevins.

Un doublé, sinon rien

Il y a des chevaux qui gagnent un championnat du monde et passent à autre chose. Et puis il y a Tara van het Leliehof. Celle qui, manifestement, n’avait pas terminé sa collection.

Sacrée championne du monde des six ans en 2025, la jument BWP de Lara de Liedekerke-Meier est revenue au Lion-d’Angers avec une idée assez simple : conserver sa couronne, même si elle avait changé de catégorie d’âge.

Mission accomplie. Et avec la manière.

Au terme des trois tests, la cavalière belge et sa partenaire ont conservé leurs 28,6 points du dressage, signant un cross parfait avant de boucler le travail par un sans-faute à l’hippique. Derrière elles, le Britannique Hector Payne et Bueno ont pris l’argent avec 29 points, tandis qu’Alexis Goury et Jeroboam Wal ont complété le podium avec 29,4 points.

Quatre dixièmes de point d’avance. C’est peu. Mais suffisamment pour entrer dans l’histoire.

Car remporter les championnats du monde des six et sept ans avec le même cheval, deux années consécutives, n’a rien d’une formalité. Galan de Sauvagère avec Nicolas Touzaint, Ténarèze et Golden de Béliard avec Thomas Carlile, ou encore Lagona avec Anna-Lena Schaaf font partie de ce cercle très fermé.

Désormais, Tara aussi.

Fille de Pegase van’t Ruytershof et de Bonita van het Leliehof par Major de la Cour, la jument née à l’élevage belge Stal het Leliehof, propriété de Sofie Vereenooghe, vient de signer une performance qui dépasse largement le cadre d’une victoire supplémentaire.

Et pourtant, pour Lara, l’affaire était loin d’être gagnée d’avance.

« Je partais avec cette ambition-là »

Pas question de jouer les modestes après coup. Lara de Liedekerke-Meier n’était pas venue en Anjou pour faire de la figuration.

« Je partais avec cette ambition-là. Elle était championne en titre et elle avait fait une très bonne saison. On l’a fait courir toute l’année pour ça. »

Le programme avait été construit autour de cet objectif. Un titre de championne de Belgique des sept ans décroché à Nokere-Waregem en août, un passage par Millstreet et des réglages en saut d’obstacles à Gesves : chaque sortie devait servir le rendez-vous d’octobre.

« On avait vraiment orienté toute sa saison vers ça. Je savais qu’elle était fit, je savais qu’elle était bien. »

Seule petite ombre au tableau : une dernière sortie à Millstreet qui n’avait pas totalement rassuré sa cavalière, Tara s’étant montrée particulièrement chaude sur le dressage.

Mais quand on vise un deuxième titre mondial avec une jument de sept ans, quelques contrariétés ne suffisent pas à modifier les plans.

Encore faut-il que les juges soient du même avis.

Des juges, des notes et des carottes déjà cuites

Jeudi, Lara et Tara ouvrent leur championnat avec une reprise solide. La jument se montre appliquée, techniquement plus aboutie que l’année précédente, et le couple sort du rectangle avec 28,6 points.

Un excellent score. Sur le papier.

Dans la tête de Lara, c’est une autre histoire.

« J’ai été super déçue. Je suis sortie de piste avec une jument qui avait fait une très belle reprise, mais je trouvais qu’elle n’avait pas du tout été récompensée à juste titre. »

La raison de sa frustration ? Des appréciations franchement divergentes. La juge allemande lui attribue 75 %, tandis que la Néo-Zélandaise descend à 67,8 %. Au milieu, un troisième affiche 71,4 %.

De quoi sérieusement agacer une cavalière convaincue de la qualité de sa prestation.

« Je n’ai pas fait un mouvement en dessous de sept. Je n’ai pas fait d’erreur. Je me suis dit que les carottes étaient déjà cuites pour moi à ce moment-là. »

Lara reconnaît même ne pas avoir réussi à savourer la prestation de sa jument.

« Je n’ai même pas su sortir un sourire. Je n’ai même pas vraiment su dire à la propriétaire que j’étais contente, alors que j’étais très contente du cheval. »

Et de lâcher cette formule, entre frustration et autodérision : « J’avais un peu l’impression qu’on m’avait déjà privé de mon titre alors qu’il n’était pas encore à moi. »

Ajoutez à cela un tirage au sort du dressage qui, selon elle, la place trop régulièrement parmi les premiers partants au Lion (5ème en l’occurence), et vous obtenez une Lara plutôt remontée.

Le lendemain, Alexis Goury rejoint la Belge en tête du classement avec exactement 28,6 points.

Le cross allait donc devoir départager tout ce petit monde. Et Lara avait manifestement préparé son coup.

Neuf minutes et quatre secondes de sang-froid

Samedi, plus de 30 000 spectateurs assistent au cross dans le parc de l’Isle-Briand. Près de cinq kilomètres à parcourir, un temps idéal fixé à 9’05 et des écarts suffisamment serrés pour transformer la moindre seconde en potentiel changement de podium.

Lara n’a pas vraiment le luxe d’observer longtemps ses adversaires.

Mais elle possède un avantage : Tara.

« C’est un cheval qui n’a pas vraiment de défaut. Les trois tests lui conviennent très bien. Elle est très à l’aise partout. »

La Belge déroule sa partition. Sans hésitation. Sans faute. Et avec un œil très attentif sur le chronomètre.

À l’approche de la fin, elle réalise même qu’elle dispose d’une marge suffisante pour ralentir.

« Après l’avant-dernier obstacle, j’ai regardé mon chrono. Il affichait 8 minutes 41. J’ai donc levé le pied assez fort. »

Une stratégie qui a manifestement provoqué quelques sueurs froides dans son entourage.

« J’ai créé une tachycardie chez pas mal de personnes parce que les gens ne pouvaient pas lire mon chrono. Ils ne savaient pas que je me rapprochais simplement du temps idéal ! »

Résultat : 9’04. Une seconde sous le temps imparti.

Un coup de maître.

Car à égalité de points au terme du championnat, le règlement départage notamment les concurrents selon leur proximité avec le temps idéal du cross.

Hector Payne réalise lui aussi un maxi avec Bueno. Mais Alexis Goury dépasse le temps de deux secondes et concède 0,8 point.

Lara se retrouve seule devant.

« Je suis quand même contente d’avoir pris ce risque-là, parce que ça a aidé. »

Une seconde gagnée sur le cross. Et peut-être un championnat avec.

Quand tout paraît facile, la pression devient infernale

Restait le saut d’obstacles du dimanche. Sur le papier, Tara avait toutes les qualités pour terminer le travail. Dans la réalité, sa cavalière n’était pas franchement détendue.

Et ce n’était pas seulement une question de barres.

Lara estime que les parcours proposés cette année manquaient de sélectivité, notamment par rapport à l’édition précédente. Un avis personnel assumé, qui tranche.

« Je trouvais que c’était trop soft. Le parcours n’était pas assez sélectif. Un bon cheval peut faire une bête barre et être très fortement pénalisé, alors qu’un moins bon cheval peut s’en sortir sans faute. »

Autrement dit, quand les difficultés ne creusent pas suffisamment les écarts, la moindre erreur se paie au prix fort.

Et il y avait du monde pour espérer que Tara ne commette pas cette erreur.

« Il y avait l’éleveur, la propriétaire, tout l’entourage. J’ai senti toute la semaine que tout le monde me laissait gérer ma pression toute seule, mais qu’ils espéraient tous que j’allais le refaire. »

La suite tient en quelques mots.

« Je n’ai pas beaucoup dormi. »

On connaît des préparations psychologiques plus reposantes.

Heureusement, Tara n’avait visiblement pas prévu de faire durer le suspense davantage que nécessaire. La jument a parfaitement récupéré de son cross et livre un parcours de saut d’obstacles sans aucune pénalité, en 68 secondes pour un temps accordé de 69.

Zéro barre. Zéro seconde dépassée.

La deuxième couronne mondiale est là.

Et avec elle, l’émotion.

« Je sais qu’elle est bonne. J’en suis convaincue. Mais arriver à le faire, à concrétiser tout ça, c’est vraiment chouette. »

Après une saison qu’elle juge elle-même moins satisfaisante qu’espéré, malgré plusieurs belles performances, cette victoire arrive comme une récompense particulièrement bienvenue.

Parce qu’il y a parfois une différence immense entre savoir qu’on possède un cheval d’exception et parvenir à le prouver au moment où tout le monde vous attend.

Chez les six ans, une barre de trop pour Herakles

Le week-end aurait même pu être encore plus fou pour Lara de Liedekerke-Meier.

Engagée également dans le championnat des six ans avec Herakles, un Hanovrien par Herald 3 et une mère par Check In, la Belge pointait à la troisième place après le cross.

Mais le dernier obstacle de l’hippique est venu ruiner ses ambitions de podium. Une barre à terre, quatre points supplémentaires et une neuvième place finale avec 33,8 points.

Cruel, mais instructif pour un jeune cheval.

Le titre mondial des six ans est revenu à l’Allemande Ann-Catrin Bierlein et ACSI Daisy Dynamite, auteurs d’un sans-faute décisif pour conserver leurs 29,4 points du dressage. Le Suisse Robin Godel et Kosmic d’Elbe ont pris l’argent avec 31,3 points, juste devant l’Australien Kevin McNab et Monbeg Kobe, troisièmes avec 31,4 points.

Autre Belge engagé, Jarno Verwimp a terminé dixième avec Diacontina C&T Z.

Pour Lara, cette petite déception chez les six ans n’a évidemment pas suffi à gâcher la fête.

Des vacances, mais pas trop longtemps

À peine le titre digéré, Lara regarde déjà vers la suite.

La Belge ne cache pas une certaine frustration liée à son recul dans le classement mondial. Et si elle se réjouit de bientôt pouvoir souffler après un dernier rendez-vous à Kronenberg, elle n’a manifestement pas l’intention de s’endormir sur ses lauriers.

« Je suis un peu triste de ma descente dans le ranking. Ça va encore continuer, mais ça va me donner une bonne motivation pour ne pas trop traîner cet hiver. »

Et de conclure : « Je suis contente d’être bientôt en vacances, mais je suis déjà excitée de préparer l’année prochaine. »

Voilà qui résume assez bien le personnage.

Lara de Liedekerke-Meier vient de réaliser un doublé mondial que très peu de couples ont réussi avant elle. Tara van het Leliehof possède désormais deux couronnes, une réputation solidement établie et, surtout, un avenir qui promet beaucoup.

Quant à sa cavalière, elle devrait peut-être profiter de quelques jours de repos.

Après tout, le Lion peut bien attendre un an avant de rugir à nouveau.

Retrouvez les résultats complets du Mondial du Lion ici

(Photos ©FEI/Libby Law Photography)

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