Dimanche Pékin, jeudi Liège. Roger-Yves Bost a changé de fuseau horaire, mais certainement pas de rythme. À peine rentré de Chine avec une victoire en Grand Prix dans les bagages, le Français de 61 ans a remis le couvert avec Ballerine du Vilpion dans le premier 1,45 m du CSI 4* de Liège. Un chrono de 58 »01, une foulée économisée au bon moment et une nouvelle victoire pour un Bosty qui traverse une sacrée période. Et pourtant, cette première grosse épreuve liégeoise avait de quoi refroidir quelques ambitions.
À Liège, on entre directement dans le vif du sujet
55 cavaliers au départ, 12 sans-faute à l’arrivée. Pour cette première épreuve à 1,45 m au chrono, le ton était donné. Ceux qui espéraient une petite mise en jambes pour prendre leurs marques en ont été pour leurs frais.
Pour ses débuts à ce niveau, le chef de piste Bernard Mathy avait proposé un tracé qui ne pardonnait pas grand-chose. Des options à choisir intelligemment, des virages à soigner et une combinaison où il fallait bosser. À Liège, les quatre étoiles ne sont décidément pas là pour décorer l’affiche.
« C’était une épreuve de vitesse, 1,45 m, pas énorme, mais quand même, les combinaisons étaient assez dures », expliquait Bosty à sa sortie de piste. « Il y avait un double vers le fond, beaucoup de fautes, un double orange. Il fallait que les chevaux osent aller dans le coin. »

Le Français connaissait la recette. Avec une jument aussi expérimentée que Ballerine du Vilpion (Baloubet du Rouet x Quidam de Revel), il avait surtout les ingrédients pour l’appliquer.
La preuve par A + B : la méthode Bosty
Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces. Et Roger-Yves Bost s’est chargé d’en faire la démonstration.
A, comme un cavalier de 61 ans qui vient de remporter le Grand Prix du CSI 3* de Pékin avec Flynn d’Emm. Les kilomètres s’accumulent, les victoires aussi. Bosty a la confiance des grands jours et, surtout, cette envie de gagner qui lui colle à la peau depuis quelques décennies.
B, comme Ballerine du Vilpion. Quinze ans, fille de Baloubet du Rouet, une solide expérience des indoors et une vitesse naturelle qui ne demande qu’à s’exprimer. La Selle Français connaît son métier, son cavalier aussi. Reste à trouver le bon dosage entre audace et précision.
Et à ce petit jeu, le couple n’a pas traîné.
Un sans-faute en 58 »01, et voilà Barbara Schnieper, deuxième avec Coco G Z, reléguée à 86 centièmes.

Le Néerlandais Mathijs van Asten complète le podium avec Hotspot en 59 »05.

Presque une seconde d’avance, alors que Bosty estimait pourtant avoir laissé quelques précieux dixièmes en route.
« Elle va vite. Mais j’avais perdu du temps en l’air aujourd’hui. Le dernier, j’ai pu enlever une foulée. La jument est naturellement vite. »
Tout est là. La rapidité au sol, l’expérience du tracé et ce petit coup d’œil qui permet de gagner une foulée sans compromettre le saut. Bosty était parti en sixième position et pensait avoir assuré une place sur le podium. Il faudra finalement attendre 49 autres passages pour constater que personne n’avait fait mieux.
Ballerine aime quand Liège fait du bruit
Le public liégeois n’a jamais eu la réputation de suivre les épreuves en silence. Les tribunes vivent, les encouragements fusent et les décibels grimpent au fil de la soirée.
De quoi compliquer la tâche de certains chevaux. Ballerine, elle, semble plutôt apprécier l’ambiance.
« Plus il y a de bruit, plus elle est calme. C’est la folie », s’amuse Bosty.
Le Français raconte même que sa jument marque un temps d’arrêt en entrant en piste, relève la tête et écoute le public.
« Elle entend le bruit, elle s’arrête, elle lève la tête. On dirait que ça lui fait du bien. »
Un tempérament plutôt pratique pour évoluer dans une arène indoor où les tribunes ne sont jamais très loin des obstacles. Et un atout supplémentaire pour un couple qui n’a plus grand-chose à apprendre de ce genre de rendez-vous.

61 ans et toujours la banane
Le plus réjouissant, finalement, c’est peut-être de voir à quel point Bosty continue de prendre son pied.
À 61 ans, le champion olympique de Rio ne semble pas franchement préoccupé par le temps qui passe. Il parle de ses chevaux, de leurs sensations, de leur forme physique et de son plaisir de monter avec un enthousiasme intact.
« Je suis assez en forme, assez confiant. Et demain, ça peut être un autre jour, c’est le sport. Faut profiter. »
Pas question pour autant de perdre de vue l’essentiel. Le Français insiste sur la santé de ses chevaux, sa priorité, et sur le plaisir que procure un beau parcours lorsque tout le monde termine avec de bonnes sensations.

Bosty connaît bien Liège, même s’il avoue ne plus se souvenir de sa première participation. Difficile d’publier par contre qu’il a déjà remporté le Grand Prix à deux reprises. Alors, pourquoi pas une troisième ?
« On va faire jour par jour. En tout cas, j’ai du plaisir et le concours est super. On se régale. »
Ballerine pour le Grand Prix ?
Cette victoire pourrait bien modifier les plans du Français pour la suite du week-end.
Initialement, Bosty envisageait plutôt de miser sur Go To Hickstead MF pour le Grand Prix. Mais après la prestation de Ballerine, les certitudes sont un peu moins solides.
« Au début, je pouvais préférer mon autre cheval pour le Grand Prix, mais peut-être que ça va être elle. »
Go To Hickstead a disputé plusieurs Grands Prix ces derniers temps, mais possède moins d’expérience en indoor. Un détail qui compte, surtout avec l’étape de Coupe du monde de Lyon au programme dès la semaine prochaine.
Bosty compte d’ailleurs profiter de son passage à Liège pour peaufiner ses réglages avant de retrouver les grosses échéances de la fin d’année.
En attendant, il savoure.
« C’est bien enclenché. Faut continuer maintenant. »
Deux victoires en cinq jours, à quelques milliers de kilomètres de distance, et une Ballerine qui semble avoir encore pas mal de choses à raconter. À 61 ans, Bosty n’a visiblement pas l’intention de laisser le dernier mot aux plus jeunes.

Retrouvez le classement complet de l’épreuve ici





