Sous les sabots, son sable : Bart Poels, maître des terrains

Publié par Sébastien Boulanger le 14/04/2026

Il n’a jamais été numéro un mondial. Il n’a jamais gagné un Grand Prix 5*. Pourtant, sans lui, une bonne partie du circuit international ne tournerait pas rond. Bart Poels, artisan de l’ombre, façonne les pistes sur lesquelles les cracks brillent. De Kampenhout aux Jeux olympiques, portrait d’un homme qui a transformé du sable en science… sans jamais perdre le feeling.

Du sable dans les veines

Chez les Poels, tout commence dans une sablière. Littéralement.
Un père, du sable à perte de vue, et un gamin qui grimpe sur un poney à 12 ans. Le décor est planté.

À Kampenhout, petite scène belge devenue laboratoire improvisé, Bart met les mains dedans. Les concours locaux, les premières pistes, les premières erreurs aussi. À l’époque, pas d’algorithme, pas de capteurs. Juste un instinct. Celui de son père, surtout.

« Comme un cuisinier », résume-t-il aujourd’hui. Sauf qu’ici, on ne mélange pas des légumes, mais des granulométries.

En 1991, la sablière est vendue. Le choix du patriarche, Guido, est clair : ce sera les pistes, à plein temps.

Leipzig, l’effet boule de neige

Il y a toujours un moment charnière.
Pour Poels, c’est 2002. Leipzig. Coupe du monde.

Premier gros chantier. Première exposition mondiale. Et puis tout s’enchaîne. Les avions, les containers, les fuseaux horaires. Le sable de Kampenhout voyage désormais plus que certains cavaliers.

« Tchak, tchak, tchak », dit-il avec son doit qui bouge d’un côté et de l’autre. Traduction : ça explose dans tous les sens.

Aujourd’hui, son terrain de jeu s’étend de la Chine aux Émirats, en passant par Prague ou Shanghai. Avec une constante : adapter la recette.

Car une piste à Hong Kong, sous humidité tropicale, n’a rien à voir avec un rectangle en plein désert de Dubaï.

Une piste, organisme vivant

Pour Poels, une piste n’est jamais figée.
C’est une matière vivante.

Trop sèche, elle fuit. Trop humide, elle colle. Trop dure, elle casse. Trop molle, elle fatigue. Et au milieu de ça, 600 kilos de cheval qui retombent après 1m60 d’effort.

« Si le cheval ne se sent pas bien, il ne montre pas son potentiel. »

Tout est là.

Alors on ajuste. De l’eau. Des fibres. Du géotextile. On teste. Encore. Toujours. Chez lui, à la maison, deux pistes servent de laboratoire permanent. L’une pour valider, l’autre pour comparer.

Bart Poels

Rien n’est laissé au hasard. Même si tout commence par une sensation.

et plus un cheval est difficile, plus vite on le mettra dans la piste. Pour voir sa réaction. Pas celle du cheval. Celle du sol.

Du feeling à la data

Le métier a changé. Radicalement.

Hier : le nez, la main, l’expérience.
Aujourd’hui : microscopes, machines de test, analyses précises.

Chaque sable est scruté. Rond, angulaire, semi-angulaire. Chaque grain raconte une histoire. Et surtout, un comportement.

Poels reçoit des échantillons du monde entier. Chine, États-Unis, Moyen-Orient. Il teste, il compare, il valide… ou il refuse.

Parce que non, un sable blanc n’est pas “juste un sable blanc”.

Et parfois, quand la matière locale ne suffit pas, il faut importer. Par bateau. En centaines de big bags.

À Hong Kong, certaines pistes dépassent les 300 sacs. D’autres montent à 1000. Logistique XXL pour précision millimétrée.

Bart Poels

L’homme des Jeux

Trois Jeux olympiques au compteur : Hong Kong (2008), Londres (2012), Paris (2024).
Pas mal pour quelqu’un qui se décrit encore comme un cavalier “1m25 régional”.

Son rôle : garantir l’équité. Le premier et le dernier cavalier doivent sauter dans les mêmes conditions. Sinon, tout s’écroule.

Pause obligatoire quand la piste chauffe trop. Ajustements constants. Surveillance permanente.

Ici, l’erreur n’existe pas. Ou plutôt : elle coûte cher.

Bart Poels

Le choix de rester petit

Six personnes. C’est tout.

Dans un monde de multinationales, Poels revendique la flexibilité.
« Les grands, c’est le Titanic. Nous, on est un zodiac. »

Image parfaite.

Réactif. Agile. Capable de dire non. Capable de tester. Capable de s’adapter.

Et surtout, capable d’être sur la piste, au volant du tracteur. Parce que la crédibilité, chez les cavaliers, se gagne aussi comme ça.

Bart Poels

L’avenir : entre écologie et rareté

Le prochain défi est déjà là : les microplastiques.

Les fibres, les géotextiles… tout est remis en question. L’écologie s’invite dans la carrière. Et le sable, lui, devient une ressource de plus en plus rare.

Bart Poels
(Bart Poels et son fils Tibo, la 3ème génération.)

Le métier va encore évoluer. Forcément. La troisième génération a déjà les mains dans le sable. La suite ce sera pour Tibo. Un peu plus tard

Mais une chose ne changera pas :
le besoin d’équilibre.

Bart Poels ne cherche pas la lumière.
Il préfère la surface. Celle qui décide, en silence, du destin d’un parcours.

Et pendant que les cavaliers lèvent les bras, lui observe. Ajuste. Et recommence.

Parce qu’au fond, dans ce sport, tout commence… par le sol.

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