Elle venait à Bruxelles « pour vivre l’expérience ». Vendredi après-midi, Kristen Vanderveen a surtout fait vivre une drôle d’expérience aux huit autres barragistes de la dernière qualificative pour le Grand Prix Rolex 5* de dimanche. Avec Bull Run’s Jireh, l’Américaine a signé un barrage en 35’’02, reléguant Cian O’Connor à plus de deux secondes. Pour une première au Brussels Stephex Masters, on a connu entrées en matière plus discrètes.

Deux secondes. Dans un barrage 5*. Voilà.
Il y avait 56 couples au départ de la Grand Place Arena. Une épreuve à 1,55 m présentée par STX Finance, des points à aller chercher pour la qualification au Rolex Grand Prix de dimanche et, forcément, quelques garçons et filles assez pressés.
Neuf couples trouvent la sortie du premier tour sans toucher une barre et dans le temps.
Puis vient le barrage.

Cian O’Connor pose d’abord une vraie référence avec Kentucky TN. L’Irlandais ne traîne pas en route, garde tout debout et coupe les cellules en 37’’33. À ce moment-là, le chrono ressemble franchement à quelque chose.
Kristen Vanderveen regarde.
Kristen Vanderveen entre en piste.
Kristen Vanderveen met 2’’31 à Cian O’Connor.
35’’02.
À ce niveau-là, ce n’est plus vraiment un écart. C’est une correspondance ratée.

Richard Vogel tente de recoller avec Gangster Montdesir. Double sans-faute lui aussi, en 37’’83. Troisième. Très propre. Très rapide.

Mais vendredi, « très rapide » ne suffisait manifestement pas.
Cian avait couru. Alors Kristen a couru plus vite.
L’Américaine n’était pas venue au barrage pour collectionner les points de qualification en faisant ses comptes à la sortie.
Son plan était beaucoup plus simple : gagner.
Et avoir Cian O’Connor juste avant elle lui a rendu un fier service.
« Pouvoir voir Cian passer avant moi, c’était vraiment super. Il avait l’air d’être allé vraiment très vite. », raconte-t-elle.
Traduction libre : le garçon n’avait pas fait semblant.

Alors Vanderveen n’a pas fait semblant non plus.
Avec Bull Run’s Jireh, elle sait qu’elle possède un cheval capable d’attaquer les combinaisons là où beaucoup préfèrent remettre une demi-foulée de sécurité. Elle le décrit elle-même comme un « combination specialist », un cheval suffisamment intelligent et réactif pour arriver très fort dans les difficultés sans perdre le fil.
Sur la ligne intérieure vers la combinaison, elle choisit sept foulées. Puis remet du gaz vers le dernier.
Beaucoup de gaz.
« L’abord du dernier était plus rapide que ce que j’aime faire habituellement, mais Cian avait lui aussi accéléré vers le dernier, alors je me suis dit qu’aujourd’hui, il fallait jouer le jeu. »

Game on, effectivement.
O’Connor avait ouvert la porte.
Vanderveen est passée avec le cheval, la selle et probablement une partie de l’écurie.
Jireh n’a pas peur de la lumière
Il faut dire que Bull Run’s Jireh n’a pas exactement le profil du cheval qui demande qu’on baisse la musique avant d’entrer en piste.
Le hongre de 12 ans par Uriko aime le public, l’espace et les grandes pistes. Et sa cavalière le connaît par cœur : Vanderveen l’accompagne depuis la fin de son année de 7 ans et a vécu avec lui pratiquement toute sa construction vers le haut niveau.
« C’est une sorte de superstar», dit-elle.
Puis, surtout :
« C’est un showman. Aucune ambiance ne le fait reculer. Sur cette grande piste en herbe, j’ai vraiment l’impression qu’il aime se montrer. »
Un cheval qui aime faire le malin sur une grande piste en herbe.
Vendredi, Bruxelles lui a fourni la scène.
Jireh s’est occupé du spectacle.

Petronella Andersson a pris un abonnement
Derrière le numéro américain, certains continuent tranquillement de faire leur semaine.
À commencer par Petronella Andersson et Odina Van Klapscheut.

Déjà dans le Top 5 d’une épreuve CSI5* jeudi, la Suédoise remet exactement ça vendredi. Double sans-faute, 38’’60, quatrième place.
Deux jours de 5*, deux Top 5 avec Odina.
À ce rythme-là, autant lui laisser une place directement à la remise des prix.
Vernaet empêche le Top 5 de parler uniquement avec un accent étranger
Et les Belges dans tout ça ?
Frederic Vernaet s’est chargé de glisser un peu de noir-jaune-rouge au milieu du classement avec Orak d’Hamwyck T&L.

Lui aussi signe un double sans-faute. Moins pressé que Vanderveen — comme à peu près toute la planète vendredi soir — mais suffisamment efficace pour arrêter le chrono à 40’’17 et prendre la cinquième place.
Derrière, Harrie Smolders et Monaco terminent sixièmes.
Daniel Deusser, Giampiero Garofalo et Pieter Devos faisaient également partie des neuf couples qualifiés pour le barrage.
Pas de Marseillaise, pas de Brabançonne. Vendredi soir, la Grand Place Arena avait donc pris un léger accent américain.
Première tournée européenne, première grosse pancarte
Et c’est peut-être là que l’histoire devient encore meilleure.
Kristen Vanderveen découvre Bruxelles.
Mieux : elle effectue sa première tournée européenne.
L’Américaine explique qu’elle était venue au Brussels Stephex Masters presque par curiosité. Elle avait entendu parler du concours, voulait voir ce que tout le monde trouvait de si particulier à l’endroit et profiter de l’expérience.

« Je suis vraiment venue au Brussels Stephex Masters simplement pour vivre l’expérience. »
C’était le projet.
Entre-temps, elle a gagné une qualificative 5* en mettant plus de deux secondes à Cian O’Connor.
L’expérience se passe plutôt bien.
Même la météo belge, qui a fait son possible pour lui offrir le package touristique complet, n’a pas refroidi l’Américaine. Vanderveen souligne le travail réalisé par l’organisation pour maintenir la piste et les installations au niveau malgré les conditions compliquées.
Et cette victoire ?
« The cherry on top. »
Une petite cerise de 35’’02.
Et maintenant, Jireh dimanche ?
Évidemment, une fois le barrage expédié de cette manière, une question s’impose : Bull Run’s Jireh sera-t-il le cheval de Kristen Vanderveen pour le Grand Prix dimanche ?
Probablement…
Les résultats complets de l’épreuve ici

So Horse avec BSM (photos ©Brussels Stephex Masters)

