Para-dressage : à Aix, les Belges n’ont pas gagné de médaille. Ils ont peut-être gagné mieux

Publié par Sébastien Boulanger le 26/08/2026

Ils n’étaient pas venus à Aix-la-Chapelle avec une pancarte « médaille ou rien » autour du cou. Avec deux jeunes chevaux, des couples encore en construction et deux cavalières découvrant un Mondial, la Belgique savait que le miracle n’était pas vraiment au programme. Elle repart neuvième, sans médaille et sans ticket direct pour Los Angeles 2028. Mais avec beaucoup plus de certitudes qu’en arrivant. Et parfois, un championnat sert aussi à ça.

Pas de miracle, et ce n’était pas vraiment le sujet

Il y a deux façons de lire un classement. La première consiste à descendre la colonne jusqu’au petit drapeau belge, constater une neuvième place et refermer la page. Merci, au revoir, à dans deux ans.

La seconde demande un peu plus de temps.

Parce que cette équipe belge de para-dressage débarquée à Aix-la-Chapelle n’avait rien d’une machine de guerre programmée depuis quatre ans pour ramener une breloque. Barbara Minneci présentait Freiherr von Nymphenburg, une monture avec laquelle elle n’en était qu’à ses premières sorties internationales. Emma Vercammen, 18 ans, découvrait les Championnats du monde avec Odin, sept ans. Francesca Vanhoeck vivait elle aussi son premier Mondial avec le jeune Fastlane van ’t Beekhof. Et Kevin Van Ham avait, lui, ressorti Eros van Ons Heem, son vieux complice, pour apporter un peu de stabilité au milieu de tout ce petit monde.

Sur le papier, donc, on pouvait rêver. Mais il valait mieux éviter de commander les médailles avant le dessert.

Et pourtant, la Belgique n’est pas passée si loin de réussir un énorme coup.

Neuvième. Et une place qui compte

Les chiffres racontent une partie de l’histoire.

En Grade III, Barbara Minneci et Freiherr ont commencé par un 70,267 % et une 11e place dans le Grand Prix A, avant de signer 69,667 % et une 12e place dans l’épreuve comptant pour le classement par équipes.

Emma Vercammen et Odin ont fait le chemin inverse : 66,167 % pour leur entrée dans le grand bain, puis une nette progression avec 69,400 %, nouveau record personnel, dans le Grand Prix B.

En Grade V, Kevin Van Ham et Eros ont affiché la régularité attendue des anciens : 69,436 % et une 11e place, puis 68,816 % et une 10e place dans l’épreuve par équipes. Francesca Vanhoeck et Fastlane avaient très joliment commencé avec 69,282 % et une 12e place, avant que la tension ne s’invite davantage dans la seconde reprise : 64,000 %.

Au classement final, la Belgique termine neuvième. Les États-Unis sont champions du monde devant l’Allemagne et les Pays-Bas. Et surtout, les sept meilleures nations hors États-Unis, déjà qualifiés comme pays hôte, décrochent leur billet pour les Jeux Paralympiques de Los Angeles.

La Belgique reste donc sur le quai. À une place du dernier ticket.

Frustrant ? Évidemment.

Catastrophique ? Pas vraiment.

Eros, le vieux monsieur qu’on avait rappelé au bureau

Pour comprendre la logique belge de ces Mondiaux, le cas de Kevin Van Ham résume presque tout.

Eros van Ons Heem n’avait plus disputé de compétition depuis les Jeux Paralympiques de Paris 2024. Ensuite ? Une année plus tranquille. Des prés, du travail léger, beaucoup moins de pression. À 17 ans, le bonhomme avait gagné le droit de lever le pied.

Sauf que la Belgique avait besoin d’un point d’ancrage.

« Il fallait qu’il soit prêt cette année pour avoir une combinaison stable dans l’équipe, parce qu’on a de jeunes cavaliers, de jeunes chevaux et de nouvelles combinaisons », explique Kevin.

Alors Eros est revenu.

Pas pour jouer les sauveurs de la nation. Simplement pour faire ce qu’il sait faire depuis des années : entrer, dérouler, rassurer tout le monde et ressortir sans avoir mis le feu à la maison.

« Je suis super heureux de tout ce qu’on a fait. On a essayé de donner le meilleur pour l’équipe. Je suis vraiment content des performances avec Eros. »

Mission remplie.

Et pour Kevin, la suite pourrait justement s’écrire sans lui. Ou, plus précisément, avec la génération suivante. Son programme va désormais consister à chercher et développer de jeunes chevaux susceptibles de prendre le relais.

Avec une date encerclée quelque part dans un coin de la tête : Los Angeles 2028.

Chez Barbara, un Mondial comme troisième concours

Barbara Minneci pourrait presque présenter ses excuses en racontant son programme de préparation.

Freiherr von Nymphenburg ? À peine quelques compétitions ensemble avant de débarquer… aux Championnats du monde.

On a connu mise en jambes plus discrète.

« C’est triste à dire, mais un championnat du monde comme préparation… », sourit-elle.

Le résultat brut est pourtant presque secondaire. Car Barbara cherchait surtout une réponse à une question essentielle : que fait Freiherr lorsque le décor devient énorme ?

Réponse : pas grand-chose. Et c’est précisément une excellente nouvelle.

« Je n’aurais pas pu rêver mieux. Il a vraiment un comportement exemplaire en concours. Il ne regarde rien, c’est un vrai guerrier. C’est assez facile de le monter parce que c’est comme à la maison. »

La technique, elle, devra encore être peaufinée cet hiver. Barbara ne s’en cache pas : le couple n’était pas prêt à 100 %. Mais en para-dressage, particulièrement dans les grades correspondant aux handicaps les plus importants, le mental du cheval pèse très lourd.

« Il faut qu’il ait envie de le faire », résume-t-elle.

Et celui-là, manifestement, a envie.

Un cheval pour rassurer l’autre

Le para-dressage possède d’ailleurs quelques particularités que le grand public découvre souvent au détour d’un championnat.

Barbara évolue en Grade III et peut notamment utiliser ce qu’on appelle un friendly horse, ou companion horse.

Le principe ? Un second cheval peut entrer dans l’arène et rester dans un coin pendant la reprise. Pas pour donner les réponses, évidemment. Simplement pour rassurer le cheval qui concourt.

« Dans les grades de handicap plus lourds, donc I, II et III, on peut avoir un friendly horse. Cela permet au cheval qui concourt de ne pas se retrouver tout seul dans la piste et d’être plus à son aise. »

Pour un cavalier disposant de moins de possibilités physiques pour gérer une montée de stress, le détail est loin d’être folklorique.

Barbara utilise volontiers cette possibilité. Ses chevaux vivent au pré, sont habitués à leurs congénères et, comme elle le dit joliment, « ont gardé leur instinct de cheval ».

Bref, ils préfèrent les copains à la solitude existentielle au milieu d’un rectangle de dressage.

Et lorsque Barbara n’a pas l’un de ses propres chevaux disponible pour accompagner l’autre, l’entraide internationale peut jouer. Un cheval italien, Leonardo, a notamment régulièrement tenu ce rôle.

Comme quoi, même aux Championnats du monde, on peut être adversaires à 14h12 et baby-sitter à 14h25.

Kevin, lecteur officiel en français

Il y a une autre particularité chez Barbara.

Pendant certaines reprises, quelqu’un lui lit le texte de l’épreuve. Il s’agit d’une aide compensatoire, accordée notamment lorsque le handicap entraîne des problèmes de mémoire. Elle doit être demandée et justifiée médicalement.

Et le lecteur attitré de Barbara n’est autre que… Kevin Van Ham.

Petit problème : Kevin ne parle pas français.

Petit détail : il lit apparemment les reprises avec un accent suffisamment convaincant pour avoir trompé quelques Français.

« Toute l’équipe de France a cru qu’il parlait parfaitement français. Ils lui parlent en français, lui ne comprend rien », rigole Barbara.

Derrière l’anecdote se cache quelque chose d’un peu plus profond sur cette équipe belge.

Kevin et Barbara en sont désormais les anciens. Les « OGs », comme dit Kevin. Ils ont traversé suffisamment de championnats ensemble pour que la relation dépasse depuis longtemps le simple polo rouge et la photo d’équipe.

« On a développé une vraie amitié », explique Barbara.

Autour d’eux arrivent désormais Emma et Francesca, avec leurs jeunes chevaux, leurs premières fois et forcément quelques nœuds dans l’estomac.

À Aix, la transmission a peut-être été aussi importante que les pourcentages.

Emma et Francesca ont pris le grand bain

Pour Emma Vercammen, ce Mondial avait tout d’une découverte accélérée.

À 18 ans, avec Odin, sept ans, elle arrivait pour la première fois sur une scène pareille. Lors de la familiarisation déjà, son entraîneur prenait le temps de montrer l’environnement au cheval avant qu’Emma ne monte, afin qu’elle puisse conserver un maximum d’énergie.

Le premier jour fut logiquement plus compliqué. Mais la réponse apportée ensuite est probablement ce qu’il faut retenir : 69,400 % dans l’épreuve par équipes, son meilleur score personnel.

Francesca Vanhoeck a connu une trajectoire un peu plus cabossée.

Son 69,282 % du premier jour avec Fastlane avait confirmé les qualités du couple. Le lendemain, l’environnement d’Aix s’est davantage rappelé au jeune cheval.

« Il y avait un peu de tension, et c’est quelque chose que je vais devoir apprendre à mieux gérer à l’avenir », reconnaissait-elle après son passage.

Pas question pourtant de jeter le bébé, l’eau du bain et la selle de dressage avec.

Fastlane partage sa vie depuis trois ans et Francesca parle d’un cheval au « caractère en or », sur lequel elle a toujours pu compter.

Aix lui a simplement rappelé qu’un Mondial est aussi fait pour montrer les endroits où le travail doit commencer.

Maintenant, il faut construire Los Angeles

C’est finalement là que commence la vraie histoire de cette équipe.

Aix représentait une première occasion de se qualifier directement pour les Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028. Elle est passée à une place.

Il faudra donc remettre l’ouvrage sur le métier.

Les prochains mois serviront à développer les chevaux, solidifier les nouvelles combinaisons et transformer ce qui était encore expérimental en véritable projet sportif. Les Championnats d’Europe 2027 de dressage et para-dressage à Randbøl, au Danemark, constitueront notamment une nouvelle étape majeure du parcours de qualification vers LA. La FEI a explicitement confirmé que ces Européens permettront aux nations encore non qualifiées de viser des quotas paralympiques.

Barbara sait déjà à quoi ressemblera son hiver : acquérir les exercices qui manquent encore avec Freiherr. Kevin, lui, regarde vers les jeunes chevaux capables de prendre la relève d’Eros.

Emma et Francesca ont désormais quelque chose qu’aucun entraînement à la maison ne peut fabriquer : elles savent à quoi ressemble un Championnat du monde depuis l’intérieur.

Et ça, mine de rien, ça compte.

La Belgique est rentrée d’Aix sans médaille et sans billet pour Los Angeles.

Mais elle est aussi rentrée avec un jeune cheval qui a montré un mental d’acier, une cavalière de 18 ans qui a battu son record personnel au moment de compter pour l’équipe, une nouvelle combinaison de Grade V qui sait désormais exactement ce qu’elle doit travailler, et un vieux Eros revenu de sa semi-retraite pour tenir la baraque pendant que la génération suivante apprend le métier.

On a déjà vu des bilans plus inquiétants.

À Aix, la Belgique n’était peut-être pas encore prête à gagner. Mais elle a commencé à comprendre comment elle pourrait l’être.

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