L’Allemagne quatre fers devant, la Belgique au bout du bout du suspense

Publié par Sébastien Boulanger le 22/08/2026

L’Allemagne n’a laissé que des miettes. À domicile, la Mannschaft a dominé ce Championnat du monde de jumping de la tête, des épaules et des quatre fers, avant de conclure par une finale sans la moindre barre à terre. Derrière, en revanche, Aix-la-Chapelle a viré au grand huit. Longtemps ballotée après les 8 points de Nicola Philippaerts puis les 4 de Pieter Devos, la Belgique a sorti deux sans-faute sous pression grâce à Thibeau Spits et Abdel Saïd pour aller chercher l’argent. Avec, il est vrai, un petit coup de main des barres adverses.

Quatre Allemands, zéro barre

Il y avait l’Allemagne. Et puis il y avait le reste du monde.

Depuis le début de la semaine, la Mannschaft avait pris l’habitude de regarder tout le monde depuis le haut du classement. Vendredi soir, devant 40 000 personnes massées autour de l’Allianz Park, elle n’a pas franchement décidé de changer ses habitudes.

Au départ de cette finale par équipes, les Allemands possédaient un peu plus d’un point d’avance sur les États-Unis. Pas de quoi dormir sur ses deux oreilles. Derrière, l’Italie et la Belgique partageaient la troisième place et la Grande-Bretagne rôdait un peu plus loin.

Bref, sur le papier, tout restait ouvert.

Sur le papier seulement.

Marcus Ehning et Coolio 42 lancent la soirée allemande avec un sans-faute. Sophie Hinners et Iron Dames Singclair gardent également toutes les barres sur les taquets, ne concédant qu’un point de temps.

Puis arrive Daniel Deusser.

Avec Otello de Guldenboom, le Belge d’adoption mais qui reste bien Allemand tout de même, sait exactement ce qu’il lui reste à faire. Le couple possède même une barre d’avance. Dans un stade soudainement devenu beaucoup moins bruyant, pour ne pas dire completement muet, une touchette fait retenir son souffle à 40 000 personnes.

La barre tremble.

Mais reste là.

Deusser franchit la ligne sans pénalité et l’affaire est pliée : l’Allemagne est championne du monde à domicile.

Richard Vogel et United Touch S peuvent alors conclure la soirée pour le plaisir. Sous une pluie devenue franchement insistante et sur un terrain plus glissant, ils ne mettent eux non plus aucune barre au sol, concédant seulement deux points de temps, qui deviendront le score écarté.

Bilan : 4,48 points pour l’Allemagne, soit seulement un point ajouté à son total initial.

Quatre cavaliers. Aucune barre à terre.

médaille. Or. Rideau. Pardon, « vorhang ».

Aix en mode machine à laver

Si l’or n’a finalement pas donné lieu à un suspense insoutenable, derrière les Allemands, en revanche, il fallait avoir le cœur bien accroché.

Et éventuellement présenter ses excuses au responsable du tableau d’affichage.

Parce que pendant quelques heures, le classement a ressemblé à une machine à laver lancée en programme essorage.

Vas-y que celui-là glisse. Vas-y que celui-ci remonte. Deux chevaux plus tard, on reprend tout et on recommence dans l’autre sens.

Les dix équipes qualifiées pour cette finale étaient encore séparées par moins de trois points avant le début de la soirée. Et avec sept billets pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 à distribuer (les États-Unis étant déjà qualifiés en tant que pays hôte) chaque barre pesait un peu plus lourd que d’habitude.

Le parcours dessiné par Frank Rothenberger n’avait d’ailleurs rien d’une promenade sous les projecteurs. Verticalité, double, triple, rivière ouverte et un temps accordé de 87 secondes : il fallait sauter, mais aussi rester lucide.

Puis la pluie s’est invitée.

La fatigue aussi.

Et les barres ont commencé à tomber.

Pour la Belgique, ça commence par 8 puis 4

La Belgique avait commencé la soirée dans le match pour les médailles.

Elle s’est rapidement compliqué la tâche toute seule.

Premier à s’élancer, Nicola Philippaerts laisse deux barres au sol avec Katanga van het Dingeshof.

Huit points.

Pas rédhibitoire. Mais lorsqu’on dispute une finale mondiale où trois points peuvent faire traverser la moitié du classement, disons que ce n’est pas exactement le début de soirée commandé.

« Ce sont les Championnats du monde et on a quand même reçu la médaille d’argent. Je crois que c’est fantastique et c’est un grand effort de toute l’équipe », expliquera Philippaerts après coup.

Lui ne cherche d’ailleurs pas à maquiller son passage.

« J’ai eu deux erreurs, mais Katangaa très bien sauté. Je pense qu’on peut être très contents avec cette médaille. »

Pieter Devos prend ensuite le relais avec Casual DV Z.

Et là encore, une barre tombe.

Quatre points.

Sauf que Devos ne laisse pas cette faute précoce contaminer le reste de son parcours. Là où beaucoup auraient pu commencer à monter avec le frein à main, le Belge remet les choses dans l’ordre et ne concède plus rien.

« J’avais une petite faute au début qui ne donnait pas trop envie pour faire le tour, avec toutes les parties difficiles qui devaient encore venir. Mais j’ai vraiment regardé tout le truc ensemble et j’ai gardé le reste du parcours sans faute », explique-t-il.

Après deux cavaliers, le constat est simple.

La Belgique est toujours dans le coup.

Mais désormais, elle n’a plus vraiment le droit de se rater.

Spits remet une pièce dans la machine

C’est donc à Thibeau Spits et Impress-K van’t Kattenheye Z de remettre les Belges dans le bon sens.

Pas exactement le genre de situation où l’on entre en piste en se demandant ce qu’il y aura au buffet après l’épreuve.

Spits doit faire zéro. Il fait zéro.

Le parcours est fluide, maîtrisé, avec simplement une petite touchette qui rappelle que, oui, même les très bons ont parfois besoin que la barre décide de collaborer.

« Sur le triple, à l’entrée du double, j’étais un peu surpris d’avoir une petite touchette. Mais pour le reste, dès le tout début, il m’a donné un sentiment incroyable », nous raconte-t-il.

Et le Belge sait à qui il doit ce moment.

« C’est un cheval exceptionnel. Si j’ai une faute, c’est à cause de moi. Normalement, ce n’est pas à cause de lui. »

Surtout, Spits voulait effacer sa faute de la veille et apporter quelque chose à une équipe qui en avait sacrément besoin.

« J’avais vraiment le sentiment que je voulais donner quelque chose pour l’équipe. J’avais une erreur hier que je ne voulais pas aujourd’hui. Et j’ai fait ça. »

Un sans-faute.

La Belgique est toujours là.

Et autour d’elle, ça commence sérieusement à tomber.

Tout le monde commence à rendre des points

Les États-Unis, deuxièmes au début de la soirée, prennent quatre points avec Laura Kraut et Baloutinue avant de voir Katherine Dinan abandonner avec Out of the Blue SCF.

La porte s’entrouvre.

La France, elle, voit ses ambitions de podium s’évaporer après les deux fautes de Julien Épaillard et Fringan de Vesquerie.

Pendant ce temps, les Britanniques font exactement ce qu’il faut.

Harry Charles et LT Holst Freda : sans-faute.

Ben Maher et Point Break : sans-faute.

Malgré les 15 points d’Adrian Whiteway et Chacco Volo, destinés à devenir le score écarté, la Grande-Bretagne tient alors l’argent.

Et il lui reste Scott Brash.

Autrement dit, pas précisément le premier venu.

Le Britannique arrive même en tête du classement individuel avec Hello Mango.

Puis vient le premier oxer.

Et la barre tombe.

Quatre points.

Quatre petits points qui font un bruit énorme dans le classement.

Brash glisse. La Grande-Bretagne aussi.

Et tout à coup, la Belgique n’a plus seulement une médaille à défendre.

Elle peut aller chercher l’argent. À une condition.

Abdel Saïd doit faire sans-faute.

Abdel, maintenant, c’est à toi

Voilà donc Abdel Saïd et Wathnan Quaker Brimbelles Z dans le paddock avec une équation particulièrement simple.

Zéro = argent.

Une barre, c’est le bronze. Deux, les mouchoirs

Quelques minutes auparavant, Piergiorgio Bucci et Hantano ont signé le sans-faute qui assure également à l’Italie son billet olympique.

Puis Saïd entre en piste. Sous les lumières. Sur l’herbe. Sous la pluie.

Avec une médaille mondiale au bout de chaque foulée. Hitchcock aurait pu aller se rabiller niveau mise en scene et suspense.

Abdel ne touche à rien.

Sans-faute.

La Belgique est vice-championne du monde.

« C’est encore un peu irréel, pour être honnête », souffle-t-il quelques minutes plus tard. « Avoir une médaille d’argent avec l’équipe belge à Aix-la-Chapelle, c’est quelque chose d’incroyable, dont on rêve quand on est enfant. »

Le parcours belge jusqu’à cette médaille n’aura effectivement rien eu d’une ligne droite.

« On a eu des hauts et des bas. Ce n’était pas un long fleuve tranquille. Avant d’entrer, je me suis dit : “OK, maintenant il faut faire le boulot.” Et mon cheval a vraiment été là pour moi. Il m’a rendu le travail beaucoup plus facile. »

Quaker Brimbelles Z découvrait pourtant un contexte d’une violence sportive assez particulière.

« Il n’avait jamais été dans une situation comme celle-ci : sous les lumières, sur l’herbe, avec cette pression. Et il a simplement sauté son parcours et fait son travail. Sa plus grande qualité, c’est probablement son mental. »

Le cavalier, lui, avait également remarqué les nombreux drapeaux noir-jaune-rouge dans les tribunes.

« Les gens étaient là sous la pluie pour nous soutenir. Je ne voulais pas décevoir mes coéquipiers, le pays. Je suis très fier d’être ici. »

Il ne les a pas déçus.

Deux sans-faute qui valent de l’argent

Cette médaille belge n’est donc pas tombée du ciel.

Oui, les fautes adverses ont été indispensables pour transformer une soirée compliquée en médaille d’argent.

Oui, Scott Brash a choisi un moment particulièrement peu opportun pour laisser tomber quatre points.

Oui, les Américains et les Français ont également participé au grand chambardement du classement.

Mais encore fallait-il en profiter.

Après les 8 points de Philippaerts et les 4 de Devos, Thibeau Spits et Abdel Saïd n’avaient quasiment plus aucun joker.

Ils ont tous les deux fait sans-faute.

Sous pression.

Dans une finale mondiale.

C’est précisément là que l’argent s’est gagné.

« Maintenant, on a vraiment montré que nous sommes une équipe », résume Spits. « Les gens qui n’étaient peut-être pas top hier étaient top aujourd’hui. Et Abdel a fait quelque chose d’incroyable. Gagner la médaille d’argent ici, ce n’est pas normal. »

Pour le jeune Belge, la collection commence d’ailleurs à devenir sérieuse.

« J’ai fait maintenant deux championnats seniors, deux fois médaille : une fois médaille d’or au Championnat d’Europe, maintenant médaille d’argent ici à Aix. Ça va devenir difficile de faire beaucoup mieux, je pense. ». Et ne parle pas de ses titres chez les jeunes…

Et puis, à 25 ans, il peut peut-être éviter de tirer des conclusions définitives tout de suite.

L’argent et Los Angeles avec

Cette deuxième place offre surtout à la Belgique son meilleur résultat par équipes dans l’histoire des Championnats du monde de jumping.

Et elle s’accompagne d’un autre cadeau qui, lui, était l’objectif annoncé avant même de parler de podium : la qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.

Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Suisse, Irlande et France décrochent les sept places distribuées à Aix.

Pour les Belges, mission accomplie et même largement dépassée.

« Honnêtement, on est venus pour ça », reconnaît Pieter Devos. « Maintenant, la médaille de vice-champion du monde, je dois dire que c’est que du bonus. Mais avec une équipe comme ça, on mérite aussi d’avoir une médaille. »

Devos peut d’ailleurs regarder le chemin parcouru avec une certaine satisfaction.

Champion d’Europe par équipes. Médaillé olympique. Désormais vice-champion du monde.

« Avec l’équipe, je suis très fier. Les cinq médailles qu’on a eues avec l’équipe, j’étais cinq fois dedans. Ça donne encore envie d’aller un peu plus loin. »

Los Angeles est encore loin.

Mais le billet est déjà dans la poche.

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