Un sans-faute pour commencer, huit points pour trembler, quatre sur le dernier pour enrager et, enfin, Abdel Saïd pour remettre tout le monde dans le bon sens. La deuxième journée des Mondiaux de jumping à Aix-la-Chapelle a offert à la Belgique un petit concentré de sport par équipes : des hauts, des bas et beaucoup de nerfs. Malgré les accrocs, les Belges glissent troisièmes ex æquo avec l’Italie, derrière une Allemagne impeccable et les États-Unis. Vendredi soir, sous les projecteurs de la Soers, les compteurs ne seront pas remis à zéro. Mais presque.
L’Allemagne fait du travail allemand

Il y a des jours où le cliché vient tout seul.
Marcus Ehning, Sophie Hinners, Daniel Deusser, Richard Vogel. Quatre cavaliers allemands, quatre parcours sans faute. Propre, net, sans discussion. L’Allemagne avait commencé cette deuxième épreuve en tête, elle l’a terminée exactement au même endroit, sans ajouter le moindre point à son total de 3,48.

Même Richard Vogel, qui avait laissé quelques plumes dans l’épreuve de vitesse de mercredi, a remis United Touch S dans le sens de la marche. Et comme Aix-la-Chapelle aime autant les chevaux que les mises en scène, la Soers lui a même offert Die Sonne geht auf, son morceau préféré, pour accompagner la résurrection.
Derrière, les États-Unis restent à portée avec 4,85 points. Puis viennent la Belgique et l’Italie, troisièmes ex æquo à 7,69. Autrement dit : une barre sépare quasiment tout le monde, et vendredi soir, elle risque de coûter le prix d’un lingot.
Nicola lance la Belgique sur du velours
Côté belge, la journée avait pourtant commencé comme dans un catalogue.
Nicola Philippaerts signe le sans-faute qu’il fallait. Pas de bruit inutile, pas de calcul savant : les barres restent où Frank Rothenberger les avait posées.

Sur un parcours de 13 obstacles et 16 efforts, avec le premier triple de la semaine et 84 secondes accordées, ce n’était pourtant pas exactement la promenade digestive. Quarante-neuf couples seulement sortiront sans faute d’une épreuve où les erreurs, parfois minuscules, ont rapidement transformé les classements.
Puis arrive Pieter Devos.
Et là, le scénario change de genre.
Deux fautes. Huit points. Le genre de score qui, dans un championnat aussi serré, fait subitement apparaître la calculatrice dans toutes les poches du staff belge.

Devos ne cherche d’ailleurs aucune excuse.
« Mon résultat n’était pas assez bon, c’est très facile. Hier, j’avais très bien commencé. Aujourd’hui, je trouvais que mon cheval sautait bien, mais j’ai deux fautes, donc ce n’est pas bon. »
Un jour n’est pas l’autre. Aux Mondiaux encore moins.
Thibeau Spits, le parcours « un peu trop joli »

Thibeau Spits remet ensuite la Belgique sur les rails. Et pendant presque tout son parcours, on commence même à se dire que la petite alerte Devos va rapidement être classée dans le dossier des incidents sans conséquence.
Le tour est fluide. Peut-être même trop.

Spits le reconnaîtra après coup : il a eu le sentiment d’avoir déroulé quelque chose d’un peu trop facile, presque trop confortable.
« Un parcours un peu trop joli », nous confie-t-il.
Et à Aix, quand tout paraît trop joli, il reste généralement un obstacle pour rappeler que le jumping n’a jamais signé de contrat avec la poésie.
Cette fois, c’est le dernier.

Une barre.
Quatre points.
Le sans-faute s’envole à quelques mètres de la sortie. La facilité se paie cash.
Abdel Saïd résumera parfaitement l’affaire quelques minutes plus tard : « Thibaut a été vraiment malchanceux de faire tomber le dernier. C’était dur pour nous. »
Surtout parce qu’après les huit points de Devos, la Belgique n’avait plus vraiment envie de distribuer les cadeaux.
Abdel Saïd, dernier homme debout
Il fallait donc un sans-faute.
Pas un joli tour. Pas un « presque ». Pas une barre malchanceuse accompagnée d’un haussement d’épaules.
Un zéro.

Abdel Saïd entre alors dans la Soers avec Quaker.
Et livre exactement ça.
Sous pression, en dernier homme de l’équipe, Saïd sort le parcours parfait et maintient la Belgique dans la course aux médailles.
« C’est notre sport. C’est très, très facile de faire tomber une barre. Nicola a fait un parcours incroyable. Pieter a été un peu malchanceux, avec un bon tour aussi. Mais les points s’additionnent très vite. On avait besoin du sans-faute et mon cheval a répondu présent aujourd’hui. Je suis très heureux pour nous et pour la Belgique. »
Quaker, lui, semble avoir décidé qu’Aix était son jardin.

« Il adore cette piste. Déjà il y a deux ans, alors qu’il était encore vert, il avait très bien sauté ici dans le Prix d’Europe. Il grandit dans cette arène, il aime l’atmosphère. »
Bonne nouvelle : vendredi soir, de l’atmosphère, il va en avoir.

Epaillard découvre la loi d’Aix
Parce que cette deuxième journée a aussi rappelé une règle essentielle des championnats : le classement d’hier est une information, pas une assurance-vie.
Julien Epaillard en a fait l’expérience grandeur nature.

Leader individuel mercredi après l’épreuve de vitesse avec Fringan de Vesquerie, le Français a vécu le trajet inverse de ceux qui avaient besoin de se refaire une santé. Deux barres jeudi, huit points et une chute brutale jusqu’à la 64e place. De patron provisoire du Mondial à hors du Top 60 en l’espace d’un parcours.
Voilà pour la stabilité.
À l’inverse, Richard Vogel, en difficulté la veille avec United Touch S, a remis les pendules à l’heure avec un sans-faute qui permet à l’Allemagne de conserver son total intact. C’est aussi ça, un championnat : aujourd’hui héros, demain comptable, après-demain peut-être champion.
Brash prend les clés, mais refuse de fermer la porte
Au classement individuel, le nouveau patron s’appelle Scott Brash.
Le Britannique et Hello Mango n’ont toujours quasiment rien donné à leurs adversaires : 0,80 point après deux journées. Derrière, ça se bouscule sérieusement. Sophie Hinners est à 0,84, Steve Guerdat et Daniel Deusser à 0,86. Ben Maher suit à 1,01.

En clair, entre Brash et ses poursuivants, il n’y a pas un fossé. À peine une rayure.
Le Britannique le sait : « Il reste encore beaucoup de chemin, beaucoup de parcours et beaucoup de gros tests. »
La médaille individuelle attendra dimanche. Avant cela, il faudra survivre à vendredi.
« Aujourd’hui, c’était moi. Demain, je prends ma revanche »
Et c’est peut-être Pieter Devos qui résume le mieux l’état d’esprit belge après cette drôle de journée.
Parce qu’une équipe, justement, sert aussi à ça.
« Parfois, c’est moi, une autre fois c’est quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, c’était moi qui n’étais pas assez bon. Donc je prends ma revanche demain. On se tient ensemble et on fait le maximum. »

Il insiste aussi sur le rôle d’Abdel Saïd, parti avec le poids du classement sur les épaules : « Abdel a fait un super job de partir en dernier comme ça, avec la pression. Il nous a gardés dans la course. »
Dans la course, c’est exactement là où se trouve la Belgique.
L’Allemagne mène avec 3,48 points. Les États-Unis suivent à 4,85. Belgique et Italie sont à 7,69. Derrière, Grande-Bretagne, France, Suède, Suisse, Danemark et Irlande ont également gagné leur billet pour la finale par équipes.
Vendredi, à 18h50, la Soers passera sous les projecteurs. Les dix dernières nations reviendront pour distribuer l’or, l’argent et le bronze.
Les Allemands ont quatre sans-faute dans les jambes. Les Américains sont à moins d’une barre. Les Italiens partagent la troisième marche virtuelle avec les Belges.
Et la Belgique ?
Elle a déjà utilisé son joker à huit points, laissé une barre sur le dernier et demandé à Abdel Saïd de sortir l’extincteur.
Elle est toujours troisième.
Ce qui, finalement, est plutôt une bonne nouvelle.
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