Les Red Musketeers ne seront pas les seuls à avoir un accent belge cette semaine à Aix-la-Chapelle. À quelques mètres du camp noir-jaune-rouge, François Mathy Jr vivra ses premiers Championnats du monde comme chef d’équipe de l’Espagne. Vingt-huit ans après avoir disputé les Jeux équestres mondiaux de Rome en selle, le Liégeois revient au Mondial avec un autre costume, celui de sélectionneur. Moins de barres à sauter, davantage de nerfs sur le kiss and cry. Et une mission qui regarde déjà beaucoup plus loin qu’Aix.
L’autre Belge d’Aix
Il y aura Emilie Conter, Abdel Saïd, Thibeau Spits, Pieter Devos et Nicola Philippaerts. Il y aura les vestes belges, les chevaux belges, le staff belge et tout ce qui accompagne les Red Musketeers lorsqu’ils débarquent dans un grand championnat.
Et puis il y aura l’autre Belge.
En rouge et jaune, mais sans noir lui. Pas vraiment sur la piste non plus.
Enfin, sur le pont, oui. Mais plutôt installé du côté du kiss and cry.
François Mathy Jr est désormais le chef d’équipe et sélectionneur de l’Espagne, fonction qu’il a prise en début d’année 2026. À Aix-la-Chapelle, le Belge va donc découvrir les Championnats du monde de l’autre côté de la barrière.
« J’aborde ces championnats comme un coach, pas comme un cavalier, comme un sélectionneur. »
La précision a son importance.
Parce que François Mathy Jr connaît déjà les Mondiaux. Et pas uniquement depuis le bord de piste.

Rome 1998, Aix 2026
Il faut rembobiner vingt-huit ans.
En 1998, les Jeux équestres mondiaux avaient posé leurs valises à Rome. François Mathy Jr y participait sous les couleurs belges, à une époque où Rodrigo Pessoa devenait champion du monde avec Lianos et où l’Allemagne s’emparait du titre par équipes.
Rome 1998, Aix 2026.
Même compétition, autre vie.
Cette fois, Mathy ne doit pas mémoriser ses distances ou préparer son cheval. Il doit choisir, observer, rassurer, décider. Et surtout construire une équipe espagnole qui n’est pas arrivée en Allemagne avec l’étiquette de favorite collée sur le camion.
Le simple fait d’amener cinq couples prêts pour Aix a d’ailleurs ressemblé à une première compétition.
« On a eu tout le processus pour arriver à avoir une équipe ici et ça a déjà été un long chemin. Ce n’est pas facile d’avoir des concours pour se préparer. »
Mathy raconte une bataille moins spectaculaire qu’un barrage à Aix, mais essentielle : trouver des Coupes des nations et des places dans les CSI permettant à ses cavaliers de prendre du métier.
Avec 31 nations engagées dans ces Mondiaux, tout le monde voulait peu ou prou la même chose.
Des parcours.
Et de préférence des gros.
L’Espagne vient apprendre. Mais pas visiter.
François Mathy ne vend pas de paella olympique avant d’avoir allumé le gaz.
Son équipe possède de bons cavaliers et des chevaux capables de sauter gros, mais plusieurs couples manquent encore de kilomètres au plus haut niveau.
« On a une équipe avec de très bons cavaliers, des chevaux qui tiennent la route et qui sont plutôt ici pour prendre de l’expérience parce que la plupart n’ont malheureusement que quelques concours 5 étoiles derrière eux. »
Aix-la-Chapelle comme école, donc.
Avec un programme scolaire légèrement violent.
Parce qu’ici, pas question de faire semblant. La piste est immense, l’environnement aussi et un Championnat du monde reste un Championnat du monde. Mathy a donc privilégié les couples capables de ne pas se liquéfier en entrant dans la Soers.
« On a vraiment amené les binômes qui étaient les plus prêts à sauter Aix-la-Chapelle. C’est quand même particulier de sauter ici. Il faut déjà des chevaux qui ne vont pas arriver et se faire petits. »
Traduction : il faut des moyens. Mais aussi un peu de coffre. Et du courage.
La sélection espagnole a dû être modifiée quelques semaines avant le championnat : Pilar Cordón, initialement retenue, a déclaré forfait après s’être cassé un bras. C’est Iván Serrano avec Rain Man qui la remplace.
Pas idéal pour préparer un Mondial. Mais pas de quoi changer le discours.
« Je pense qu’on est ici avec les meilleurs binômes disponibles, les paires les plus aptes à faire un bon résultat, j’espère. »

« C’est un concours comme un autre »
Celle-là, il faudra peut-être l’imprimer en grand dans l’écurie des espagnols.
Parce que François Mathy connaît Aix. Il l’a sauté.
Et il sait surtout qu’Aix n’est absolument pas un concours comme un autre.
C’est précisément pour cela qu’il répète à ses cavaliers que… c’est un concours comme un autre.
« Il y a aussi l’aspect un petit peu psychologique. Il faut les rassurer et éviter la pression inutile. »
Petit rire.
Personne n’est vraiment dupe.
Aix, c’est la porte dans le coin. Le lac. Les grandes galopades. Les tribunes qui donnent l’impression de descendre jusque dans la piste. Des obstacles qui prennent soudain une autre dimension et des chevaux qui peuvent comprendre en trois foulées qu’ils ne sont plus exactement dans le CSI du dimanche précédent.
C’est ici que l’expérience du cavalier Mathy rejoint celle du sélectionneur Mathy.
« Le fait d’avoir monté ici, d’avoir monté à un certain niveau, c’est un plus. »
Il ne se transforme pas pour autant en entraîneur personnel.
« Je ne vais pas chez eux leur donner des stages. Mais les concours qu’on a faits cette année m’ont permis de bien les connaître. Et c’est sûr que la partie technique, les aider au paddock, à la reconnaissance, au parcours, ça peut aider. »
Surtout lorsqu’il faut expliquer à un cavalier qui découvre Aix que oui, le double de verticaux.
Mais qu’il reste, techniquement, un obstacle comme un autre
Lisbonne pour commencer à y croire
La reconstruction espagnole n’a d’ailleurs pas attendu Aix pour montrer quelques signes encourageants.
En mai, l’Espagne de François Mathy a remporté la Coupe des nations du CSIO3* de Lisbonne après un barrage face à l’Afrique du Sud. La sélection composée de Pilar Cordón, Pello Elorduy, Kevin González de Zárate et Jesús Garmendia avait terminé les deux manches avec quatre points.
Mathy garde pourtant les pieds bien posés dans le sable, ou sur l’herbe, puisque Lisbonne se disputait justement sur gazon.
« On a gagné en effet à Lisbonne. Ça s’est très bien passé. On a aussi fait un podium à la demi-finale à Peelbergen.»
Il souligne surtout l’importance de ces circuits comme l’EEF Series pour fabriquer une équipe.
« C’est très utile pour les cavaliers, pour l’expérience, parce que c’est tout à fait différent de monter dans une Coupe des nations que de monter un concours individuel. »
Mais il ajoute immédiatement la petite astérisque du sélectionneur qui refuse de vendre du 1,50 m pour du 1,60 m.
« Ils sont tous sur le sable, on est dans des Coupes à 1,50 m et pas 1,60 m, donc ce n’est pas non plus comparable. »
Voilà pour le rappel avant de rentrer dans la grande piscine.

Aix aujourd’hui, Los Angeles demain
Car derrière ces Championnats du monde se cache déjà un autre sujet.
Los Angeles 2028.
L’Espagne veut retrouver les Jeux et Aix constitue une première étape sur cette route. Mathy ne cache pas que la qualification olympique est le véritable projet de fond.
« Oui, bien sûr. Ça, c’est vraiment le but. »
Mais le Belge regarde aussi plus loin que cette semaine. Dans son esprit, le rendez-vous majeur pour son groupe pourrait être le Championnat d’Europe 2027, organisé en Belgique.
Son calcul est simple : plus les nations européennes décrochent leur qualification olympique alors de ces Mondiaux, plus la porte pourra s’ouvrir pour les Espagnols lors du championnat d’Europe.
Et François Mathy a donc une requête assez particulière pour ses compatriotes.
Que la Belgique se qualifie à Aix.
Pour une fois, un sélectionneur espagnol pourra encourager franchement les Red Musketeers sans risquer l’incident diplomatique.
Top 7 ? Là, on signe
Alors, à quoi ressemblerait un Championnat du monde réussi pour l’Espagne ?
Mathy sourit.
« Ce serait un top 7. »
Puis il corrige presque immédiatement.
« Top 7, ce serait l’excellent résultat. »
Voilà pour le rêve.
Pour le contrat minimum, le discours est beaucoup plus raisonnable : des chevaux qui sautent bien, des cavaliers qui prennent de l’expérience et une équipe qui quitte Aix meilleure qu’elle n’y est arrivée.
« Ils savent bien qu’on n’est pas dans les favoris. Chacun vient évidemment ici pour essayer de faire du mieux possible. Il y a un très bon élan dans l’équipe, ils sont tous très motivés. »
Huit mois après avoir pris les commandes, Mathy semble en tout cas avoir trouvé goût au costume.
« Franchement, ça me plaît. J’aime bien le boulot, ça me permet d’apporter quelque chose. Il y a une bonne ambiance au sein des cavaliers et de la fédération et je trouve que c’est quelque chose qui me plaît et qui est productif. »
Vingt-huit ans après Rome, François Mathy Jr est donc revenu aux Mondiaux.
Cette fois, il ne sautera rien.
Lui sera coincé sur le kiss and cry. Sans cheval. Et probablement avec le cardio d’un barrage.



