Mondiaux 2030 : les Britanniques sortent les châteaux, la FEI sort les formulaires

Publié par Sébastien Boulanger le 27/10/2026

Les Championnats du monde 2026 à peine terminés, la bataille pour 2030 commence déjà. La Fédération équestre internationale a ouvert les manifestations d’intérêt, et les premiers prétendants sortent du bois. En Angleterre, deux monuments du concours complet, Burghley et Blenheim, affichent leurs ambitions. L’un veut renouer avec son histoire, l’autre rêve de voir beaucoup plus grand. Les médailles sont encore loin, mais la course à l’organisation est lancée.

Burghley, le vieux lion veut récupérer sa couronne

Entre les Championnats du monde et Burghley, il y a une histoire déjà. Et elle est solide.

Dans le Lincolnshire, le mythique rendez-vous du concours complet n’a pas exactement besoin de se présenter. C’est ici qu’ont été organisés les premiers Championnats du monde de la discipline, en 1966, puis ceux de 1974. Autant dire que le pedigree est plutôt costaud.

(© Eventing Burghley)

Et les organisateurs n’ont manifestement pas l’intention de laisser cette histoire prendre la poussière.

Selon les informations évoquées par nos confrères britanniques de Horse & Hound, Burghley envisage très sérieusement de présenter une candidature pour accueillir les Championnats du monde de concours complet en 2030. Son directeur, Martyn Johnson, a confirmé au média britannique que cette perspective était activement étudiée.

Après avoir tenté de décrocher les Mondiaux 2026, finalement attribués à Aix-la-Chapelle, Burghley entend donc revenir dans la course.

Le projet est assez limpide : s’appuyer sur un site historique, un public fidèle et un savoir-faire reconnu pour ramener les meilleurs complétistes de la planète sur les terres britanniques.

Pas de révolution annoncée. Pas de promesse de transformer le concours en parc d’attractions. Burghley veut surtout faire ce qu’il sait faire : du grand complet, dans un cadre qui connaît la musique.

Avec, derrière le projet, une ambition supplémentaire : profiter d’un éventuel championnat pour investir durablement dans les installations.

Blenheim, le château qui voit beaucoup plus grand

Blenheim
(©FEI/Lukasz Kowalski)

Mais dans l’Oxfordshire, un autre monument britannique nourrit des ambitions encore plus vastes.

Et celles-là ne manquent pas de panache.

Les organisateurs des Blenheim Horse Trials réfléchissent à un projet réunissant les sept disciplines de la FEI, avec la voltige délocalisée sur un site adapté.

Katrina Midgley, directrice du concours, détaille une vision particulièrement ambitieuse : une carrière tous temps installée dans la grande cour du palais pour le saut d’obstacles et le dressage, les installations du domaine pour le complet et l’attelage, et les immenses espaces verts pour l’endurance. La voltige pourrait prendre ses quartiers à Hartpury.

Sur le papier, le décor a de quoi séduire. Un palais inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, des hectares de verdure et une bonne dose de tradition britannique. En résumé, des championnats ambiance « Downton Abbey ».

(© FEI/Benjamin Clark)

Il ne manquerait presque que le thé entre deux épreuves.

Reste un petit détail : tout cela est encore au stade exploratoire. Le projet doit notamment obtenir les soutiens nécessaires, convaincre les instances britanniques et démontrer sa faisabilité financière.

Car entre imaginer une grande fête équestre et faire débarquer les meilleurs chevaux du monde, leurs équipes et leurs supporters, il y a quelques obstacles à franchir. Et ceux-là ne tombent pas pour quatre points.

Burghley contre Blenheim ? Pas si vite

On pourrait déjà imaginer une guerre des châteaux à l’anglaise.

Sauf que les principaux intéressés préfèrent calmer le jeu.

L’objectif serait avant tout de permettre au Royaume-Uni d’accueillir les Championnats du monde, sous une forme ou une autre.

Une répartition des disciplines entre plusieurs sites britanniques ne serait d’ailleurs pas exclue.

Et c’est peut-être là que le dossier devient intéressant.

Car Burghley possède une légitimité historique considérable pour le complet, tandis que Blenheim pourrait défendre un projet multidisciplinaire. Deux philosophies différentes, mais potentiellement complémentaires.

Au fond, les Britanniques semblent surtout déterminés à ne pas laisser passer l’occasion de ramener un grand championnat à la maison.

La FEI n’a pas encore choisi son menu

Derrière ces premières intentions se cache une question autrement plus importante : à quoi ressembleront réellement les Championnats du monde 2030 ?

Depuis Tryon, en 2018, les grandes disciplines de la FEI n’ont plus toutes été réunies dans une même édition des Jeux équestres mondiaux.

(©FEI/Christophe Tanière)

En 2022, les titres avaient été répartis entre plusieurs pays. En 2026, Aix-la-Chapelle a réuni six disciplines, tandis que l’endurance devait initialement prendre la direction d’AlUla, en Arabie saoudite. Mais le scénario a connu un sérieux changement de casting.

Début juillet, les organisateurs saoudiens ont renoncé à accueillir l’épreuve, invoquant le contexte géopolitique. La FEI a finalement confié le championnat à Bouthieb, aux Émirats arabes unis, avec un rendez-vous fixé au 19 décembre. Un épisode qui rappelle qu’organiser des Mondiaux, c’est aussi savoir négocier quelques obstacles loin des terrains de concours.

Pour 2030, la FEI laisse plusieurs portes ouvertes.

Les candidatures multidisciplinaires sont privilégiées, mais celles portant sur une seule discipline restent acceptées. L’instance internationale souhaite également maintenir le dressage et le para-dressage ensemble.

Et surtout, elle se dit prête à examiner les projets réunissant ses sept disciplines, dans le cadre d’un retour à la formule des Jeux équestres mondiaux.

Autrement dit, le grand festival mondial reste une possibilité. Tout comme une organisation répartie entre plusieurs sites.

Une souplesse qui permet aux organisateurs de rêver. Et qui devrait aussi rendre la sélection particulièrement intéressante.

(©USEA)

Première manche : rendez-vous le 11 décembre

Avant de parler de pistes, de cross ou de cérémonies d’ouverture, il faudra néanmoins passer par la case administrative.

Depuis le 12 octobre 2026, la FEI accepte les manifestations d’intérêt pour les Championnats du monde 2030. Les organisateurs potentiels ont jusqu’au 11 décembre 2026 pour se signaler.

Cette première démarche est obligatoire pour accéder à la phase suivante, mais ne constitue pas encore une candidature formelle et n’engage pas les organisateurs à poursuivre.

Les véritables dossiers seront étudiés en 2027, avec une décision d’attribution envisagée en juin, éventuellement reportée à novembre selon le calendrier de la FEI.

Pour l’heure, Burghley et Blenheim comptent donc parmi les premiers projets publiquement évoqués, mais aucune de ces intentions ne doit être confondue avec une candidature officiellement validée.

D’autres prétendants peuvent encore se manifester.

Une chose est sûre : quatre ans avant les Mondiaux, la bataille a déjà commencé.

Et pour une fois, dans le sport équestre, les premiers à se présenter au départ sont les organisateurs.

(Photo cover © Eventing Burghley)

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