Il y a ceux qui profitent du début de saison indoor pour retrouver leurs marques, ajuster les réglages et prendre gentiment la température. Et puis il y a Julien Épaillard.
Le Français a manifestement décidé de ne pas perdre de temps. Vainqueur du Grand Prix Coupe du monde de Lyon, il a traversé les Alpes sans laisser son sens de la vitesse à la maison. À Vérone, dans le cadre de Fieracavalli, il s’est offert le prix Gruppo Selleria Equipe, une épreuve à 1,55 m disputée au chronomètre.
Avec Donatello d’Auge, Épaillard a arrêté la montre à 62’’53. Sans faute, évidemment. Et surtout avec cette impression désormais plus que familière : quand le Normand décide d’appuyer sur l’accélérateur, les autres doivent sortir le grand jeu pour espérer suivre.
Cette victoire est sa quatrième à Vérone, après une première en 2009 et deux autres en 2023. Quinze ans et quelques milliers de virages serrés plus tard, la recette n’a pas beaucoup changé.

Donatello, les vacances sont terminées
Si Épaillard est connu pour transformer les parcours de vitesse en démonstrations d’efficacité, encore faut-il disposer du partenaire capable de suivre la cadence. Et Donatello d’Auge semble avoir retrouvé toutes ses sensations.
À 13 ans, le Selle Français revient d’une longue pause estivale. Une reprise progressive, ponctuée de bonnes performances à Saint-Tropez en Coupe des nations, puis dans le Grand Prix de Barcelone. À Vérone, il a confirmé que le moteur tournait de nouveau à plein régime.

« Donatello est un cheval très expérimenté. J’ai senti que je pouvais lui demander d’aller vite et prendre quelques risques, notamment sur l’avant-dernier obstacle, qui était peut-être le plus compliqué. Mais il a été impeccable », a expliqué Épaillard après sa victoire.
Le Normand ne cache d’ailleurs pas son optimisme pour les prochaines échéances : « Il est vraiment revenu en grande forme. Et c’est certainement de bon augure pour la suite de la saison indoor. »
Une excellente nouvelle pour son cavalier. Peut-être un peu moins pour la concurrence.
Delestre dans le rétroviseur, les Allemands dans le trafic
Parce qu’à Vérone, les poursuivants n’ont pourtant pas traîné en route.
Simon Delestre, associé à Crazy Daisy 13, a signé un superbe parcours sans faute en 63’’12, échouant à seulement 59 centièmes de son compatriote. Un doublé français qui confirme que les darons du jumping tricolore sont toujours dans la place.

Derrière, l’Allemagne a tenté de limiter les dégâts. Daniel Deusser, toujours à l’aise à Vérone, s’est classé troisième avec Navarro van het Eelshof en 63’’60, devant Richard Vogel et Cherano 3, quatrièmes en 65’’96.

Quatre cavaliers, quatre parcours sans faute, et une différence qui se joue essentiellement à la vitesse d’exécution. Un exercice dans lequel Épaillard continue de faire plus que jamais figure de référence.
La Marseillaise en stéréo
Et comme si une victoire française ne suffisait pas, Mégane Moissonnier avait déjà donné le ton un peu plus tôt dans la journée.
Pour sa première participation au CSI5*-W de Vérone, la cavalière de 29 ans a remporté le prix KASK, une épreuve en deux phases, avec Kandoo Z. Son chronomètre de 29’’15 dans la seconde phase lui a permis de devancer de 17 centièmes l’Italien Paolo Paini, associé à Armaan.

Une entrée en matière idéale pour la Française, qui ne s’attendait pas à frapper aussi fort dès son arrivée.
La Belge Émilie Conter a également trouvé sa place dans le haut du classement, cinquième avec Ocean Quality en 29’’95.
Deux épreuves, deux victoires françaises. Vérone a rapidement pris des airs de territoire conquis.

L’hiver ne fait que commencer
Reste cette question : jusqu’où Julien Épaillard peut-il pousser cette dynamique ?
Son succès lyonnais avait déjà envoyé un message fort. Celui de Vérone confirme que la forme est bien là, et surtout qu’elle ne dépend pas d’une seule monture. Avec Donatello d’Auge de retour à son meilleur niveau, le Français dispose d’un argument supplémentaire pour aborder les grandes échéances indoor.
Interrogé sur son obsession de la victoire, Épaillard a résumé sa philosophie avec une simplicité désarmante : « Oui, j’essaie toujours de gagner. Ce n’est pas toujours possible, mais je donne toujours le maximum. »
Chez certains, cela ressemblerait à une formule de conférence de presse. Chez lui, c’est presque un mode d’emploi.
L’hiver arrive. Épaillard, lui, n’est pas vraiment en mode hibernation.
Retrouvez tous les résultats de Vérone ici
(Photos ©JV/S.Grasso)



