Pour sa première apparition au CHI de Genève, Donald Whitaker n’a pas mis longtemps à comprendre comment fonctionne Palexpo : on n’y gagne qu’en étant grand. Et jeudi soir, le Britannique l’a été. Avec une Millfield Colette (Cornet Obolensky x Clearway) en apesanteur, il a dominé le très relevé Trophée de Genève, première épreuve à 1,60 m du week-end, devant Christian Ahlmann et Cian O’Connor. Une entrée en matière qui vaut bien plus qu’une simple victoire.

Le dernier à partir, le premier à marquer le week-end
Dernier à s’élancer dans un barrage réduit à neuf unités, privilège offert par un premier tour modèle, Donald Whitaker a déroulé une copie presque insolente de maîtrise.
Le cavalier de 33 ans a dégainé un double sans-faute d’une insolence tranquille, déposant d’une seconde et demie le temps de référence signé quelques minutes plus tôt par Christian Ahlmann et son impressionnant Dourkhan Hero Z (Don’t Touch Tiji Hero x Zandor). Pourtant encore plus véloce dans les virages que dans les galopades. Aura manqué le rush final.

Cian O’Connor, poursuit sa lune de miel avec Chatolinue PS (Diablo Blanco x Stakkatol). Le jeune couple monte en puissance (juste 63 centièmes derrière Ahlmann) et complète le podium de cette épreuve pas vraiment faite pour s’endormir.

Au paddock, Whitaker avait encore les yeux ronds.
« C’est incroyable, vraiment. Je travaille pour cela depuis longtemps, et réussir dès le premier jour ici, c’est fantastique. C’est la première fois que je viens à Genève ; j’ai toujours rêvé de monter ici. »
Il parle sans fard, comme un cavalier qui a conscience de la chance qu’il a d’avoir un tel cheval entre les jambes.

« Quand j’ai marché le parcours, j’ai été un peu choqué » : un 1,60 m déjà XXL
Genevois un jour, exigeant toujours.
Pour ouvrir le bal, Gérard Lachat et Grégory Bodo n’ont pas fait dans l’amabilité. Un 1,60 m dense, technique, façon mini-Grand Prix dominical. Et Whitaker ne s’en cache pas :

« Pour être honnête, quand je l’ai marché, je l’ai trouvé très difficile, surtout pour une première journée. C’est un Grand Chelem, donc on sait que ce sera gros et technique. Mais j’ai quand même été un peu choqué en découvrant le parcours ! Ceci dit, c’était juste : il fallait vraiment sauter. Et le fait qu’il n’y ait eu que neuf sans-faute montre bien le niveau. Ici, on est face aux meilleurs cavaliers du monde. »
Le décor était posé, et Millfield Colette s’en est délectée.

Comment il fait la différence : « Elle est vraiment partie »
Le barrage, lui, a ressemblé à une démonstration méthodique : un début prudent, puis une montée progressive en intensité jusqu’au vertical Rolex, avant-dernier obstacle, où tout bascule.
Whitaker raconte, lucide :
« J’ai peut-être été un peu lent au début, mais j’ai réussi un très bon virage vers le mur, et ensuite elle est vraiment partie. Au retour vers le vertical Rolex, quand je lui ai demandé d’y aller, elle a parfaitement répondu. Sur la dernière ligne, elle m’a fait gagner beaucoup de temps. »

Et dans cette montée en pression, la jument a encore montré son caractère. « Elle est incroyable : dès qu’il y a un grand rendez-vous, elle répond présente. Je ne sais pas comment elle fait, mais elle le fait, à chaque fois. »
Schmitz frôle l’exploit, Kühner ouvre la voie, Guerdat et Brash dans le dur
Le barrage avait pourtant failli basculer avant même l’entrée en scène du Britannique. Le régional de l’étape, le Genevois Édouard Schmitz, signe le chrono le plus rapide avec Gamin van’t Naastveldhof (Chacco Chacco x Toulon)… avant de faire tomber le dernier vertical. Une claque sèche, un Palexpo qui y a cru autant que le cavalier, puis une ovation pour un cinquième rang à la fois brillant et frustrant.

Max Kühner (avec EIC Daloubet, Diamant de Semilly x Baloubet du Rouet) avait, lui, lancé les hostilités avec le premier double sans-faute, finalement quatrième.

Derrière, les pointures payent cash :
– Peder Fredricson faute sur l’avant-dernier.
– Nicola Philippaerts emporte un élément du mur.
– Steve Guerdat renverse les deux éléments du double, emporté par l’ambiance et son propre rythme.



– Scott Brash, premier à s’élancer dans l’épreuve, sorti par la porte puis rentré par la fenêtre pour intégrer le barrage après la modification du temps par le chef de piste. Malheureusement Brash ne va pas pouvoir en profiter. Hello Jefferson (Cooper van de Heffinck x Irco Mena) va s’arrêter devant le mur sur une incompréhension alors que le couple était parti plein pot.

La suite : Colette au repos, les autres entrent en jeu
Whitaker n’a pas l’intention d’en demander plus à sa star du jour (et de l’année) :
« Elle a fait son travail pour le week-end, probablement jusqu’à dimanche. Elle ne pouvait pas mieux faire aujourd’hui. »
Le reste du programme sera porté par Arlo de Blondel, attendue vendredi et samedi, et par DiCaprio, pressenti pour une grosse épreuve. Colette, elle, se mettra à l’ombre jusqu’au Rolex Grand Prix.
Pour son premier CHI de Genève, Donald Whitaker n’a pas simplement gagné une épreuve.
Il a pris la grande porte pour sauter à pieds joints dans ce rendez-vous genevois
Genève qui a peut-être trouvé sa révélation du week-end. Et dimanche, pourquoi pas mettre une petite pièce sur Donald?