À Aix, Lottie Fry met le feu, Verboomen touche le ciel… et presque le métal

Publié par Sébastien Boulanger le 16/08/2026

Dernière épreuve du dressage, dernière nuit, dernier feu d’artifice. Dans un stade d’Aix-la-Chapelle chauffé à blanc, les meilleurs dresseurs de la planète avaient rendez-vous avec une Soers qui n’attendait qu’une chose : s’enflammer. Elle n’a pas été déçue. Lottie Fry et Glamourdale ont conservé leur couronne mondiale avec un délirant 91,907 %, devant Cathrine Laudrup-Dufour et Isabell Werth. Justin Verboomen, lui, a retrouvé avec Zonik Plus cette petite dose de magie qui avait parfois semblé lui échapper durant la semaine. Avec 88,439 %, le Belge avait le bronze à portée de main. Jusqu’à ce que l’éternelle Werth passe par là.

La Soers avait encore faim

Il était 19 heures quand le Grand Prix Freestyle a commencé sous les projecteurs du stade principal. Dix-huit couples, les meilleurs du Grand Prix Spécial, et trois médailles mondiales au bout de la nuit. Le genre de programme qui évite d’avoir à chercher très longtemps une bonne raison de rester assis.

Les reprises s’enchaînent. Les drapeaux aussi. Et le niveau, évidemment, est monstrueux.

Mais à Aix-la-Chapelle, il existe une règle assez simple : pas besoin de regarder le tableau d’affichage pour savoir qu’un Allemand vient d’entrer sur la piste. Il suffit d’écouter.

Demandez à Raphael Netz.

Chaque apparition d’un cavalier à la veste noire, rouge et or déclenche une poussée de décibels capable de faire trembler les tribunes. L’Allemagne joue à domicile et la Soers ne s’embarrasse pas vraiment de neutralité diplomatique. Mais attention. Les autres ne sont pas vraiment en reste non plus. Demandez à Larissa Pauluis (lire notre article ici).

Les reprises passent. Du très bon. Du très, très bon même.

Mais tout le monde le sait : ce n’est encore que la mise en bouche.

Parce que la poudrière n’a pas encore explosé.

Justin enlève le pull

Puis arrive Justin Verboomen.

Et immédiatement, quelque chose change.

Le Belge et Zonik Plus sont attendus. Forcément. Depuis leur explosion au plus haut niveau, le couple a changé de statut. On ne regarde plus Verboomen pour savoir s’il peut se mêler aux meilleurs. On regarde pour savoir jusqu’où il peut aller.

Le début de reprise est presque timide. Propre, appliqué, peut-être encore un peu retenu. Comme si le Belge avait gardé sur les épaules ce petit poids qui, durant la semaine, avait parfois empêché de retrouver totalement cette impression de fusion totale qui caractérise le couple.

Puis Justin décide d’enlever le pull.

Parce qu’il fait chaud. Et parce qu’il est temps.

Il libère Zonik Plus. Prend le risque de lui rendre de l’autonomie. Accepte qu’en ouvrant la porte, une faute puisse aussi s’y engouffrer.

« J’ai essayé de réfléchir toute la semaine à comment je pouvais faire pour l’aider au mieux », nous expliquera-t-il après sa reprise. La réponse ? « Essayer de le laisser encore plus libre, plus indépendant. »

Évidemment, le choix a un prix.

« Forcément, on est moins à l’abri d’une faute ou d’une imprécision. Ça rend les choses beaucoup plus difficiles à monter. Mais je pense que mon cheval a juste besoin de ça. C’est un cheval spécial. »

Alors Verboomen lâche les freins.

Et Aix comprend.

Revoilà la magie

À mesure que la reprise avance, Zonik Plus s’exprime. Justin aussi.

Le public n’assiste plus seulement à une succession de figures avec de la musique derrière. Il se passe ce truc beaucoup plus rare que tous les pourcentages du monde ne savent pas complètement raconter.

Un moment.

Celui pour lequel les gens achètent une place, supportent la chaleur, attendent des heures et ressortent en essayant d’expliquer à leurs voisins pourquoi, oui, du dressage peut parfois ressembler à un moment suspendu.

Quand le couple termine, la Soers explose. Standing ovation.

Et Verboomen savoure.

Vraiment.

La sortie de piste ressemble à celle d’une rock star après son dernier rappel. Cette fois, le Belge ne cherche pas à cacher ce qu’il ressent.

« La sortie de piste, c’était incroyable. J’ai jamais vécu ça de ma vie. »

Une seconde.

Puis le mot tombe.

« Magique. »

La note arrive : 88,439 %.

On vient de changer de dimension.

Justin Verboomen prend la tête. Et pendant quelques minutes, une médaille semble parfaitement envisageable.

Sauf qu’il reste encore quatre cavaliers.

Et pas exactement quatre touristes.

Puis Lottie Fry décide d’arrêter de plaisanter

Parmi eux, Charlotte « Lottie » Fry.

La Britannique a déjà remporté le Grand Prix Spécial la veille avec Glamourdale, conservant son titre mondial dans cette épreuve. Elle peut maintenant réaliser le doublé Spécial-Freestyle.

Alors elle entre. Et elle déroule.

Glamourdale prend la piste comme certains prennent possession d’une scène. De la puissance, du rythme, cette impression que tout est construit pour que chaque mouvement vienne encore faire monter le volume.

La Soers, pourtant largement acquise aux Allemands, sait reconnaître le très grand sport quand il lui passe sous le nez.

Elle exulte. Puis le score tombe. 91,907 %.

Oui. 91,907.

Il n’y a pas de faute de frappe.

Fry vient de coller la barre tellement haut qu’il faut désormais lever la tête pour la voir. Elle et Glamourdale conserveront aussi leur titre mondial du Freestyle, quatre ans après Herning.

Pour ceux qui passent derrière, le message est assez clair : bonne chance.

91 contre 91, parce que pourquoi faire simple ?

Sauf que Cathrine Laudrup-Dufour en a vu d’autres.

Et surtout, elle monte un cheval qui porte probablement le nom le plus prédestiné de toute la soirée : Mount St John Freestyle.

La Danoise entre donc à son tour dans l’arène et fait danser sa jument.

(©FEI/Leanjo de Koster)

Pas pour faire joli. Pour aller chercher l’or.

La réponse est énorme : 91,236 %, record personnel du couple. À ce niveau-là, on ne parle même plus d’une bataille de dixièmes. On découpe les pourcentages au scalpel.

Fry reste devant. Laudrup-Dufour est deuxième.

Et Verboomen tient encore son bronze.

Encore. Car il reste Carl Hester et Isabell Werth.

Deux noms qui, dans un championnat du monde de dressage, ressemblent assez peu à une formalité administrative.

Lottie ne regarde plus

Pendant ce temps, Fry attend.

Dans la zone d’échauffement, la Britannique est devant l’écran géant avec son compagnon et son staff.

Enfin, « devant » est une notion toute relative.

Parce qu’elle ne regarde pas l’écran.

Mieux : elle lui tourne le dos.

Autour d’elle, son équipe suit les reprises. Fry, elle, applique la technique de l’être humain du XXIe siècle qui veut donner l’impression d’être occupé pendant qu’il est en train de mourir intérieurement : elle scrolle sur son téléphone. Frénétiquement.

Carl Hester peut-il tout renverser ?

Cette fois, non.

Les fautes arrivent ici et là et, avec elles, les points s’évaporent. 82,304 %.

Très beau score lors de n’importe quelle autre soirée.

Mais pas celle-ci. Pas dans cette dimension-là. Justin tient toujours sa médaille. Dans le clan belge on ronge son frein.

Il ne reste plus qu’une femme. Évidemment. Isabell Werth.

Évidemment, Isabell

Il existe probablement des situations plus confortables que de devoir défendre une médaille mondiale avec Isabell Werth encore à passer dans un stade d’Aix-la-Chapelle entièrement acquis à sa cause.

L’Allemande connaît le métier. Elle connaît le public. Elle connaît les championnats. Elle connaît surtout ces soirées où il faut aller chercher les derniers dixièmes là où les autres ne pensent même pas à regarder.

Avec Wendy de Fontaine, Werth met le stade dans sa poche. Puis tombe le verdict.

88,650 %.

(©FEI/Leanjo de Koster)

Bronze.

Pour 0,211 point de pourcentage, Justin Verboomen descend du podium.

Lottie Fry est championne du monde avec Glamourdale devant Cathrine Laudrup-Dufour et Mount St John Freestyle. Isabell Werth et Wendy prennent le bronze. Le podium officiel confirme ce final cruel pour la Belgique : 91,907, 91,236, 88,650.

Verboomen, quatrième à 88,439 %, reste au pied de la boîte.

À ce niveau-là, le pied est très petit.

« On est un peu déçus quand même »

Jeroen van Lent, le chef d’équipe, ne cherche pas vraiment à masquer la frustration belge.

« Ça passe pas loin. »

Le constat est aussi simple que cruel.

« On est chauvinistes et peut-être qu’on voit des choses pas claires, mais on était un peu déçus quand même », reconnaît-il, avant de remettre immédiatement la soirée en perspective. « Ils ont tous super bien monté. Le dressage est le dressage.»

Surtout, le sélectionneur mesure le chemin parcouru.

« Il y a deux, trois ans, on rêvait des résultats d’ici. Et maintenant, peut-être que les désirs sont tellement gros… »

Voilà le problème avec les bonnes habitudes : elles arrivent vite.

Hier, une quatrième place mondiale aurait ressemblé à un exploit belge à encadrer au-dessus de la cheminée.

Aujourd’hui, elle laisse un petit goût amer.

C’est plutôt bon signe.

Van Lent en est convaincu : « Justin va revenir encore plus fort. Je suis sûr et certain, je le connais bien. »

Et il n’oublie pas Larissa Pauluis, également présente parmi l’élite mondiale avec Flambeau : « Elle a super bien fait aussi. »

Puis il résume cette semaine belge sans chercher d’excuse : « Le sport était magnifique. C’était un haut niveau et il faut le dire aussi. »

Difficile de discuter.

Dix ans, et tout le temps devant eux

Justin Verboomen, lui, quitte Aix sans la médaille que beaucoup lui avaient déjà mise autour du cou.

Mais probablement avec quelque chose d’assez précieux dans les valises.

Une réponse.

Cette semaine, le Belge cherchait comment retrouver totalement son cheval dans l’atmosphère particulière d’un grand championnat. Samedi soir, il a peut-être trouvé une partie de la solution : laisser Zonik Plus redevenir Zonik Plus.

« J’avais juste envie de le laisser s’exprimer à nouveau un peu plus. »

Le chantier continuera.

« Il faut qu’on pratique encore vraiment beaucoup à la maison. Il a 10 ans, on a tout le temps. »

Et Verboomen aussi a changé.

« Je n’ai pas l’expérience des grands championnats comme ça. Dealer avec la pression, ça n’a pas toujours été simple. Mais je suis content parce que je vais ressortir de là vraiment grandi, je pense. »

Lundi ou mardi, il retrouvera donc la maison.

Zonik Plus. Le calme.

Loin des dizaines de milliers de personnes de la Soers, des écrans géants, des notes et des hurlements.

« On en a bien besoin », sourit-il.

Aix, elle, aura eu exactement ce qu’elle était venue chercher. Un feu d’artifice.

Une championne du monde au-dessus des 91 %.

Une Danoise lancée à sa poursuite.

Une légende allemande encore capable de surgir au dernier moment pour arracher une médaille.

Et un champion belge encore plein de promesses qui a appris. Beaucoup.

Bienvenue chez les très grands.

Les résultats complets du Grand Prix Freestyle ici.

(©FEI/Leanjo de Koster)

(Photo cover © FEI/ Benjamin Clark)

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