Il aura fallu attendre le dernier rendez-vous pour voir le dressage changer de décor à Aix-la-Chapelle.
Ce samedi soir, la Soers a allumé les projecteurs pour le Grand Prix Freestyle en musique, ultime bataille individuelle de ces Championnats du monde. Et visiblement, personne n’avait prévu de rater ça.
Le stade est plein. Complètement plein. Impossible de caser ne fût-ce qu’un bretzel supplémentaire dans les tribunes.Pas un siège, pas un recoin : Aix-la-Chapelle a fait le plein pour voir une dernière fois les cadors du dressage mondial se mesurer dans cette arène qui, une fois la nuit tombée, prendra encore une autre dimension.
Ils sont 18 à avoir gagné leur ticket pour le Freestyle. Enfin, 18 après passage par la moulinette des quotas : trois couples maximum par nation. Le quatrième Allemand et le quatrième Danois, pourtant sportivement qualifiés lors du Spécial, doivent donc regarder la finale depuis l’extérieur.
Cruel, mais réglementaire.
Pour les autres, il reste une dernière reprise. Quelques minutes pour tout envoyer.

Flambeau porte bien son nom
Deuxième à entrer dans l’arène derrière le Finlandais Henri Ruoste, Larissa Pauluis sait que la soirée sera longue. Les favoris passeront beaucoup plus tard.
Mais ce n’est pas vraiment son problème.
Pour la Brabançonne, l’objectif est ailleurs : sortir Flambeau une dernière fois cette semaine et profiter.
Alors quitte à éteindre la lumière ensuite, autant mettre le feu avant.

La bande-son nous ramène dans les années 80 et, très vite, comme c’est le cas depuis plusieurs mois lors du freestyle de Larissa, quelque chose se passe entre la piste et les tribunes. Flambeau déroule. Larissa pilote. Et Aix commence à suivre.
D’abord, on marque le tempo. Quelques mains, quelques pieds. Puis le mouvement gagne les tribunes. Le grand hongre avance dans sa reprise et le stade semble progressivement entrer avec lui dans la musique.
À l’approche du final, le public n’y tient plus.
Les mains claquent.
De plus en plus fort.
Pendant quelques secondes, le dressage cesse presque d’être ce sport où l’on retient son souffle pour ne pas déranger. La Soers accompagne Flambeau jusqu’au bout.
Et Larissa Pauluis savoure.
« J’avais vraiment envie de vivre ce moment et que les gens l’applaudissent, lui, parce qu’il le mérite tellement ce cheval. »
Ce samedi soir, le message est passé.
Aix a applaudi Flambeau.
Et pas qu’un peu.

« Il a été avec moi du début à la fin »
Dans un stade pareil, l’exercice n’avait pourtant rien d’anodin.
La nuit. Les projecteurs. La musique. Des tribunes pleines à ras bord. Une atmosphère électrique et des milliers de personnes qui finissent par battre des mains.
Tout ce qu’un cheval de Grand Prix peut raisonnablement considérer comme une excellente raison de regarder ailleurs.
Flambeau, lui, reste avec sa cavalière.

« Je suis extrêmement contente de mon cheval qui a fait zéro faute. Il a été avec moi du début à la fin. Il a fait une épreuve magnifique. »
Quelques minutes après sa reprise, Pauluis est encore portée par ce qu’elle vient de vivre.
« Il m’a épatée aujourd’hui. Il a été vraiment fantastique. Il n’y a pas d’autre chose à dire. »
Et pourtant, il reste bien une petite chose à dire.
Le petit goût amer du 76,432 %
Lorsque la note tombe, l’euphorie prend un petit coup de frein.
76,432 %.
En bord de piste, on imaginait franchement voir le couple belge tendre vers les 80 %. Larissa Pauluis aussi.
Et elle ne cherche pas vraiment à masquer sa déception.
« Évidemment, c’est le désavantage de passer en début d’épreuve, il n’y a pas de points. Donc vraiment, vraiment très déçue des points. Pour être honnête, j’ai déjà tourné à 84 et pour moi, ça valait en tout cas une épreuve au-dessus de 80, clairement. »

Le sujet est vieux comme les finales jugées : lorsqu’on passe au début, avec toutes les grosses cartouches encore dans le paddock, les crayons et surtout ceux qui les tiennent peuvent avoir tendance à rester prudents
Pauluis aimerait que le dressage se penche sérieusement sur la question.
« Je pense qu’il est grand temps qu’on fasse un tirage au sort pour les finales et plus par rapport au ranking. Je pense que ça serait beaucoup mieux. Ça serait beaucoup plus juste et, oui, ce serait plus sport. »
Voilà qui a le mérite d’être clair.
Mais ce 76,432 % ne raconte finalement qu’une toute petite partie de la soirée.
Parce qu’une fois la feuille de notes rangée, il reste ce que les milliers de personnes présentes dans le stade viennent de voir.
Et surtout ce que Larissa Pauluis vient de ressentir.

Le moment qu’elle gardera des Mondiaux
Lorsqu’on lui demande, quelques minutes après sa sortie, quel moment restera de cette semaine mondiale, Pauluis ne va pas chercher bien loin.
Elle répond simplement : « Là, maintenant. Il y a dix minutes. »
Puis elle développe.
« La fin d’une épreuve comme ça où on sait qu’il n’y a pas de faute, que le cheval a été avec moi, que c’étaient les conditions les plus extrêmes pour faire un test comme ça de dressage… Le cheval m’a écoutée du début à la fin et Dieu sait qu’il avait de quoi pouvoir être vraiment angoissé. »

Avant de conclure :
« Je suis vraiment méga fière de lui. Vraiment, il est extraordinaire. »
Voilà probablement le vrai bulletin de notes de la soirée.

Des Mondiaux réussis, et une porte ouverte vers Los Angeles
Car il serait surtout dommage de regarder les Mondiaux de Larissa Pauluis et Flambeau par le petit bout de la lorgnette.
Le duo aura été de toutes les épreuves à Aix-la-Chapelle.
Et surtout, il aura contribué à écrire une page majeure de l’histoire du dressage belge : la première qualification olympique par équipes de la Belgique en dressage, avec désormais Los Angeles 2028 dans le viseur.
Rien que ça.
Alors oui, il y aura toujours une note à discuter, quelques dixièmes à aller chercher et des classements à refaire autour d’une bière belge, évidemment.
Mais le bilan de cette semaine ne tient pas dans une calculette.
Larissa Pauluis et Flambeau quittent Aix après avoir rempli leur mission. Et le plus impressionnant est peut-être que le hongre continue encore à surprendre sa cavalière.
« Ce cheval m’étonnera toujours. Plus il vieillit, plus il est chouette, plus il progresse. C’est extraordinaire à vivre. En tant que sportif, c’est un rêve. »

Flambeau peut souffler
This time, it was over.
Après des semaines de préparation et des Championnats du monde vécus jusqu’à leur toute dernière soirée, Flambeau peut ranger les habits de lumière.
Larissa aussi. Un peu de repos ne fera de mal à personne.
Les vacances seront les bienvenues avant de remettre progressivement la machine en route. Et ensuite, attendez-vous à retrouver le couple sur le circuit Coupe du monde.
Mais ça, ce sera pour plus tard.
Pour l’instant, il reste une image.
Celle d’un Flambeau avançant au soleil couchant d’Aix-la-Chapelle.
Et celle d’une cavalière belge qui quitte la piste avec le sourire et la fierté d’avoir senti son cheval avec elle jusqu’à la dernière foulée.
Oui Flambeau a bien allumé la Soers.

Les résultats du Grand Prix Freestyle des championnats du monde here





