Il est de presque toutes les campagnes belges depuis plus d’une décennie, mais personne ne paie son billet d’avion en espérant le voir devenir l’homme du week-end. Frederik Bruyninx est le vétérinaire de l’équipe belge de saut d’obstacles. Celui qui connaît les chevaux, surveille leur locomotion, prépare les grandes échéances et doit parfois prononcer les mots que personne ne veut entendre. Son meilleur concours ? Des chevaux en pleine forme, une médaille si possible et sa trousse de vétérinaire restée fermée.
Mettez-vous à côté de lui.
Pas dans les tribunes. En bas. Au bord de la piste ou dans ce drôle de petit aquarium à émotions qu’est le kiss and cry d’un grand championnat.
Un Belge entre en piste.
Autour de Frederik Bruyninx, les corps se rapprochent instinctivement. Un groom s’avance d’un demi-pas. Quelqu’un croise les bras. Peter Weinberg ne quitte plus la piste des yeux. Un propriétaire tente de donner l’impression qu’il respire normalement.
La cloche sonne.
Et pendant environ quatre-vingts secondes, tout ce petit monde va regarder exactement le même cheval.
Mais pas forcément voir la même chose.
Une barre bouge.
Petit sursaut collectif.
Elle reste sur les taquets.
On respire.
Le cheval tourne vers le double. Encore trois obstacles. Le chrono défile quelque part sur un écran. À cet instant, la plupart des gens présents pensent au sans-faute, au classement, à la Coupe des nations, au podium ou à cette foutue qualification qu’il faut aller chercher.
Frederik aussi. Évidemment.
Il est Belge, pas moine bouddhiste.
Mais derrière ses lunettes rondes, il y a un deuxième match.
Une réception. La symétrie des appuis. Une foulée.
La manière dont le cheval se rééquilibre. Son attitude générale.
Puis la dernière barre arrive.
Zéro.
Les épaules se relâchent autour de lui. Ça sourit. Ça tape parfois dans les mains. Le cavalier passe la ligne, lève le poing et revient vers la sortie.

Frederik, lui, regarde encore.
Parce que son parcours à lui ne s’arrête pas vraiment à la cellule d’arrivée.
Comment le cheval revient-il ? Comment pose-t-il ses pieds ? Comment récupère-t-il ?
Et demain matin, comment sortira-t-il de son box ?
Bienvenue dans le concours de Frederik Bruyninx.
Un concours dans lequel le meilleur résultat possible consiste parfois à ne rien avoir à faire.
Surtout, Fred, ne fais rien
On peut passer une semaine entière à le croiser autour des pistes sans vraiment savoir ce qu’il fait. Et c’est plutôt bon signe.
Frederik apparaît au bord du paddock. Disparaît vers les écuries. Réapparaît dans le kiss and cry. Échange quelques mots avec Peter Weinberg. Regarde un cheval marcher. Puis revient près de la piste.
Rien de spectaculaire. Pas de sirène. Pas de blouse blanche flottant au vent.
Et surtout, si tout se déroule comme prévu, pas d’intervention.
« Normalement, j’espère toujours que je ne dois rien faire. Alors mon concours est super bien passé. »
Voilà un homme capable de rentrer d’un championnat ravi d’avoir été presque inutile.
Essayez d’expliquer ça à votre patron lundi matin.
Mais chez Frederik, moins la trousse s’ouvre, mieux la Belgique se porte.
Parce que le jour où il cesse d’être le type aux lunettes rondes qui observe tranquillement depuis le bord de la piste, l’ambiance peut changer très vite.
Un cheval ne marche pas exactement comme d’habitude. Une récupération interpelle.
Une colique. Une blessure.
Ou cette question qui suffit à faire baisser la température de quelques degrés dans une écurie en plein mois d’août :
« Est-il encore fit to compete ? »
Et là, tout ce qui entourait Frederik quelques minutes auparavant revient dans la pièce.
Le cavalier. Peter Weinberg. Le propriétaire. Le groom.
Des mois de préparation.
Une sélection. Peut-être une médaille.
Et un cheval au milieu.
« Ce sont les cas où il y a un problème, où on doit prendre une décision. Est-ce que le cheval est encore fit to compete ? Est-ce qu’on va le laisser partir ou pas ? Ce sont de grandes décisions parce que dire au cavalier que c’est mieux de ne pas sauter, c’est certainement une grande déception. Mais on regarde toujours ce qui est le mieux pour le cheval. »
À cet instant, Frederik n’est plus celui que personne ne remarque sur la photo.
C’est précisément celui que tout le monde regarde.
Et la règle ne bouge pas.
Le cheval d’abord. Le tableau d’affichage ensuite.
Un vétérinaire « autour de l’église »
Pourtant, le plan de carrière ne prévoyait pas forcément les Jeux olympiques, les championnats d’Europe et les Coupes des nations.
Au départ, Frederik Bruyninx voulait simplement faire correctement son métier.
« Honnêtement, j’avais plutôt un rêve : devenir un bon vétérinaire. Voilà, comme on dit, autour de l’église, pour tous les cas. »
Sauf qu’autour de l’église, chez les Bruyninx, il y avait déjà pas mal de chevaux.
Son père était cavalier, marchand et avait des étalons. Frederik grandit donc dans les écuries bien avant d’imaginer qu’un jour, il passerait une bonne partie de sa vie à surveiller les chevaux de l’équipe belge.
Il monte aussi.
Poney d’abord, puis un peu à cheval.
Avec son frère et une écurie à la maison, les occasions ne manquent pas.
Mais quelque chose ne prend jamais complètement.
« Moi et mon frère, on a tous les deux eu beaucoup d’occasions, comme on avait une écurie à la maison, mais ce n’était jamais vraiment quelque chose pour moi. J’étais plutôt sport d’équipe. J’ai toujours joué au foot. »
Quelques décennies plus tard, il travaille finalement toujours dans un sport collectif.
Peter Weinberg fait la composition. Les cavaliers entrent sur le terrain.
Frederik surveille les organismes.
Seule petite différence avec le dimanche après-midi au football : ici, la moitié des athlètes pèse autour de 600 kilos.
Après ses études vétérinaires, il commence large. Reproduction, chevaux, différents cas. Puis le sport le rattrape.
Il se spécialise progressivement en orthopédie.
Et un ami vétérinaire de l’équipe américaine lui ouvre une fenêtre sur le très haut niveau.
« J’aimais vraiment bien le sport. Je me suis spécialisé un peu plus vers l’orthopédie et j’avais un très bon ami aux États-Unis qui était le vétérinaire de l’équipe américaine. Je suis allé là-bas pour apprendre et c’est comme ça que j’ai eu le microbe. Ensuite, j’ai commencé doucement, étape par étape, avec les poneys, les jeunes cavaliers et puis les seniors. »
2011 avec les jeunes. 2014 avec les seniors.
Pas d’ascenseur. Frederik a pris l’escalier.

Le lendemain matin, on recommence
Retour au concours. Cette fois, oubliez le kiss and cry.
Il est tôt. Beaucoup moins de monde. Beaucoup moins de bruit.
Les chevaux commencent à sortir des boxes.
Un cheval marche simplement dans l’allée.
Pour le commun des mortels, il marche. Pour Frederik, il raconte déjà sa nuit.
« Je suis toujours là pour suivre les chevaux. Comme ça, je les connais mieux. Je vois chaque jour comment ils sortent du box, comment ils sont montés. Et je fais ça en communication avec le cavalier et le vétérinaire de la maison. »
C’est probablement là que se trouve une grande partie du métier.
Dans la répétition. Regarder aujourd’hui pour pouvoir comparer demain.
Un cheval de haut niveau possède sa propre normalité.
Sa façon de sortir du box. De poser un pied. De récupérer.
De marcher le lendemain d’un gros parcours.
Frederik ne cherche donc pas uniquement à savoir si un cheval va bien.
Il veut savoir s’il va bien comme lui va bien d’habitude.
Nuance.
Et parfois, grosse nuance.
Tous les chevaux susceptibles de porter les couleurs belges ne sont évidemment pas ses patients au quotidien. Certains le sont, d’autres disposent de leur propre vétérinaire. Frederik travaille donc avec l’entourage médical habituel du cheval.
Puis, à mesure que le championnat approche, le cercle se resserre.
Il se rend directement dans les écuries. Regarde les chevaux chez eux. Discute avec les cavaliers. Avec leurs vétérinaires.
Et environ deux mois avant l’objectif, on commence à passer la préparation au peigne fin.
« On demande au cavalier de donner tous les suppléments, toute la nourriture qu’il veut et on prend du sang pour le tester. On fait aussi un plan avec eux pour préparer le cheval, pour qu’il soit bien physiquement et au niveau de la condition. Est-ce que le cheval a besoin d’une endoscopie pour contrôler les voies respiratoires ? Tout ça, on communique et on en parle avec le cavalier. »

Le jour où le championnat commence, une bonne partie du boulot de Frederik devrait donc déjà être terminée.
Et si elle a été bien faite, personne ne le remarquera.
Brutal sport.
Le championnat de Belgique permanent de Frederik Bruyninx
Il y a chez lui un reste évident du gamin qui suivait le football.
À l’époque, Frederik connaissait les joueurs et regardait les matchs.
Aujourd’hui, il fait pareil.
Avec les chevaux belges. Tous les chevaux belges.
« Quand j’étais jeune et que je jouais au foot, je connaissais tous les joueurs et je suivais tous les matchs. Maintenant, chaque week-end, je suis tous les cavaliers belges. Je regarde un peu ce qu’ils ont fait et je connais leur planning pour les prochains concours. »
Le dimanche soir, les résultats racontent donc une partie de l’histoire.
Mais pas toute.
Frederik regarde aussi où les chevaux vont sauter.
Herbe ou sable.
La chaleur.
L’enchaînement des concours.
Le prochain objectif.
Si une grande échéance se dispute sur herbe, les passages par Rome, La Baule, Saint-Gall ou Falsterbo peuvent soudainement prendre une autre importance.
Un cheval n’est pas seulement préparé pour être performant.
Il est préparé pour être performant là-bas, dans ces conditions-là, à ce moment précis de la saison.
Le calendrier devient une sorte de Tetris grandeur nature.
Et au milieu, il faut conserver des chevaux frais.
Le lundi matin, Peter Weinberg appelle
Quelques jours plus tard, le décor est nettement moins glamour.
Pas de tribunes. Pas de drapeau belge. Pas de parcours à 1,60 mètre.
Il est 7 heures du matin et Frederik est dans sa voiture.
Vers 7 h 30, comme presque tous les lundis, le téléphone sonne.
Peter Weinberg.
À force d’années passées ensemble, la relation entre le chef d’équipe belge et son vétérinaire est devenue bien plus qu’une ligne sur un organigramme.
« On est des amis. »

Et l’amitié possède son rituel.
« Il a une tradition : tous les lundis matin, je suis dans la voiture à partir de 7 heures. Donc vers 7 h 30, je reçois toujours un téléphone de lui. Il m’explique, on parle des chevaux qui ont sauté le week-end, il me dit son plan pour aller aux concours et on discute des chevaux. »
Le lundi matin, on refait donc le match.
Mais à leur manière. Tel cheval a sauté dimanche.
Comment est-il ?
Celui-là doit aller à Rome. Celui-ci pourrait prendre une autre direction. Un autre entre dans les plans.
Frederik l’a-t-il vu récemment ? Dans quel état de forme se trouve-t-il ?
Parce que l’avis du vétérinaire entre forcément dans la réflexion.
Sans pour autant lui donner les clés du camion.
« Ce n’est pas moi qui vais décider qui va aller au concours. Mais Peter aime bien demander l’état des chevaux, comment ils sont, si je les ai encore vus à la maison. Il va garder ça dans sa tête pour prendre sa décision. Moi, je l’aide davantage sur la condition du cheval, pour savoir s’il est en forme. »
Peter Weinberg pense la sélection.
Frederik lui apporte une partie de ce que le classement du Grand Prix ne raconte pas.
Et les discussions ne s’arrêtent évidemment pas au lundi matin.
« On est toujours ensemble en route. La majorité des concours, on vole ensemble ou on roule ensemble et on a le temps pour parler. J’ai vraiment une très bonne relation avec lui. »
Des années à refaire le monde du jumping entre deux portes d’embarquement, deux autoroutes et quelques cafés d’aéroport, ça finit forcément par créer autre chose qu’une simple relation professionnelle.
Une équipe se construit aussi là. Loin des caméras. Et parfois dès 7 h 30 le lundi matin.
Puis Fred redevient supporter
Retour au bord de la piste.
Parce qu’il ne faudrait pas non plus imaginer Frederik Bruyninx comme une sorte d’ordinateur vétérinaire auquel on aurait greffé des lunettes rondes.
Quand un Belge entre en piste, la blouse mentale tombe parfois.
Et le supporter ressort.
« Je le dis toujours, Je suis d’abord leur premier supporter.»
La cloche sonne.
Et le rythme cardiaque du vétérinaire ne figure visiblement pas parmi les constantes médicales les mieux maîtrisées du week-end.
« Ça me donne quand même beaucoup de stress quand les cavaliers sont dans le parcours. Quand on peut se qualifier pour les Jeux olympiques, c’est toujours un rêve. Pas seulement pour les cavaliers, mais aussi pour moi et pour le staff. »
À ce moment-là, Frederik regarde toujours les appuis.
Mais il voit aussi très bien le chronomètre. Et il connaît le classement.
Il y a des limites à la neutralité scientifique.
2015, Rotterdam, Tokyo

Quand on lui demande de rembobiner toutes ces années, quelques images ressortent immédiatement.
2015 d’abord.
Aix-la-Chapelle.
Gregory Wathelet (vice-champion d’Europe)
Puis Barcelone.
« 2015, c’était pour moi une super belle année. On avait Grégory qui était devenu deuxième ici à Aix. C’était un premier grand moment. Et la même année, on avait gagné à Barcelone. En équipe, c’était pour moi un peu le premier trophée. »
Puis il y a Rotterdam 2019.
Le titre européen par équipes.
Et Tokyo.
Une médaille de bronze olympique obtenue dans le silence étrange.
Pour Frederik, celle-là possède une saveur particulière.
« Rotterdam 2019, on est devenus champions d’Europe. Mais Tokyo… Malheureusement sans public, mais avoir la médaille de bronze… À ce moment-là, tous les cavaliers étaient aussi mes cavaliers privés. Je connaissais les chevaux par cœur et ça m’a beaucoup aidé là-bas. »
Connaître les chevaux par cœur.
L’expression résume peut-être mieux son travail que n’importe quelle fiche de poste.
Parce qu’après toutes ces années au milieu de l’équipe, Frederik n’accumule pas seulement des examens, des radios et des analyses.
Il accumule une mémoire. Celle des chevaux lorsqu’ils vont bien.
De leurs habitudes. De leur récupération. De leurs petites particularités.
Et donc de ces minuscules changements qui, pour quelqu’un d’autre, pourraient passer sous le radar.

Et puis il y a les jours où la trousse s’ouvre
Le sport de haut niveau adore fabriquer de belles photos.
Les podiums. Les drapeaux. Les cavaliers qui se prennent dans les bras.
Les chevaux couverts de leurs couvertures de champions.
Le métier de Frederik possède aussi un album que personne n’a vraiment envie d’ouvrir.
Barcelone, octobre 2021.
Gancia de Muze.
Une blessure.
Grave.
Assez pour comprendre que la carrière sportive s’arrêtait là.
« Ce que je trouve vraiment difficile et qui me fait un petit mal au cœur, c’était le moment où Gancia sautait à Barcelone et s’est blessée là-bas. C’était si grave qu’on savait que c’était la fin de carrière. »
Petit mal au cœur.
La formule est presque trop petite pour ce qu’elle raconte.
Mais les vétérinaires ne sont probablement pas payés pour dramatiser.
Il y a aussi les coliques. Les départs vers la clinique.
Les décisions prises dans une écurie pendant que, quelques centaines de mètres plus loin, le concours continue comme si de rien n’était.
Et puis il y a les défaites purement sportives.
Ces semaines où tout semblait bien préparé mais où, simplement, ça ne veut pas.
« Parfois, tu penses qu’on a vraiment une bonne équipe, mais ce n’est pas notre jour et c’est une déception. Mais alors on se bat et on essaye de faire mieux la prochaine fois. »
Voilà que le footballeur ressort encore.
Changez quelques mots et la phrase pourrait avoir été prononcée devant n’importe quel vestiaire un dimanche soir.
Le problème du cinquième jour

Un championnat n’est pas un Grand Prix avec davantage de drapeaux.
Pour les chevaux, c’est surtout une accumulation.
Un effort. Puis un autre. Puis encore un autre.
Et la nécessité de continuer à répondre présent lorsque les organismes commencent à présenter l’addition.
« Un championnat, cinq jours, sauter cinq fois, c’est vraiment lourd pour eux. Donc on va vraiment les aider, les supporter pour qu’ils puissent tenir jusqu’à la fin. »
Le boulot de Frederik change alors légèrement.
Il faut penser récupération. Hydratation. Température. Conditions d’hébergement. Ventilation.
Tout ce qui permet au cheval de récupérer au mieux entre deux échéances.
La chaleur, elle, ne l’affole pas forcément.
« Je dis toujours que les chevaux peuvent mieux supporter la chaleur que les humains. En général, ils sont vraiment habitués parce que les cavaliers vont sauter au Mexique, à Miami… Ça fait partie de leur routine. »
Habitués, oui.
Invincibles, non.
Et surtout, un championnat ne demande pas d’être bien mardi.
Il demande d’être encore bien dimanche.
C’est toute la différence.
Une médaille, et des chevaux qui rentrent bien
Alors, c’est quoi un bon championnat pour le vétérinaire de l’équipe belge ?
Réponse facile : une médaille.
Frederik ne va pas faire semblant de voyager toute l’année uniquement pour admirer les boxes.
Il veut que la Belgique joue devant.
« Un championnat bien réussi, c’est qu’on puisse jouer avec les autres bonnes équipes jusqu’à la fin pour un bon résultat. »
Puis arrive la deuxième partie de la réponse.
Celle du vétérinaire.
« Mais pour moi, quand les chevaux sautent bien et qu’on n’a pas d’accident, alors mon championnat ou ma Coupe s’est bien passé. »
Même les vétos jouent en équipe
Il faut dire que le calendrier international ne fait pas franchement dans le mi-temps thérapeutique.
Aix. Rome.Saint-Gall. La Baule. Rotterdam. Falsterbo, Dublin,…
Parfois cinq semaines de suite.
Même avec de bonnes lunettes, Frederik ne peut pas être partout.
« C’est un peu beaucoup à faire pour moi tout seul. »
Alors l’encadrement vétérinaire belge fonctionne comme le reste.
En équipe.
Chaque discipline possède son vétérinaire et les collègues peuvent se relayer lorsque le calendrier l’impose.
« Chaque discipline a son véto. Il y a Mélanie (de Schaetzen) pour le dressage, Jef (Desmedt) pour le complet et moi, je suis là pour le jumping. »
Ils échangent. Se parlent des cas. Construisent le calendrier.
Se remplacent lorsque c’est nécessaire.
Même celui qui veille sur l’équipe a besoin d’une équipe pour veiller.
« Mon cœur est pour la Belgique »

À force de fréquenter le très haut niveau, Frederik connaît évidemment tout le monde.
Le milieu est petit.
Il lui est déjà arrivé, ponctuellement, d’aider d’autres équipes. À Spruce Meadows, par exemple, il a donné un coup de main aux Allemands ou aux Suisses.
Mais un championnat sous une autre bannière ?
La question ne semble pas provoquer une très longue crise existentielle.
« Mon cœur est pour la Belgique. Donc je ne vais pas… Ça ne va pas. Ce n’est pas possible. »
That’s it.
On aurait probablement pu organiser une réunion, produire un PowerPoint et parler de fidélité au projet fédéral.
Frederik a réglé ça en une phrase.
Il précise d’ailleurs que deux équipes simultanément seraient inconcevables lorsqu’une médaille est en jeu.
« Quand c’est vraiment pour le championnat, on ne fait que notre équipe. Et honnêtement, c’est déjà assez. »
Assez de chevaux. Assez d’avions. Assez de lundis matin au téléphone.
Assez de stress lorsque la cloche sonne.
Et bien entendu, Frederik Bruyninx sera de la partie à Aix-la-Chapelle lors de la semaine des Championnats du monde.
Un endroit qui lui rappelle déjà quelques bons souvenirs, mais où le vétérinaire belge aura surtout une équipe à accompagner et des chevaux à surveiller.
On sait déjà où le chercher.
Pas forcément au centre de la photo.
Plutôt quelque part au bord de la piste ou dans le kiss and cry, lunettes rondes sur le nez, à regarder un cheval belge quelques foulées plus longtemps que les autres. Avant, on l’espère, de le voir remettre les mains dans les poches.





