Dans l’arène feutrée du Grand Palais, le Saut Hermès a encore joué son rôle de machine à pression. Une épreuve à deux manches, impitoyable, où tout peut basculer en quelques secondes. Et dans ce jeu de poker grandeur nature, c’est Pieter Devos qui a tiré le jackpot avec Jarina J, au terme d’un scénario tendu jusqu’au bout.
Une sélection déjà impitoyable
Avant même de parler sport, il fallait déjà survivre à la sélection. Les organisateurs n’ont pas fait dans la dentelle : seuls les 10 meilleurs hommes et les 10 meilleures femmes de la grosse épreuve de la veille étaient conviés.
Et à ce petit jeu, avantage messieurs. Sur les 11 premiers la veille, ils étaient déjà 10. Résultat : une seule femme dans le top 10, l’Irlandaise Jessica Burke. Il faudra aller piocher plus loin pour compléter le quota;
Au total : 20 partants. 5 Suédois. 6 Français. 2 Belges (Devos et Grégory Wathelet, non partant ici remplacé par Thomas). Et un casting international bien tassé : Irlande, Luxembourg, Brésil, Liechtenstein.
Bref, un plateau dense. Et une formule qui ne pardonne pas.
Deux manches, et le casino ouvre ses portes
l’épreuve « Le Saut Hermès », c’est un peu Las Vegas version équitation. Première manche pour poser les bases. Deuxième manche pour tout envoyer… ou tout perdre.
Sept cavaliers sortent sans faute du premier acte : Greve, Devos, Burke, Mansur, Hellström, Westborg et Thomas.
Juste derrière, Malin Baryard-Johnsson laisse traîner un point de temps. Et Julien Épaillard, lui, est déjà en mission commando.
Épaillard met le feu, mais…
Quatre points ? Peu importe.
Le Normand sort l’artillerie lourde en seconde manche avec Easy Up de Grandry: virages tranchés, trajectoires de cycliste, chrono assassin.
Résultat : toujours 4 points, mais un temps qui fait trembler tout le monde.
Le message est clair : “Si vous voulez gagner, il va falloir courir.”
Les sans-faute tombent… un à un
La deuxième manche devient un piège.
Malin Baryard-Johnsson joue finement, garde la tête mais ajoute un deuxième point de temps.
Du côté des sans-faute de la première manche par contre, les têtes tombes: Hellström, Greve, Thomas, Westborg : tous passent à la trappe. La pression monte.
Puis arrive Jessica Burke.
Burke confirme, Devos frappe
L’Irlandaise, toujours portée par son nuage nommé Good Star du Bary, signe un double sans-faute. Propre, net, efficace. Elle prend la tête.
Mais derrière, il y a un homme en état de grâce.
Pieter Devos entre en piste avec Jarina J. Double sans-faute. Plus rapide. Le Belge prend les commandes.
Il ne reste plus que Yuri Mansur pour lui barrer la route. Le Brésilien tente. Deux fautes. Devos rafle la mise
Devos, la forme d’une vie
« Oui, je dois dire que pour le moment, je suis dans un bon flow. Mes chevaux sont vraiment en forme. Je disais à ma femme que j’ai un peu le même feeling qu’en 2019… »
Le Belge ne cache pas son état de grâce.
« Aujourd’hui, j’ai vraiment le sentiment qu’on peut tout sauter. J’espère pouvoir continuer comme ça, même si, dans ce sport, tout peut aller très vite dans l’autre sens avec une blessure. »
Derrière cette réussite, une mécanique bien huilée.
« Je n’ai pas de gros sponsor, donc je dois tout faire moi-même. Heureusement, nous avons un très bon élevage, Il y a toujours une relève. Mais il faut aussi une très bonne équipe et un très bon système »
Et surtout, une obsession : durer.
« Arriver au haut niveau n’est déjà pas facile, mais y rester, c’est énormément de pression. Dès que tu penses être installé, tu es déjà en train de décrocher. »
Une victoire construite… et pensée
Dans ce format si particulier, la victoire ne se joue pas qu’à cheval.
« Ce n’était pas un barrage mais deux manches. Si tu fais une faute, tu peux vite te retrouver derrière ceux qui ont été rapides, comme Julien. »
Devos le sait : il faut jouer juste.
« Ma jument, quand on accélère, elle ne saute pas moins bien, donc j’ai pris des risques au début, notamment pour faire cinq foulées jusqu’au vertical. » mais pour le dernier obstacle, j’ai un peu repris, car il était très délicat. »
Le dosage parfait.
« C’était vraiment une épreuve stratégique. J’aime bien ça une épreuve où il faut réfléchir. Même si j’aime moins les épreuves en deux rounds car tu peux tout perdre pour un rien et te retrouver au fond du classement. »
Burke, confirmation en haute altitude
Deuxième, Jessica Burke confirme son ascension.
« Je pense que Bordeaux (sa victoire dans la coupe du monde) a surtout changé ma confiance en moi. (…) Nous savions qu’il était très spécial. et il le confirme à chaque sortie. »
Son cheval impressionne par sa régularité.
« Il devient plus rapide tout en restant très constant. Pour être honnête, il est toujours très régulier. »
Et dans un Grand Palais pourtant intimidant :
« Il est très détendu, il ne regarde pas vraiment l’environnement. Rien ne le perturbe. »
Face à Epaillard ?
« Je n’ai pas regardé son parcours, je savais que je ne pourrais probablement pas le battre aujourd’hui. »
Lucide. Et déjà tournée vers la suite
Le Grand Palais, toujours à part
Au-delà du sport, il y a le décor.
« Monter à cheval dans le Grand Palais, s’entraîner sur les Champs-Élysées devant les gens… ce n’est pas normal. Quand j’avais dix ans on m’aurait dit que j’allais monter sur les Champs-Élysées je ne l’aurais jamais cru. Maintenant que j’ai quarante ans. Je me rends compte que tout ce qu’on fait c’est anormal, hors normes. » conclut le champion belge.
« ci, c’est encore mieux en vrai. C’est fantastique. » confie Jessica Burke avec des étoiles plein les yeux.
Le Saut Hermès reste un monde à part. Un écrin. Un théâtre. Un casino.
Pieter Devos est dans le rush complet. Ses chevaux répondent. Le système tourne.
Et comme en 2019, le timing colle parfaitement avec les grandes échéances.
Dans un sport où tout peut s’effondrer en une foulée, le Belge a choisi son moment.