Steve Guerdat, maître du temps à La Baule

Publié par Sébastien Boulanger le 13/06/2026

Dans le Prix SAUR, dernière fenêtre de tir avant le Rolex Grand Prix Ville de La Baule, le Stade François André a eu droit à son petit braquage du samedi. Dix-sept qualifiés pour le barrage, une brochette de découpeurs de chrono, McLain Ward déjà en train de faire chauffer l’hymne américain… puis Steve Guerdat. Avec Lancelotta, le Suisse a claquéa posé des trajectoires au couteau, et une victoire nette. Propre.

Riccardo Pisani pose la bombe, les autres lisent le mode d’emploi

Premier au barrage, Riccardo Pisani ne fait pas dans la diplomatie. Avec Chacco’s Lawito PS, il signe un double sans-faute en 38’’29. Un chrono sec, propre, bien planté au milieu de la piste comme un panneau : “Bon courage les amis.” 

Gilles Thomas

Gilles Thomas répond en 40’’00 avec Riesling van’t Roosakker. Nicolas Layec, porté par les tribunes, fait mieux encore avec Fee de Caryan : double sans-faute en 38’’72. Le public français monte d’un cran. On commence à sentir le vieux stade vibrer sous les semelles.

Puis arrivent les découpeurs. Les vrais. Ceux qu’on ne présente pas parce qu’ils coûtent déjà assez cher en sueur froide.

Richard Vogel part vite. Trop vite ou pas assez propre, selon l’endroit où l’on place le curseur. Quatre points, malgré un chrono monstrueux de 36’’46. Le temps était là, la victoire non.

Même sentence pour Julien Epaillard avec Le Coultre de Muze : quatre points aussi. Quand les deux spécialistes du chrono se cassent les dents, le barrage change de parfum. Ça sent moins le sprint, plus le piège à champions. 

Nassar avance, Ward sort le costume américain

Nayel Nassar, lui, ne tombe pas dans le panneau. Avec Orphea HQ, il garde les barres en haut et serre le chrono : 38’’03. Nouveau temps de référence. Pas une gifle. Plutôt une main posée sur l’épaule du barrage : “On va se calmer deux minutes.” 

Sauf que McLain Ward n’a jamais vraiment aimé les conversations trop longues.

L’Américain entre avec High Star Hero. Style posé, galop devant, virages assumés, trajectoires qui ne demandent l’autorisation à personne. American style, 100 % efficace, zéro fioriture, zéro poésie inutile. Il coupe la ligne en 37’’40. Dans la tour de contrôle du Stade François André, on commence presque à chercher le Star-Spangled Banner dans la playlist. 

Presque.

Parce qu’à La Baule, aller trop vite en besogne quand Steve Guerdat n’est pas encore passé, c’est comme applaudir un penalty avant qu’il soit tiré.

Guerdat, Lancelotta et le dernier mot

Steve Guerdat entre en piste avec Lancelotta. Le Suisse n’a pas besoin d’en faire des caisses. Il a cette manière de donner l’impression que tout est sous contrôle, même quand le sol brûle. Pas de panique. Pas de moulinets. Pas de grand numéro de funambule pour Instagram. Juste du métier. Et une jument qui aime jouer quand la partie devient sérieuse.

Steve Guerdat Lancelotta

Le plan est clair. Il faut aller chercher Ward. Pas l’effleurer. Le battre.

Guerdat serre ses courbes, garde le rythme, laisse Lancelotta faire parler son envie. La ligne d’arrivée tombe : 36’’57. La victoire avec 83 centièmes d’avance sur McLain Ward. Dans un barrage pareil, c’est un petit monde. Un continent, même. 

Le podium est donc verrouillé : Steve Guerdat et Lancelotta devant McLain Ward et High Star Hero, Nayel Nassar et Orphea HQ. Riccardo Pisani, qui avait pourtant posé la première grosse cartouche, termine quatrième. Shane Sweetnam complète le top 5 avec Pia Maria H en 38’’52. 

“Lancelotta aime jouer”

Après coup, Guerdat ne joue pas au faux modeste, mais ne sort pas non plus la boîte à grands discours. Il raconte une victoire construite, sentie, presque apprivoisée.

« Je savais que ce serait un barrage super rapide avec McLain, Richard, Julien…J’étais prêt à prendre des risques. Mais j’ai une jument qui adore les barrages. J’arrive à faire de belles courbes avec elle. Donc le barrage me convenait plutôt bien. Maintenant, je ne peux pas cacher que Richard et Julien ont fauté, ça m’a calmé un peu. J’ai vu le tour de McLain qui était très rapide, mais je savais qu’avec mon plan je pouvais aller le chercher. Et ça s’est bien passé. On sait qu’à ce niveau là, il n’y a pas beaucoup de place pour le hasard.Il faut être prêt. Mais quand on est à ces concours ci, on a envie de tout donner et on est prêt à aller vite. Il n’y a que comme ça qu’on peut gagner des épreuves de ce niveau là. »

Tout est là. La lucidité du champion. Vogel et Epaillard fautent ? On ne s’enflamme pas. Ward va vite ? On ne panique pas. Lancelotta aime ça ? Alors on y va.

Chez certains, la pression fait trembler les mains. Chez Guerdat, elle semble simplement nettoyer le plan de route.

La Baule, ce stade qui adopte les champions

La remise des prix a fini de donner au début de l’après-midi son parfum particulier. Standing ovation. Gros bruit. Très gros bruit. Steve Guerdat aurait porté une veste bleue avec un coq dessus que les tribunes n’auraient probablement pas crié plus fort.

Et ça, le Jurassien l’a senti. Forcément.

Steve Guerdat Lancelotta

« C’est pour ça que j’adore venir ici à La Baule, ce stade, cette ambiance. Le public à qui on a envie de faire plaisir tant il nous porte. C’est pour tout ça que je trouve qu’on a beaucoup de chance de faire le métier que l’on fait et de vivre des moments pareils. »

Il y a des victoires qui remplissent une ligne de palmarès. Et puis il y a celles qui font lever un stade. Celle-ci appartient clairement à la deuxième catégorie.

Grand Prix ou pas Grand Prix ?

À quelques heures du Rolex Grand Prix Ville de La Baule, Steve Guerdat a envoyé une carte postale assez claire au reste du plateau. Même si le Suisse à l’heure d’écrire ces lignes est seulement premier cavalier réserve et donc non encore qualifié pour la messe dominicale. Les affres d’un système de qualification plus que compliqué.

En deux mots. On s’accroche: Comme le Suisse a participé à la qualif du premier jour et à la Coupe des nations le lendemain, l’épreuve ici ne peut compter comme troisème qualif pour Guerdat. Qui ne peut pas bénéficier non plus de sa pré-sélection pour les Grand-Prix 5* car sur un CSIO ce sont les couples qui sont qualifiés. Or c’est avec Dynamix de Belheme qu’il avait décroché sa médaille d’argent aux JO. Or il n’a pas Dynamix avec lui à La Baule. Donc pas de pré-qualif. Vous suivez toujours?

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