Impossible de passer à côté. Depuis jeudi (voire même un peu avant), les réseaux sociaux ont pris une sérieuse teinte de Barbapapa. Du rose partout. Sur les obstacles, autour de la piste, dans les fleurs, la signalétique, le village… Au milieu, le vert presque insolent du Val Porée. Bienvenue au Jumping International de Dinard, le CSI 5* qui possède probablement l’identité visuelle la plus reconnaissable du circuit. Mais pourquoi diable du rose sur la Côte d’Émeraude ? Spoiler : ce n’est pas un accident de machine à laver.
Le Val Porée a sorti son costume

Il y a les concours que l’on reconnaît à leur tribune. Ceux que l’on identifie à leur skyline, leur château, leurs montagnes ou leur piste.
Et puis il y a Dinard.
Dinard, vous pouvez presque enlever le logo de la photo. Une grande piste en herbe d’un vert à faire complexer Wembley, quelques chevaux, beaucoup de fleurs et une débauche de rose : normalement, vous avez trouvé.
Ce week-end encore, impossible d’ouvrir Instagram sans tomber dessus. Le Stade du Val Porée a enfilé ce que la Ville de Dinard appelle désormais très officiellement son « traditionnel habit rose ».
Et franchement, ça claque.
Ça sent l’été, la Bretagne en vacances et le grand sport avec un petit côté garden-party qui aurait sérieusement dégénéré chez le fleuriste.
Mais cette identité n’a rien d’un hasard.
Au commencement était… le vert

Pour comprendre le rose, il faut d’abord regarder le vert.
Celui du Val Porée.
Lorsque la famille Mars reprend les rênes du concours en 2013, via l’association Sport Concept présidée par Danièle Mars, Dinard est alors un CSI 3*. L’objectif sportif est ambitieux : ramener ce monument du jumping français tout en haut de l’affiche.
Mais il faut également reconstruire une identité.
Car Dinard possède l’histoire, le concours remonte à 1912, et un terrain exceptionnel. Il lui manque encore cette petite chose qui transforme un beau concours en marque immédiatement identifiable.
La famille Mars va la trouver dans un pot de peinture imaginaire : rose.
Danièle Mars expliquait un jour très simplement la réflexion :
« Le rose est ce qui va le mieux avec le vert du terrain d’honneur. »
Voilà.
Pas besoin d’une réunion marketing de douze heures avec PowerPoint, nuancier Pantone et consultant en storytelling.
Du vert. Du rose.
Ça fonctionne.
Côte d’Émeraude contre ciel breton

L’histoire aurait pourtant pu prendre une autre couleur.
Compte tenu de la situation géographique du concours, la famille Mars avait envisagé une teinte faisant davantage écho à la fameuse Côte d’Émeraude.
Logique.
Sauf que de l’émeraude sur une immense piste déjà verte, niveau contraste, on a connu plus spectaculaire.
Le rose possède surtout une autre qualité particulièrement intéressante quand on organise un concours en Bretagne : il fabrique de la lumière. Holaaaa, que tous les Bretons se calment tout de suite. Oui, il fait aussi beau en Bretagne. Souvent. Mais pas toujours…
Danièle Mars l’expliquait encore : cette couleur permet au Jumping de « rester lumineux, même quand le ciel est gris ».
Une phrase qui pourrait presque être imprimée à l’entrée de tous les événements sportifs bretons.
Parce que sous le soleil, Dinard est spectaculaire.
Mais sous les nuages, le rose continue de faire le boulot.
Il accroche l’œil, détache les obstacles du paysage, réveille le vert du terrain et donne aux images cette luminosité si particulière.
Les photographes peuvent remercier la météo bretonne.
Et puis il y a les hortensias

Le rose de Dinard n’est pas uniquement une affaire de contraste chromatique.
Il raconte aussi la Bretagne.
Et notamment l’une des fleurs les plus associées à ses jardins : l’hortensia.
« Ce rose rappelle également l’hortensia, que nous utilisons beaucoup et qui est la fleur emblématique de la Bretagne », précisait Danièle Mars.
Le clin d’œil est devenu massif.
À l’approche du Jumping, ce n’est d’ailleurs plus seulement le Val Porée qui voit la vie en rose. La ville elle-même reprend progressivement la couleur du concours.
Autrement dit, le jumping a fini par déborder de son stade.
Une tradition qui n’a finalement que treize ans
C’est peut-être le plus amusant dans l’histoire.
À regarder Dinard aujourd’hui, on pourrait croire que le rose accompagne le concours depuis un siècle.
Pas du tout.
Le concours hippique de Dinard est né en 1912. Les décorations florales et cette recherche d’élégance étaient déjà présentes dans les premières années de l’événement. Mais le rose comme véritable signature visuelle appartient à l’ère Mars, commencée en 2013.
Et cette reconstruction esthétique a accompagné une reconstruction sportive.
Repris au niveau CSI 3* en 2013, Dinard monte en puissance dès l’année suivante avant d’obtenir le label CSI 5* en 2015.
Trois petites saisons pour retrouver la cour des très grands.
Et quelques étés pour que le rose devienne indissociable du Val Porée. Et maintenant, rendez-vous incontournable des Rolex Series.

Le meilleur logo ? Celui dont on n’a plus besoin
Treize ans plus tard, le pari est gagné.
Parce qu’une identité visuelle vraiment réussie commence peut-être au moment où il n’est plus nécessaire d’afficher son nom dessus.
Une piste en herbe. Des hortensias. Des obstacles roses. Une grande tribune.
Quelques-uns des meilleurs chevaux et cavaliers du monde au milieu.
Pas besoin de géolocalisation.
Vous êtes à Dinard.
Dans un calendrier international où les concours cherchent tous à produire des images toujours plus spectaculaires, le CSI 5* breton a réussi quelque chose de beaucoup plus compliqué : être différent sans avoir besoin d’en faire des tonnes.
Enfin…
Des tonnes de rose, quand même.

(Photos © Rolex Series)





