À la tête de la Laiterie de Montaigu et de la Team LM, Caroline Sablereau ne joue pas à la patronne qui sponsorise des chevaux pour la photo souvenir en loge VIP. Chez elle, le cheval est une histoire intime, ancienne, presque fondatrice. Une passion née “à côté de chez mes grands-parents” devant “un petit poney Welsh abandonné au fond de son pré”, devenue avec les années un projet d’entreprise global, humain, sportif et assumé. Portrait d’une dirigeante qui parle business, mais surtout lien, équipe et respect du cheval.

Le début de l’histoire : un poney, une gamine, et le reste a suivi
Chez certains, tout commence avec une grande victoire. Chez Caroline Sablereau, tout commence beaucoup plus tôt, beaucoup plus simplement. Avec un poney. Un Welsh. Et un déclic qui ne l’a jamais quittée.
« Je crois que j’avais une dizaine d’années quand j’ai rencontré à côté de chez mes grands-parents un petit poney, un petit poney Welsh qui était abandonné au fond de son pré. Et je me suis liée d’amitié, de passion pour ce petit poney. Et ça a vraiment été le déclencheur de toute cette histoire. »
La suite tient en une phrase, nette, presque évidente :
« Ça ne s’est jamais arrêté. Grâce à lui, j’ai rencontré des gens formidables et de rencontres en rencontres, eh bien, j’en suis là aujourd’hui. »

Ce “là aujourd’hui”, justement, n’a rien d’un détail. Caroline Sablereau est directrice de la Laiterie de Montaigu, entreprise familiale vendéenne fondée en 1932 par ses arrière-grands-parents, et représentante de la quatrième génération. Mais chez elle, la passion cheval n’est pas rangée dans un tiroir perso entre deux comités de direction. Elle a fini par entrer dans l’entreprise par la grande porte.
La Team LM : quand le cheval ne sert pas de déco
La différence est là. Beaucoup parlent du cheval comme d’un outil d’image. Caroline Sablereau, elle, parle d’un projet de fond.
« En tant que passionnée de jumping, j’ai eu la joie, le grand plaisir de réussir à intégrer le cheval au sein de notre entreprise. On a créé donc cette Team LM. »
Depuis 2012, la Team LM n’est pas une fantaisie marketing montée sur un coin de table. C’est une structure installée, pensée, nourrie par le sport, mais pas uniquement. Aujourd’hui, elle réunit, pour le jumping, « Philippe Rozier, Julien Gonin et Camille Condé-Ferreira », et pour l’attelage, « Benjamin Aillaud ».

Le circuit de la team ressemble à une belle carte du sport français : « le Jumping de Bordeaux, le Printemps de sport équestre à Fontainebleau, le Jumping de La Baule, évidemment, c’est tout près de chez nous, c’est presque à la maison. Chantilly, principalement aussi, et le Jumping de Dinard. Et on finit l’année à Équita Lyon. »
Dit comme ça, cela pourrait ressembler à un agenda de partenaires bien huilé. Sauf qu’ici, le moteur est ailleurs.

Dans cette maison, on veut des “hommes ou des femmes de cheval”
Quand on lui demande comment elle choisit les cavaliers qui entrent dans la team, Caroline Sablereau ne commence ni par les palmarès ni par les classements. Elle commence par l’essentiel.
« Chez nous, il y a quelque chose qui est très, très important, c’est bien sûr d’avoir des hommes ou des femmes de cheval. On veut des gens qui, avant d’aimer le sport, aiment l’animal. Ça, c’est la condition numéro un. »

Et derrière, seulement derrière, viennent les autres critères :
« Il faut que ce soit des gens qui soient capables de concourir dans les niveaux que nous, on sponsorise, mais surtout des gens qui aient envie de partager leur passion. »
Le mot qui revient n’est pas “performance”. C’est “ambassadeurs”.
« Le sport, c’est bien, c’est formidable. Il y a des très très grands champions, des grandes championnes. Mais nous, on a besoin d’ambassadeurs, de gens qui portent nos couleurs, qui soient fiers de les porter et surtout qu’ils soient fiers de les partager avec nos clients et avec nos collaborateurs. »

Tout est là. Pas des panneaux publicitaires sur deux jambes. Pas des résultats sans visage. Des gens capables de faire le lien.
Et quand elle raconte l’arrivée de Camille Condé-Ferreira, on comprend que le recrutement se joue souvent à hauteur d’humain :
« Camille, moi, je la suis depuis plus de dix ans. C’est une jeune femme incroyable, formidable, extrêmement talentueuse et travailleuse. Et puis ça s’est fait par hasard, il y a deux ans. On lui a dit : “Est-ce que tu veux participer à l’épreuve des partenaires à Bordeaux ?” Et elle a dit : “OK.” Et on a passé un super moment. Et de là, on a dit allez. Elle rentrait dans le cadre exactement. »

Le cheval comme langage commun dans l’entreprise
Là où Caroline Sablereau détonne vraiment, c’est qu’elle ne s’arrête pas au sponsoring sportif. Le cheval, chez LM, circule aussi dans l’entreprise, au milieu des équipes, des collaborateurs, de la vie quotidienne.
« On sait que le cheval est un élément très fédérateur. »
Concrètement ? Les salariés sont invités plusieurs fois par an sur les événements partenaires. Mais depuis trois ans, le lien est allé beaucoup plus loin.
« On a aussi Benjamin Aillaud qui intervient tous les mois à l’entreprise, où là, on va travailler en équicoaching avec nos salariés, avec l’ensemble des équipes, soit sur des notions de cohésion de groupe, soit sur de la gestion de l’émotion. »
Et ce n’est pas plaqué pour faire moderne. C’est profondément assumé.
« C’est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur parce que je sais ce que le cheval peut apporter à l’humain. Et donc je suis très heureuse qu’on puisse aujourd’hui vraiment en faire bénéficier l’ensemble de nos équipes. »

Les séances se tiennent à l’écurie, à dix minutes de la laiterie, là où vivent aussi « nos grands champions à la retraite ». Une précision qui raconte déjà une philosophie. On n’oublie pas les chevaux quand les projecteurs s’éteignent.
« Les salariés viennent régulièrement les voir, leur rendre visite. Et donc on fait ces sessions-là à l’écurie avec les chevaux de la laiterie. Donc ça, c’est très sympa. »
Au début, forcément, tout le monde ne comprenait pas immédiatement l’idée.
« Au début, ils se demandaient : “Mais pourquoi ? Pourquoi on fait ça ?” »
Puis sont venus les retours. Et visiblement, ils ont touché juste.
« Les gens nous disent : “Mais je pensais pas qu’on pouvait faire ça avec un cheval, mais le cheval est venu vers moi tout seul.” Ce sont des moments vraiment magiques, c’est chouette. »
Du sport, du business, et plusieurs niveaux de lecture
Évidemment, Caroline Sablereau ne joue pas l’angélisme. Oui, il y a du business. Oui, il y a de la relation client. Oui, il y a une stratégie. Mais pas une stratégie hors-sol.
« Nous, pour le business, c’est le lien qu’on crée avec nos clients sur ces événements. En plus, on a les traiteurs réputés des événements qui utilisent nos produits. Donc c’est un lien direct. On leur dit : “Ben voilà, là, vous dégustez le beurre de la laiterie, la crème brûlée, les glaces.” »

Là encore, tout tient dans l’art d’assembler les mondes au lieu de les opposer.
« Ce sont de super moments où, en fait, on va activer plusieurs niveaux, plusieurs steps de collaboration, de relations. Et c’est vrai que nous, aujourd’hui, c’est vraiment un projet d’entreprise global. »
Global. Le mot est important. Car LM, ce n’est pas juste une maison de beurre venue se promener sur les terrains de concours. C’est une entreprise de 230 collaborateurs, installée à Montaigu, au sud de Nantes, avec des produits laitiers haut de gamme, du beurre d’appellation, des crèmes, des glaces, « En 2025 on a dépassé les cinq mille tonnes de glaces, donc ça fait quelques cornets », glisse-t-elle en riant, et une activité de lait infantile premium pour marque client.

L’ancrage local, lui, reste fort :
« Sur l’amont, l’approvisionnement du lait, on est vraiment sur du local, sur des appellations, sur du bio énormément et tous les ingrédients, qu’on utilise arrivent à 95% de moins de deux cent kilomètres de la laiterie. Donc, on est vraiment sur du premium et du circuit court. »
Une entreprise familiale, une team familiale, même combat
Il y a un fil rouge dans tout ce récit : la famille. Pas comme argument apposé sur une plaquette institutionnelle. Comme manière de vivre l’entreprise et le sport.
« Nous, dans l’entreprise, c’est évident parce qu’on est une entreprise familiale. On est trois femmes à la tête, ma maman, Isabelle Sablereau, qui est la présidente, Sophie Sabourin, ma tante, qui est directrice avec moi-même. »
Et le reste suit :
« Je crois que la moyenne d’ancienneté à la laiterie est au-dessus de quinze ans. Donc vous voyez, c’est quand même très chouette. »

Puis cette phrase, simple et lourde de sens :
« Nos collaborateurs, on les connaît, on connaît leur famille. Il y a un lien très fort. »
Benjamin Aillaud, lui, confirme de l’intérieur ce climat-là :
« C’est comme ça qu’on le ressent, c’est comme ça qu’on essaye d’y apporter, nous, notre touche. C’est comme ça qu’on le développe et c’est comme ça qu’on le vit collectivement, complètement. »
Et il résume l’essentiel en une formule qui colle parfaitement au personnage de Caroline Sablereau :
« Caroline et les chevaux, c’est une grande histoire. (…) Elle est profondément passionnée par les chevaux et par la relation qu’on peut avoir avec eux. »
Son regard sur l’aventure LM est limpide :
« C’est une aventure qui est à la fois sportive, humaine, familiale. »
L’éthique, pas négociable
Dans une époque où le rapport au cheval est scruté de partout, Caroline Sablereau ne contourne pas le sujet. Au contraire.
« Pour ce qui est de l’éthique dans le sport ça pour nous c’est pas négociable. »
Elle rattache même cette exigence à son histoire personnelle :
« Je racontais l’histoire de Ulysse ce petit poney au départ qui était là avec sa fourbure et ses problèmes. J’ai été initiée très jeune à ces questions-là. »

Sa ligne est claire :
« Pour nous, c’est surtout pas le sport avant tout, c’est vraiment le lien avec l’animal, le respect du cheval. Bien sûr, ce sont des athlètes. Donc voilà, c’est du sport, il faut s’entraîner, mais le but, c’est aussi de mettre toutes les meilleures conditions pour qu’eux, ils aient leur vie de cheval, qu’ils soient contents que ça se passe au mieux. »
Cette logique se retrouve aussi dans sa manière d’être propriétaire. Pas question de verrouiller les cavaliers ou de tout contrôler.
« Nous, on ne veut pas du tout être propriétaire exclusif pour nos cavaliers. (…) Nous après, on aime être un facilitateur. »
Et encore :
« Tout le staff, les grooms bien sûr, les propriétaires, même leur staff santé, tout le monde est invité avec plaisir sur nos espaces de réceptif et on trouve que c’est cette collaboration qui fait que c’est pérenne et que ça fonctionne pour tout le monde. »
Le mot revient souvent chez elle : équipe. Pas étonnant que ça tienne.
L’attelage, la discipline de cœur
On pourrait croire que le jumping a tout pris. Ce serait mal lire le personnage. La discipline la plus intime de Caroline Sablereau, c’est l’attelage.
« L’attelage pour la petite histoire, moi, c’est ma discipline de cœur. C’est celle que je pratique depuis toujours, depuis toute petite. »
Si la Team LM s’est d’abord tournée vers le jumping, c’est aussi parce que la discipline était plus exposée. Mais la rencontre avec Benjamin Aillaud a rebattu les cartes.

« À Équita Lyon, j’ai eu l’occasion de rencontrer Benjamin Aillaud (…) et ça a été vraiment un coup de cœur fantastique avec Benjamin et avec Magali, son épouse. »
Elle raconte la suite comme on raconte les vraies évidences :
« Ils sont venus à la maison, on a travaillé ensemble, j’ai fait un stage avec eux. Et puis bien sûr, la partie cheval était incroyable. En fait, ça « matchait » dans la vision du cheval. »

Le détail qui l’a emporté ?
« Moi, ce que j’ai adoré, c’est leur vision de l’humain avec le cheval. Et là, ça a commencé, les idées ont commencé à arriver, et on s’est dit « bon, il faut absolument qu’on intègre Benjamin et l’attelage dans la team ». »
Benjamin, de son côté, met des mots très justes sur ce prolongement entre cheval et management :
« On fait tout un travail à l’intérieur de l’entreprise, à proprement dit, sur justement les ressources humaines et le travail du développement des ressources humaines par l’intermédiaire de ce que l’on apprend tous les jours avec les chevaux. »

Et il lâche au passage une formule qui fait mouche :
« L’étymologie, par exemple, du mot « manager » vient du latin manus (la main) et maneggiare (mener) , qui veut dire mener le cheval au manège, éduquer le cheval. »
Des souvenirs, des cracks, et des contrats signés au petit matin
Dans le parcours de Caroline Sablereau, il y a évidemment les chevaux marquants. Ceux qui laissent une trace dans une team et dans une vie.
Elle cite d’abord Cristallo A LM :
« Notre génial Cristallo A LM qui a énormément gagné avec Julien Epaillard à l’époque, avec Philippe ensuite, est toujours à la maison. Il est en pleine forme. Ce sont des cadeaux incroyables. »
Puis l’anecdote, superbe, presque trop belle pour être vraie — mais elle est racontée comme telle :
« On l’avait emmené à Hong Kong et il gagne une épreuve là-bas et le lendemain matin nos partenaires chinois signaient les contrats parce qu’ils trouvaient quand même que si le cheval avait gagné, c’est qu’on était bien. »


Il y a aussi «Quatrin de la Roque LM », vainqueur de la Coupe du monde de Bordeaux 2017, « Shériff de la Nutria LM », et les émotions partagées autour de l’attelage de Benjamin Aillaud, notamment à Lyon.
« En 2024, il avait fait deuxième de l’étape à Lyon et c’était fou parce que tout le monde avait beaucoup d’émotion et c’était un vrai moment de partage. »
C’est probablement ça, le vrai carburant du projet LM : les résultats, oui, mais surtout ce qu’ils provoquent autour.
Et maintenant ? Ouvrir encore un peu plus les portes
Quand on lui demande la suite, Caroline Sablereau ne parle pas d’abord de recruter une star de plus ou de cocher une nouvelle case au calendrier. Elle parle d’échange.
« La prochaine étape, c’est d’augmenter comme ça ces temps d’échange entre le cheval et l’homme. Ce qu’on développe avec Benjamin, donc au sein de l’entreprise, de vraiment continuer à développer ça et pourquoi pas à l’écurie, d’ouvrir aussi ces moments-là à un public plus extérieur. »

Pourquoi ? Parce qu’au fond, tout revient à cette conviction-là :
« On se rend compte que c’est quand même en très grande majorité des gens qui sont proches du sport et des chevaux, c’est avant tout pour l’animal. Et ça, on a vraiment envie de le valoriser et de le remettre en avant. »
Même l’élevage, abordé “à petite dose”, s’inscrit dans cette idée de continuité. Avec Verbena Z LM, avec Shériff, avec une poulinière issue de l’univers du regretté Jean-Maurice Bonneau, Caroline Sablereau regarde déjà un peu plus loin. Sans tambour, sans folklore, mais avec cette envie de faire durer les histoires quand elles ont du sens.

Caroline Sablereau n’entre pas vraiment dans la case classique de la chef d’entreprise passionnée de cheval. Trop simple. Trop court. Elle dirige, elle construit, elle choisit, elle investit. Mais surtout, elle relie. Le sport à l’entreprise. Les clients aux cavaliers. Les salariés aux chevaux. La performance à l’éthique. Le tout sans oublier le point de départ : un petit poney Welsh abandonné dans un pré. Comme quoi, les grandes aventures tiennent parfois à une rencontre minuscule. Et à la fidélité qu’on lui garde.
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(Photo cover ©Laiterie de Montaigu/ Jessica Rodriges)