Becky Moody, rodéo royal : sacre incandescent au Texas

Publié par Sébastien Boulanger le 12/04/2026

Fort Worth n’avait jamais vu ça. Ni entendu, d’ailleurs. 6 000 spectateurs debout, une clameur continue, et cette sensation étrange que le dressage venait de muter en sport de scène. Ici, chaque extension déclenche un “wow”, chaque pirouette un rugissement.

Le ton est donné par Raphael Netz, encore porté par la vague :

« C’est une sensation incroyable. J’ai dit à Monika (Theodorescu, l’entraîneur de l’équipe d’Allemagne) : “Ça va être bien, je le sens.” Et heureusement, j’avais raison. Le public est incroyable. C’est un stade phénoménal. J’ai levé la main, la musique a démarré, et dès la première note, tout le monde criait, applaudissait, hurlait. Et ça a continué pendant toute la reprise. »

Même son de cloche pour l’Américain Christian Simonson :

« C’était vraiment incroyable. Pendant la reprise, je n’entends pas forcément tout, mais à la fin, en levant les yeux et en voyant ce mur de personnes debout, en train d’applaudir Rocky… c’était très spécial. Il mérite toute cette reconnaissance. C’est exactement ce qu’on veut pour notre sport : du plaisir et une super ambiance. »

Becky Moody, la reine du bal

Au milieu de ce chaos organisé, une cavalière a trouvé la partition parfaite. Becky Moody, déjà en tête après le Grand Prix, a remis une pièce dans la machine avec son hongre maison Jagerbomb.

Résultat : 88,330 %, record personnel et couronne mondiale.

Elle réalise? « Pas encore. Non, je suis juste incroyablement fière de mon cheval. Il a été absolument irréel. »

« Le public là-dedans était complètement fou. Je vais officiellement les engager pour tous les concours à venir. Ils doivent venir partout avec moi, parce que c’était tout simplement l’arène la plus incroyable dans laquelle j’ai jamais monté. »

Dans cette ambiance électrique, Jagerbomb ne tremble pas. Au contraire.

« Oh oui. C’est exactement son environnement idéal. Je pense qu’il ressentait toute cette énergie. Ce qui était incroyable, c’est que c’était très électrique, mais il est resté totalement avec moi. C’est une reprise techniquement très difficile, vraiment difficile, mais il est resté concentré, avec moi. Je suis ravie de lui. »

Et derrière la victoire, une équipe de l’ombre :

« Nous sommes une toute petite équipe. Ma très bonne amie et groom de compétition, Kim Masson, est ici avec moi, et elle pleure comme un bébé, ce qui est génial. Elle a un travail dans le marketing, elle vit à environ sept heures de chez moi, et elle prend ses congés pour venir m’aider sur des concours comme celui-ci. C’est incroyable. Elle est aussi fière de Jagerbomb que moi aujourd’hui. Et puis il y a toute l’équipe à la maison qui assure pendant mon absence. Merci à tout le monde. »

Simonson, Sysojeva : la nouvelle vague qui cogne

Derrière, ça pousse fort. Très fort.

À 23 ans, Christian Simonson signe une deuxième place (83,810 %) pour son premier championnat senior. Et il en parle comme d’un rêve éveillé :

« Je ne pense même pas avoir les mots pour décrire toutes les émotions que je ressens en ce moment. Je suis incroyablement fier de mon cheval et de toute l’équipe. Rien que d’être ici était déjà incroyable. Alors être sur le podium avec deux cavaliers et deux chevaux incroyables… Je suis juste tellement fier de représenter mon pays. C’était une soirée vraiment géniale. »

Pas ingrat le gamin.

« Je suis juste extrêmement reconnaissant. Je dois remercier mon coach, Adrienne. Si elle me dit de traverser le feu, je lui demande juste comment et quand. Si elle me dit que je peux faire quelque chose, alors je le fais. »

Et son complice Indian Rock :

« C’est un cheval incroyable. Unique. Il m’a emmené jusqu’à une finale de Coupe du monde et à tous ces moments spéciaux. Et maintenant, un double podium… Je ne pourrais pas être plus heureux. Je l’aime tellement. »

Troisième, la Polonaise Sandra Sysojeva crée la sensation avec Maxima Bella (10 ans), plus jeune cheval du plateau :

« En sortant de piste, on ne s’y attendait pas, mais mon cheval s’est tellement bien comporté aujourd’hui. Il n’y a presque pas eu de grosses fautes et je suis vraiment très heureuse de mon résultat. »

10 ans seulement mais déjà une longue histoire.

« Je l’ai depuis ses deux ans, donc on a traversé beaucoup de choses ensemble, des hauts et des bas. Je suis vraiment fière d’elle. Et maintenant, nous voilà ici. »

Il faut dire que l’Oldenburg connait la musique.

« La musique avait été choisie pour les Jeux olympiques de Paris, puis j’ai fait quelques ajustements, et encore pour le Texas, notamment la fin de la reprise. Je pense qu’elle correspond vraiment parfaitement à ma jument. Je ne vois pas quelle autre musique pourrait mieux lui aller. »

Kittel au pied du podium, la frustration suédoise

Le grand absent du podium ? Patrik Kittel.

Le Suédois termine 4e avec Touchdown. Médaille en chocolat. Déception nette. Le champion espérait mieux. Beaucoup mieux.

Fairchild solide, Barbançon bouleversante

Côté belge, Alexa Fairchild tient son rang avec 78,005 % et une superbe 7e place finale.

Mais le moment le plus fort, le vrai, est venu de Morgan Barbançon.

13e, oui. Mais surtout un adieu. Celui à Sir Donnerhall II, 20 ans.

« Très doux-amer… oui, c’est dur. Très dur. »

« Mais ça va. Je suis heureuse. Je me suis éclatée. Un peu déçue de la note, mais je me suis vraiment éclatée. Le public était incroyable. Le cheval était incroyable. Et c’était la meilleure journée possible pour lui dire au revoir. Clairement. Il a adoré. Je l’ai vraiment senti. Et j’ai savouré chaque instant. Je vais garder ça très longtemps dans mon cœur. »

Le score devient secondaire. L’émotion, elle, reste. Thank you Sir !

Un après Fort Worth

Becky Moody vise déjà une place pour les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle en août.
Christian Simonson regarde vers les championnats des États-Unis à Ocala.

Le dressage, lui, vient peut-être de changer de dimension. Plus bruyant. Plus vivant. Plus spectaculaire.

Et si un verrou avait sauté, et si Fort Worth venait de redéfinir le freestyle ?

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix Freestyle de la finale de la Coupe du monde ici

(Photos © FEI/Shannon Brinkman)

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