Dans une Dickies Arena sous haute tension, la finale de la Coupe du monde a livré un scénario à la hauteur des attentes. Du suspense, des rebondissements et un dernier acte irrespirable. Au bout du chaos contrôlé : Kent Farrington sacré à domicile après une bataille à trois avec Daniel Deusser et Steve Guerdat. Une soirée texane qui sentait la poudre… et la consécration.

Avant même le gong, ça tangue déjà
La tension n’attend pas la cloche. Avant même le premier saut, deux forfaits viennent secouer la hiérarchie : Johan-Sebastian Gulliksen renonce, imité, surprise XL, par Eiken Sato. Le Japonais, alors 4e provisoire, jette l’éponge : cheval pas suffisamment “droit” pour aborder le dernier combat.
Première manche : ça pousse, ça casse
Le chrono est serré, presque vicieux. Résultat : ça pousse… et ça tombe. Marc Dilasser allume la première mèche avec un sans-faute propre et inspiré sur Arioto du Gevres, pendant que Jordy van Massenhove imite la copie sans la vitesse, pénalisé de six points de temps malgré un tour sans faute qui mérite les applaudissements.
Derrière, la piste fait des dégâts. Abdel Said lâche dix points, Lillie Keenan en concède huit, et Jacob Pope s’enfonce avec douze unités. Dans ce chaos, les têtes d’affiche limitent la casse : Kevin Staut et Steve Guerdat sortent avec quatre points chacun, restant dans le match.

Pendant que certains subissent, d’autres flairent le bon coup. Katherine Dinan signe un sans-faute majuscule avec Out of the Blue SCF et remonte à la quatrième place provisoire, imitée par Martin Fuchs et Richard Vogel, eux aussi impeccables.

Yuri Mansur et Rene Dittmer, avec un point de temps chacun, s’invitent dans le top 10.

Mais celui qui change vraiment la donne, c’est Daniel Deusser. Sans faute, malgré quelques s coups de semonce au son du bois, il repasse devant Guerdat et met la pression sur Kent Farrington.

L’Américain, jusque-là solide leader, part à la faute avec Greya sur une palanque. Soudain, l’avance fond. Avant la seconde manche, Farrington compte quatre points, contre sept pour Deusser et huit pour Guerdat. Trois hommes en quatre points. Le genre de scénario qui ne pardonne rien.

Seconde manche : le money time
Ils sont encore vingt à repartir, mais très vite, la finale se transforme en règlement de comptes.
Jordy van Massenhove confirme côté belge avec un nouveau tour sans faute, encore légèrement pénalisé au chronomètre, mais qui valide une première finale parfaitement maîtrisée. Dans le haut du tableau, Richard Vogel rappelle qu’il faut compter sur lui avec un deuxième sans-faute sur Ganster Montdésir, pendant que Lillie Keenan et Abdel Said se relancent eux aussi.

Puis la tension grimpe d’un cran avec les six derniers cavaliers. Kevin Staut ouvre le bal en patron avec un sans-faute sur Visconti, prenant la tête provisoire. Derrière lui, Katherine Dinan vit un moment suspendu : Out of the Blue SCF saute avec le cœur, enchaîne un deuxième sans-faute et s’offre un week-end presque parfait.

“Elle a tout donné… elle était tout simplement spectaculaire. .”
Rene Dittmer fait tout aussi bien, mais une seconde plus lent, ce qui laisse Dinan devant.
Le moment bascule lorsque Steve Guerdat entre en piste. Triple vainqueur de la finale, le Suisse voit ses espoirs s’effondrer avec deux fautes d’Iashin Sitte. La porte se referme brutalement.

Reste alors Daniel Deusser. L’Allemand se fait peur sur le vertical d’entrée, mais Otello de Guldenboom se reprend et boucle un nouveau sans-faute.
« Mon cheval a sauté trois, même quatre parcours fantastiques… je suis très impressionné par lui. »
Tout se joue donc sur le dernier passage.

Farrington, nerfs d’acier
Kent Farrington entre en piste avec trois points d’avance. les choses sont simples une barre et le titre s’envole. La première manche est dans toutes les têtes.
Mais Greya ne tremble pas. La grise est en mode machine, elle survole les obstacles, précise, rapide, implacable. Sans faute. Rideau.

Le numéro deux mondial (Qui va sans doute retrouver le brassard de numéro 1 le mois prochain. ndlr) savoure, sans détour :
« Tout s’est bien mis … c’est un week-end fantastique, et je suis très heureux de terminer avec la victoire. »
Il le reconnaît aussi : la pression était totale.
« J’aurais préféré arriver avec une barre d’avance, mais ce n’était pas le cas… donc toute la pression était pour nous, et elle a sauté de façon incroyable. »
Et fidèle à son style, froid et clinique :
« J’étais concentré. Juste concentré sur mon travail, sur ce que j’avais à faire. »

Lucide, Deusser avoue, lui, sans détour :
« Quand il ne reste qu’un parcours et qu’on est devant, on commence à rêver un peu de la victoire… mais je suis aussi très heureux de cette deuxième place. »
Une finale à l’américaine
Derrière Farrington, Daniel Deusser s’offre une deuxième place pleine de promesses, tandis que Katherine Dinan complète un podium chargé d’émotion, elle qui avoue encore être « un peu sous le choc » après un week-end parfait. Rappelant que « Les deux garçons à côté d’elle l’inspirent tous les jours dans son travail et qu’elle a pour eux un respect total. » Mais le rêve éveillé devient récurant puisque l’Américaine ne fait que rééditer un exploit (double sans faute dans la manche finale) accompli déjà en 2025.

Rene Dittmer échoue au pied du podium, juste devant Kevin Staut, solide cinquième après une campagne régulière. Côté belge, Abdel Said termine neuvième après avoir navigué toute la semaine dans le top 10, tandis que Jordy van Massenhove boucle une première réussie avec une quinzième place et une dernière journée très propre.
Du suspense, des nerfs, des trajectoires millimétrées et un public conquis (mais on ne va pas le cacher, encore trop peu nombreux dans la Dickies Arena pour cette dernière journée et pratiquement vide au moment de la remise des prix. Des champions ça se respecte jusqu’au bout) : Fort Worth a par contre offert une finale comme on les aime. Et un vainqueur qui, plus qu’imposer platement sa loi, a su tenir la pression jusqu’au bout.
Retrouvez les résultats complets de la finale de la coupe du monde de jumping ici
(Photos ©FEI/Shannon Brinkman)